Sud-Ouest du 22 mai 2019 

«Les familles doivent faire très attention» 

VILLENAVE-D’ORNON Deux mois après le décès de leur fillette étouffée par une saucisse apéritive, ses parents prennent la parole pour mettre en garde sur les dangers de ces produits

dangers

Les mots sont rares. Forcément. Dérisoires, inutiles. C’était une petite fille merveilleuse. Bien sûr ! Un sourire radieux, trois bougies soufflées en famille le 10 février dernier avec son amie Louise. 

Et puis il y a eu ce 23 mars, si bien commencé, week-end ensoleillé à la campagne, à Granges-d’Ans, petit village de Dordogne, chez les grands-parents, avec maman, papa, Axel l’un de ses frères de 9 ans. C’est le moment de l’apéro. Lola est tranquillement assise sur les genoux de ses parents. Une saucisse toute ronde, en forme petite balle, attire son regard. Personne ne songe à la lui refuser. 

Et puis c’est le drame, qui se joue en quelques instants, malgré les efforts de tous. 

Demain, cela fera deux mois. Tout est resté en place dans la maison de Villenave-d’Ornon, les jouets de la petite fille laissés dans le séjour, le petit fauteuil au nom de Lola. 

Deux mois pour trouver l’énergie de parler, pour «clamer haut et fort à chacun de nous que l’impensable est si vite arrivé » disent David Lemé et Virginie Dalla Muta. «Il faut sensibiliser tous les parents à ce qu’on appelle communément une fausse route, le danger est réel, nul ne peut y être insensible.»

« Lola s’en est allée avec une saucisse apéritive mais bien d’autres aliments constituent de réels dangers pour nos enfants», mettent en garde les parents de Lola. 

«Chaque parent veut le meilleur pour son enfant alors attention ! Attention aux nombreuses tentations qu’offrent ces apéritifs en famille, entre amis ! La liste n’est pas exhaustive: ce sont les saucisses, mais aussi les olives, les raisins, les tomates-cerise, les radis, les chips, même la brioche, les bonbons qui font tant rêver nos enfants.» 

Le décès de Lola n’est pas un cas isolé. Depuis 2012, en France, trois enfants morts étouffés après avoir ingéré une saucisse apéritive et une autre s’est retrouvée lourdement handicapée. Le charcutier industriel Herta a été condamné après l’accident dont a été victime une petite fille (lire ci-contre). 

Ici, il ne s’agit pas de la marque Herta et les parents de Lola ne feront de procès à personne: «nul ne pourra nous ramener notre petite fille ». Mais ils se sont rendus dans le magasin où avait été acheté le bocal de saucisses. Le gérant en a demandé le retrait de toutes ses enseignes et a informé du drame son fournisseur. 

« Si nous parlons aujourd’hui, c’est pour tous les parents, mais c’est aussi pour Lola. C’est pour dénoncer le marketing des produits de consommation, dire qu’il faudrait écrire en grand, sur les emballages, les risques que font encourir certains produits. Au lieu de cela, il y a des phrases publicitaires telles que “Les enfants en raffolent; le produit préféré des enfants”. Ce n’est qu’au dos des boîtes, en tout petits caractères, que l’on trouve la mention risque d’étouffement.» 

Herta condamné dans un autre cas 

Dans sa publication du 29 mai 2018, «60 Millions de consommateurs» rendait compte de la décision de la cour d’appel de Paris qui avait déclaré Herta «responsable» de l’accident dont avait été victime une petite fille de 3 ans après avoir ingéré une Knacki Ball. En 2012, elle s’était étouffée en avalant une de ces saucisses apéritives. Elle en conserve de graves séquelles. Les parents avaient saisi la justice estimant que le fabricant n’alertait pas suffisamment sur les risques. La cour d’appel avait estimé que si un avertissement figurait bien sur les boîtes («ne pas donner ni laisser à la portée d’enfants de moins de 4 ans»), il n’était pas assez mis en exergue, assez explicite. Le PDG s’était engagé à améliorer l’avertissement. D’autres marques représentent un risque identique.