Charente Libre du 23 mai 2018 

SAMU 16: « Les urgences sont en souffrance, à la limite de la rupture. »

Charente Libre

Rémy Loyant a vu le Samu évoluer en vingt ans. «On intervenait sur les accidents, les infarctus. On est devenu un service à la personne.» Majid Bouzzit 

Au centre 15 de l’hôpital de Girac, les «permanenciers» sont sous la pression. «Je leur ai demandé d’être concentrés, professionnels, de ne pas se laisser polluer.» Rémi Loyant, le patron du Samu depuis quinze ans, a senti le climat se détériorer. «Ça leur fait du mal. Ça nous fait du mal.» Les patients insistent. Et puis, argument ultime: «N’oubliez pas ce qui s’est passé à Strasbourg.» 

La charge est lourde. La fonction délicate et le contexte tendu. «Il y aura un après Strasbourg, confirme le Dr Loyant. Le système a des failles, concède-t-il. Le périmètre des Samu n’est plus le même. Il est souhaitable qu’on en tienne compte. Il ne suffit pas de s’arrêter à une personne qui a mal fait son job.»

À Angoulême, le Samu a opté pour la formation de ses «assistants de régulation médicale» en «compagnonnage», choisi des ambulanciers Smur «qui sont déjà sur le devant de la scène, qui ont le vécu du terrain»«Ici, on est en proximité autour de la même table», celle aussi des médecins régulateurs. 

Une exigence. En vingt ans, le médecin a vu les choses basculer, «l’évolution des demandes». «On intervenait sur les accidents de la circulation, les infarctus. Aujourd’hui, on est devenu un service à la personne.» Avec des patients exigeants. «Plus il y a de patients, plus il y a de flux, plus c’est complexe. Nous ne sommes que de modestes médecins, pas des devins, plaide Rémi Loyant. Est-ce que derrière chaque mal de tête il y a une hémorragie méningée qui nécessite un scanner?» 

Hervé Léon, le directeur du centre hospitalier d’Angoulême, s’interroge. «On attend peut-être trop de nous.» Il sait pourtant que, face à la pénurie de généralistes, face à la demande croissante, «si le transfert se fait sur les services de Samu, il faudra mettre les moyens là où est l’activité». «Si on continue avec +6 % par an, on prendra mal en charge ceux qui viennent. Les urgences sont en souffrance, à la limite de la rupture.» «On est taillé pour 120 passages jour. On est aujourd’hui à 180», insiste Rémi Loyant. Il n’est pas seulement question de moyens, «mais de procédures, de certifications».