Sud-Ouest du 5 avril 2021 

La bronchiolite s’est invitée aux beaux jours 

L’épidémie de bronchiolite, d’ordinaire hivernale, a commencé au début du printemps et s’annonce encore plus dure. La baisse des gestes barrières, peut-être

2021 04 05 bronchioliteLes bébés sont particulièrement touchés par l’épidémie tardive de bronchiolite. S. LARTIGUE/«SO» 

« Mon regret aujourd’hui ? Peut-être de n’avoir pas porté le masque non-stop, alors que j’étais enrhumée, un peu. Nous l’avions fait avec le père de mes enfants, quand nous avons souffert d’une gastro-entérite. Et voilà, il a suffi d’un tout petit rhume pour nous. Nos jumelles, elles, ont eu le nez qui coule, puis de la fièvre, puis carrément des difficultés à respirer. » Bronchiolite pour les deux bébés de 7 mois. L’une des deux est hospitalisée, placée sous oxygène, avec sa mère Juliette à côté. Qui se morfond. 

« Nos deux enfants sont gardées en crèche, et franchement, elles ramènent à la maison tout un tas de bactéries qui nous ont aussi rendues malades, le papa et moi, commente Juliette. Des jumeaux, c’est du travail, nous sommes très attentifs aux gestes barrières, tout le temps. Le masque à la maison, on limite le plus possible, on craint pour leur développement psychologique. On se lave les mains sans arrêt en revanche… » 

L’une des deux fillettes a présenté un syndrome respiratoire plus dur qui a suscité une hospitalisation, aujourd’hui elle va un peu mieux. « Les nuits, elle a encore du mal à respirer sans l’aide d’un apport d’oxygène. Mais il y a 15 bébés hospitalisés avec elle en ce moment ! » 

En Nouvelle-Aquitaine, Santé Publique France a annoncé un niveau d’alerte épidémique de bronchiolite chez les bébés. C’est est une maladie virale respiratoire qui touche 30 % des enfants de moins de 2 ans. Dans 95 % des cas, elle ne nécessite pas une hospitalisation et peut donc être prise en charge par un médecin généraliste qui pourra prescrire, si besoin, de la kinésithérapie respiratoire, un soutien complémentaire pour la prise en charge et l’évaluation de l’état clinique du nourrisson en période critique. 

Décalée dans le temps 

« À un détail près, regrette Juliette, la maman des jumelles, il faut attendre désormais la deuxième bronchiolite de l’enfant pour avoir droit à de la kiné respiratoire. La Haute Autorité de santé ayant déclaré que la kiné ne servait pas à grand-chose, sans doute en raison d’abus, donc on n’y a pas accès automatiquement. Et je peux assurer avoir vu la différence, avant et après la kiné chez mes filles ! Certes, elles n’ont pas été guéries, mais elles étaient plus dégagées, détendues. » Marik Fetouh dirige le Réseau de santé respiratoire de Nouvelle-Aquitaine, AquiRespi. Il est kinésithérapeute à Bordeaux. Lui, défend le rôle de ses confrères dans le traitement de la bronchiolite. « L’impact est perceptible sur la qualité de vie du bébé, le sommeil, la toux, l’alimentation… mais hélas pas sur l’hospitalisation. » En revanche, il s’inquiète face à cette épidémie inopinée de bronchiolite « On n’a jamais vu une épidémie aussi forte, en plus avec des symptômes plutôt sérieux au début du printemps. Le pic de l’épidémie de bronchiolite, c’est le jour de l’An. En général, ça commence mi-décembre et ça finit en mars. En Nouvelle-Aquitaine, les chiffres montrent une augmentation de semaine en semaine. Elle est totalement décalée dans le temps. » 

Relâchement 

À Santé publique France, les épidémiologistes, tout comme les médecins de terrain, émettent l’hypothèse que cette épidémie retardataire aurait pour origine le relâchement des gestes barrières Covid. « Le virus responsable de la bronchiolite (VRS, virus respiratoire syncytial) se transmet facilement d’une personne à une autre par la salive, la toux et les éternuements. Il peut aussi rester sur les mains et les objets. Les adultes et les grands enfants qui sont porteurs du VRS n’ont habituellement aucun signe, ou ont un simple rhume. Ainsi, beaucoup de personnes transportent le virus et sont contagieuses sans le savoir. Dans le contexte sanitaire actuel, l’application des mesures barrières reste essentielle avec notamment le lavage régulier des mains ou l’utilisation d’une solution hydroalcoolique, l’aération des pièces, le port d’un masque pour s’occuper du bébé en cas de rhume, signale Santé publique France dans son dernier bulletin d’alerte. 

« L’année dernière, reprend Marik Fethou, nous n’avons pas observé de véritable épidémie de bronchiolite, c’était exceptionnel, et sans doute lié à l’épidémie de Covid. Les gens ont pris des précautions comme jamais. La bronchiolite de cette année 2021 devrait se tasser, avec le beau temps. Pourquoi ? Les gens ouvrent les fenêtres, aèrent et sortent. C’est aussi important pour se prémunir contre la bronchiolite que contre le Covid. »