Sud-Ouest du 4 octobre 2021 

Comment soigner les bébés à tête plate 

Les bébés à tête plate, parfois asymétrique sont de plus en plus nombreux dans les consultations pédiatriques. Un sujet controversé

2021 10 04 bébéLe couchage sur le dos des bébés serait une explication du phénomène. ILLUSTRATION “SO” 

Sur les réseaux sociaux, les photos font froid dans le dos : des bébés au crâne plat, asymétrique, ou casqués. En légende, des parents désorientés, culpabilisés, en colère. Et pour cause : ils n’avaient jamais entendu parler de plagiocéphalie ou de brachycéphalie, avant que le ciel ne tombe sur la tête de leur bout de chou. « Pas même à la maternité », témoigne Mylène Galli à Dax. Cette maman avait « bien remarqué que Nina avait le crâne aplati à gauche ». Mais ce n’est qu’au rendez-vous des deux mois que la pédiatre l’adresse à un kiné. Le torticolis congénital est soigné ; mais la tête reste plate. Puis, l’enfant présente une asymétrie des oreilles et des joues. Le pédiatre envoie Nina chez un neurochirurgien à Toulouse. 1100 euros plus tard, la petite est casquée. Le choc pour les parents, et zéro remboursement malgré l’obtention du statut d’Affection longue durée (ALD). 

Le sujet est de plus en plus préoccupant. Au point qu’à Paris, il y a sept ans, le docteur Thierry Marck a arrêté son activité de pédiatrie générale pour se consacrer aux déformations crâniennes, en collaboration avec des confrères étrangers, pour écrire des livres (1) et des articles, animer des conférences et des formations, sans oublier ses consultations. 

Pour ces spécialistes, l’affaire est claire : c’est la faute aux préconisations officielles sur le coucher. « Il y a quarante ans, les pédiatres ont conseillé la position ventrale. Résultat, des dizaines de milliers de morts subites du nourrisson », retrace Thierry Marck. En 1996, machine arrière, les nouveau-nés sont mis sur le dos. « Ce n’est pourtant pas du tout physiologique, s’insurge le médecin, contrairement à la position latérale. » 

Depuis, si les statistiques de la mort subite du nourrisson ont drastiquement baissé, a contrario, celles de « ces enfants abîmés dans leur intégrité » sont « exponentielles ». 

«De 0,5 % avant 1970, les bébés de deux mois présentant des crânes déformés sont aujourd’hui quelque 40 % d’après une étude canadienne. » Le phénomène est aggravé par l’utilisation d’accessoires de puériculture visant à réduire la mobilité du bébé : matelas à mémoire de forme, coussin effet « cocon » etc. 

Urgence 

Résultats ? Des brachycéphalies. C’est-à-dire un aplatissement uniforme de l’arrière du crâne. Ou, si le bébé naît avec un torticolis congénital, un aplatissement latéral et une asymétrie crânienne (une plagiocéphalie). « Elle peut aussi s’accompagner d’une asymétrie faciale, de problèmes maxillo-dentaires, et d’une dysharmonie du développement neurologique. De fait, un côté du cerveau est mieux développé que l’autre », appuie Thierry Marck. 

Pour le spécialiste, il est urgent de réagir. Primo, en faisant dormir les bébés sur le côté (à 45 degrés), sur un matelas hyper-respirant (qui supprime tout risque d’étouffement) et en le calant sur un cale bébé (réglable) de l’autre côté de l’aplatissement. Ce traitement positionnel doit être mis en place au plus vite : « À deux mois, le crâne est malléable, à cinq mois, beaucoup moins. » Et si la tête est uniformément plate, même méthode ; mais en alternant les côtés un jour sur deux. 

Passé cinq mois, le casque sera la seule solution. « Il n’est pas là pour compresser, mais au contraire pour libérer la platitude et laisser le cerveau pousser le côté plat. » Sachant que ces orthèses crâniennes, pourtant prescrites par des neurochirurgiens, ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale en France. « C’est un scandale à tous les niveaux, tempête Thierry Marck. Il faut arrêter de produire ces déformations crâniennes. » 

Controverse 

Pour l’heure, le sujet ne fait pas consensus. D’ailleurs, dans un communiqué de mars 2020, la Haute autorité de santé (HAS) et le Conseil national professionnel de pédiatrie « réaffirment l’importance de coucher les bébés sur le dos ». Mais quelques paragraphes plus loin, de préciser : « Lorsqu’une plagiocéphalie survient, la Haute autorité de santé recommande aux parents d’éviter l’appui de la partie aplatie de la tête. » 

Et si la HAS conteste « le lien de causalité entre déformation crânienne et retard neuro-développemental, troubles spécifiques ophtalmologiques, oculomoteurs et vestibulaires », elle reconnaît que « les troubles de l’articulé dentaire, les troubles posturaux peuvent être retrouvés dans les formes sévères. 

Dans les formes les plus prononcées et en l’absence d’une prise en charge adaptée et précoce, les retentissements morphologiques ou esthétiques peuvent persister. » 

Le casse-tête ne fait que commencer. 

(1) « Mon enfant n’aura pas la tête plate », chez Albin Michel. Site Internet : www.bebesante.fr