Sud-Ouest du 18 janvier 2022 

Solaire : la production électrique est-elle au rendez-vous ?

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La Gironde et les Landes sont les championnes françaises du photovoltaïque. Mais les centrales n’atteignent pas toujours les rendements escomptés 

Exposées au soleil au moins 2 000 heures par an et classées parmi les plus grands départements de France, les Landes et la Gironde sont les candidates idéales à la construction de centrales photovoltaïques. À Cestas (33), sur la route d’Arcachon depuis Bordeaux, se trouve déjà l’actuelle championne française. Là-bas, depuis bientôt six ans, le soleil tape sur les champs de panneaux de la centrale dite « de Constantin ». 350 gigawattheures (GWh) d’énergie produits à l’année pour 300 mégawatts-crête (MWc), la puissance à son maximum. Trois fois plus important, le projet Horizeo à Saucats, dans le sud de la Gironde, ambitionne une production annuelle de 1 500 GWh pour 1 000 MWc, à compter de 2027. 

En France, 12 600 MWc de panneaux solaires sont actuellement en fonctionnement. Près d’un quart de cette puissance se trouve en Nouvelle-Aquitaine, à Arsac, Riondes-Landes, Losse, Sainte-Hélène, Mios, Bordeaux… Dotés respectivement de 845 MW et 643 MW de puissance installée sur leurs territoires, les départements des Landes et de la Gironde sont les leaders français du photovoltaïque. Mais les centrales installées tiennent-elles leurs promesses ? 

Des objectifs flous 

À partir du registre national des installations de production et de stockage d’électricité publié par RTE, il est possible de connaître la production annuelle des centrales solaires. Nous avons comparé ces données avec les ambitions initiales de leurs exploitants. Dans les dossiers de maîtrise d’ouvrage, les objectifs prennent souvent deux formes : une première en nombre de GWh produits à l’année et une seconde en nombre de personnes fournies en électricité. 

Ce dernier point, plus clair pour le grand public, est moins précis. Il est parfois exprimé en nombre d’individus, parfois en nombre de foyers. Il inclut parfois les dépenses de chauffage, parfois non. Il dépend aussi de la consommation moyenne de référence, généralement estimée à 2 200 kilowattheures par personne et par an (chauffage électrique inclus). Il est moins facile de la déterminer pour les foyers, cette donnée variant fortement selon l’isolation et le type d’habitat. 

Au regard des ambitions de leurs promoteurs, les installations de Cestas (33) et Salaunes (33), dans le top 3 des plus grandes centrales régionales, devraient produire respectivement l’équivalent de la consommation de la population de Bordeaux (240 000 habitants) et de l’intercommunalité d’Arcachon Sud (65 000 habitants). Mais, selon les dernières données disponibles (juin 2020-juin 2021), ces deux centrales ont rempli leurs objectifs aux deux tiers seulement. Pour autant, si l’on exclut effectivement du calcul la consommation électrique des habitants liée au chauffage, le compte est bon. 

C’est aussi, à peu de chose près, le cas des sites de Sainte-Hélène (33), de Mios (33) ou de Sore (40). Et, même si les chiffres sont plus complexes à vérifier pour les structures plus modestes, les centrales présentes sur les communes de Labouheyre (40) et Monségur (33) semblent également remplir leur contrat initial. En revanche, d’autres affichent des ratios de production assez faibles, à l’instar de Hourtin (33). La plus grande d’entre elles, celle de Losse-Gabardan (40), devrait fournir l’équivalent de la consommation énergétique de 37 000 personnes mais peine à atteindre le niveau souhaité. Elle reste toutefois proche de 90 % des rendements promis. 

Une production stable 

Il n’existe pas de définition exacte pour calculer le rendement d’une centrale photovoltaïque. Plusieurs critères sont à prendre en compte, qu’il s’agisse du type de panneaux solaires, de l’ensoleillement local, des événements extérieurs, de l’orientation ou de l’inclinaison des panneaux… L’ensoleillement étant relativement similaire pour l’ensemble des centrales landaises et girondines, ce critère n’a pas été pris en compte. Neoen, l’exploitant de la centrale de Cestas, explique : « Nous sommes naturellement dépendants des conditions météo, et il y a des saisons plus ou moins bonnes. La variabilité reste toutefois assez limitée d’une année à l’autre. » 

Durant la pandémie de Covid-19, le solaire a été plus stable que d’autres moyens de production électrique précise RTE, le gestionnaire du réseau. « La production (française) en mai 2020 s’établit à 1,6 térawattheure. Il s’agit de la plus grande quantité d’énergie mensuelle jamais produite par cette filière. Avec une exploitation nécessitant moins de personnel que d’autres secteurs, la production des centrales solaires a été peu impactée par la crise sanitaire. » 

Parmi les grandes installations photovoltaïques de la région, celle de Losse-Gabardan est la plus ancienne. Elle a été inaugurée en 2010 et fut longtemps le troisième plus grand site français. Rapportée à sa production, c’est la centrale qui occupe la plus grande surface au sol. Sa production au mètre carré est l’une des plus faibles de notre sélection régionale. Par comparaison, la centrale de Salaunes, inaugurée en 2018, dispose de « seulement » 130 hectares (contre 300 pour Losse). Elle produit pourtant 10 à 20 GWh de plus à l’année ! 

La technologie s’améliore 

L’Ademe, l’Agence nationale de la transition écologique, explique ces écarts par une industrie extrêmement innovante. « Le rendement des panneaux progresse d’année en année. Par ailleurs, les modalités de conception des centrales varient d’un projet à un autre. » L’augmentation des rendements au fil du temps n’est toutefois pas la seule explication. À Losse, les panneaux de la marque américaine First Solar n’affichent pas une performance théorique moins bonne que les panneaux chinois et canadiens de la centrale de Cestas. De manière générale, ajoute l’Ademe, « la production des centrales baisse plus ou moins en fonction de l’environnement et de l’exploitation/gestion des centrales, d’un système de détection précoce des pannes notamment. Les panneaux en euxmêmes ont des durées de vie supérieures à trente ans. »

2022 01 18 SO Les centrales ne desservent pas forcément leur voisinage

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2022 01 18 SO Des milliers d'hectares nécessaires pour éclairer

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