Le Figaro Sciences du 2 juin 2021

Les scientifiques s'inquiètent des risques de sécheresse cet été

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Malgré un mois de mai très pluvieux, les nappes phréatiques ne se sont pas remplies et les agriculteurs craignent pour leurs cultures cet été.

Depuis quelques jours, lunettes sur le nez, tenues légères sorties, les Français profitent des rayons de soleil accompagnés de températures estivales attablés à une terrasse ou simplement à l'ombre d'un espace boisé. Des saveurs d'été dont on avait oublié le goût, après un mois de mai particulièrement pluvieux. Mais ces heures maussades devraient maintenant être loin derrière nous, les trois prochains mois seront «plus chauds et plus secs que la normale», prévient Météo France.

Un été caniculaire ne sera pas une première pour la France qui a déjà connu ces dernières années des épisodes successifs et de plus en plus longs de fortes chaleurs. «Et cela ne va pas aller en s'arrangeant», s'inquiète Françoise Vimeux, climatologue à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). «On s'attend à voir plus de problèmes avec la sécheresse et sur tout le territoire.»

Menace sur tout le territoire

S'il y a dix ans, seules les régions du sud souffraient de températures avoisinant les 40°C, aujourd'hui, celles qui en sont épargnées se comptent sur les doigts d'une main. D'après la carte, présentée par le ministère de la Transition écologique, avec l'aide de Météo France, prévoyant les risques de sécheresse pour cet été, la totalité du territoire, excepté le nord, présente des risques entre «très probable» et «possible» de souffrir d'épisodes de sécheresse.

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Risque de sécheresse en France pour l'été 2021 Ministère de la Transition écologique

Contactée par Le Figaro, l'agence météorologique rappelle qu'il est difficile de prévoir avec précision les épisodes de pluie et de forte chaleur mais l'été n'est pas «par essence une saison pluvieuse», ce qui ne va pas améliorer les sols qui sont déjà secs.

Nappes phréatiques asséchées

Si le mois de mai durant lequel plusieurs villes ont franchi des records de précipitations, cela n’a pas suffi pour hydrater les sols qui avaient manqué d'eau en mars et avril. «À la fin mai, les niveaux des nappes restaient en effet majoritairement en baisse par rapport à avril», explique le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), chargé d'analyser les sols français. Malgré sa quantité, l'eau ne s'est pas infiltrée dans la terre mais est restée seulement en surface, la rendant ainsi particulièrement molle et collante. Ce qui n'a pas facilité la tâche des maraîchers, qui craignent des récoltes plus maigres cette année.

Des craintes que le gouvernement souhaite prendre très au sérieux après l'épisode de gel qui a condamné plus de la moitié des vignobles et des maraîchers fruitiers. Souhaitant saisir cette question de la gestion de l'eau et des cultures, le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie et Bérangère Abba, secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée de la Biodiversité, ont inauguré vendredi 28 mai le «Varenne de l'eau», qui a pour mission d'ici janvier 2022 de présenter des pistes pour «faciliter le captage et l'utilisation des eaux de pluie par les agriculteurs afin de faire face aux épisodes de sécheresse». Une initiative bienvenue pour Françoise Vimeux qui note la nécessité pour les agriculteurs de s'adapter à ces nouvelles conditions climatiques, en attendant que des mesures contre le réchauffement soient adaptées au niveau international. En plus de la sécheresse, elle craint une augmentation du contraste saisonnier, avec d'importants épisodes de pluie en hiver et un air sec et chaud en été. Des aspérités de la météo qui poussent les cultures à changer elles aussi de rythme de vie.