Sud-Ouest du 19 juillet 2020

2020 07 19 SO Masque obligatoire dès demain dans les lieux clos

 

Sud-Ouest du 19 juillet 2020 

Barcelone, présage d’un «désastre» 

CORONAVIRUS Quatre millions de Barcelonais sont appelés à limiter leurs déplacements pour tenter d’éviter un nouveau confinement obligatoire. Théâtres et cinémas ont, eux, fermé

2020 07 19 barceloneLe nombre de cas dans la capitale de la Catalogne a presque triplé en l’espace d’une semaine. PHOTO ALEJANDRO GARCIA/MAX PPP 

«Un désastre », se lamente Maria Quintana en contemplant la terrasse vide de son bar, face à la basilique de la Sagrada Familia de Barcelone. La deuxième ville d’Espagne est appelée, au cœur de l’été, à se confiner une nouvelle fois face à une résurgence du coronavirus. 

« Alors même qu’on commençait tout juste à noter une petite reprise et la présence de quelques touristes étrangers, c’est un pas en arrière», se désole la restauratrice de 35 ans. Hier, face à la basilique, l’un des monuments les plus visités d’Espagne, les touristes se comptaient sur les doigts de la main, la plupart ignorant les nouvelles mesures annoncées la veille par les autorités. Près de 4 millions d’habitants de l’agglomération de Barcelone sont appelés à «rester chez eux» pour freiner la reprise de l’épidémie de Covid-19 et tenter d’éviter un nouveau confinement obligatoire. 

Le nombre de cas a, en effet, presque triplé en une semaine à Barcelone, avec environ 800 cas détectés contre moins de 300 la semaine précédente. 

Au-delà de cet appel à rester chez soi, le gouvernement régional a annoncé la fermeture des cinémas, des théâtres ou des discothèques, l’interdiction des rassemblements de plus de dix personnes et des visites dans les maisons de retraite ou la limitation de la capacité d’accueil à 50% dans les bars et restaurants. 

«Une guillotine» 

Dans celui de Maria, les tabourets ont été retirés puisqu’il est désormais interdit d’y servir des clients. En terrasse, les tables sont très espacées pour maintenir la distance de sécurité mais il n’y a personne. « Si les autorités réimposent un confinement et nous obligent à fermer, je baisserai le rideau mais avec mon cou en dessous, comme une guillotine, parce que nous ne pourrons pas survivre », insiste Maria Quintana. Karolina Kapounova, une touriste tchèque de 23 ans, transpire derrière son masque, obligatoire dans les espaces publics dans la majorité des régions espagnoles. Elle ignorait l’appel au reconfinement. «Mais je ne pense pas que nous allons changer nos plans », assure la jeune tchèque. «On voit quelques touristes, mais ils sont peu nombreux. Et puis, ils viennent et découvrent que la Sagrada Familia est fermée, que le bus touristique ne fonctionne pas… », explique Joan Lopez, propriétaire d’un kiosque situé devant la basilique. 

Départs massifs 

« Les gens n’écoutent pas les recommandations. Aujourd’hui, la ville semble vide mais parce qu’hier ils sont partis en week-end. […] Les gens ont quitté la ville avant que l’on nous y enferme », s’exclame-t-il. Alors que le gouvernement régional avait demandé aux Barcelonais de ne pas quitter la ville, les services de la circulation ont enregistré le départ de 350 000 véhicules vers les zones côtières voisines. 

« C’est une erreur », a mis en garde sur la radio catalane le directeur du comité régional de suivi du coronavirus, le docteur Jacobo Mendioroz. « La prochaine étape est le confinement à domicile », at-il poursuivi. 

L’Espagne, l’un des pays les plus affectés par la pandémie avec plus de 28 400 morts, avait imposé mi-mars un confinement très strict. Olga Torres, qui se rafraîchît en terrasse avec une amie, espère ne pas en arriver là: «Cela n’a rien de drôle d’imaginer qu’ils vont nous confiner à nouveau, mais je crois qu’ils y réfléchiront à deux fois parce qu’économiquement, ce serait une hécatombe », 

Les critiques contre le gouvernement séparatiste catalan, compétent en matière de santé, se multiplient et pointent du doigt son manque de préparation face à la pandémie. De son côté, le gouvernement de Quim Torra a condamné la gestion de la pandémie menée par l’exécutif espagnol, laissant entendre que si la Catalogne était indépendante, ils auraient fait mieux. 

«La mauvaise gestion nous conduit à un nouveau confinement», insistait, hier, l’éditorial du quotidien catalan «Ara », proche des séparatistes

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Sud-Ouest du 19 juillet 2020 

« Pas besoin de stresser, on n’est pas malades !» 

AÉROPORT DE ROISSY Plusieurs professeurs d’hôpitaux ont pointé l’insuffisance des contrôles dans les aéroports. À Charles-de-Gaulle, les passagers sont hostiles à des mesures plus drastiques

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Hier, 07 h 30, à proximité de l’entrée d’un terminal de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Vincent Sbraire, 36 ans, café à la main, tente de se réveiller comme il peut. Masque de protection sur le visage, il file d’un pas pressé en direction d’un taxi pour gagner la capitale. Cet homme affable, qui a atterri il y a presque une heure de Singapour, se tend presque immédiatement à l’évocation des contrôles liés au coronavirus dans l’aéroport. 

« Ici, tout le monde porte un masque, la compagnie prend votre température avant de partir, on signe une déclaration sur l’honneur où on laisse nos coordonnées à l’aéroport. Niveau flicage c’est pas mal, non ? », s’agace-t-il.. Agitant nerveusement son passeport français en l’air, il poursuit :«Je suis Français, je rentre à la maison pour les vacances. Pourquoi nous traiter comme des pestiférés ? Les contrôles sont partout », fulmine-t-il. À côté, une femme d’une cinquantaine d’années n’a pas perdu une miette de la conversation : « Pas besoin de stresser, on n’est pas malades », ironise-t-elle. Professeure depuis plus de vingt ans dans un établissement français de Kinshasa, en République Démocratique du Congo, elle dénonce le « soupçon invraisemblable » que subissent, selon elle, les Français de retour au pays ainsi que les étrangers. 

« Le virus ne nous a pas attendus pour circuler en France ! Quand j’entends dire qu’on est responsable de la propagation du virus ça me hérisse le poil, c’est une honte », dit-elle d’un ton calme et posé. Vendredi, des professeurs d’hôpitaux parisiens ont déploré l’insuffisance des contrôles contre le coronavirus dans les aéroports, affirmant que des clusters se développaient à partir de gens qui rentrent de voyage. 

«Pas là pour contaminer» 

Pour le professeur Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, «la seule mesure efficace », contre le virus reste la quarantaine. C’est précisément cette restriction qui irrite les passagers. 

« J’ai fait un test PCR avant de prendre l’avion. Tout est en ordre, fin de la discussion. On ne vient pas là pour contaminer les gens. Quel est l’intérêt de venir en vacances ici s’il faut passer qunze jours en isolement ? », s’emporte Richard Stan. Ce Franco-Américain est venu avec son épouse et ses deux filles, direction « Reims, pour le Champagne ». Jeune trentenaire, Sébastien Torres, arrive, lui, du Brésil avec sa femme. « On est contents d’être là, dit-il soulagé. C’est un peu irrespirable en ce moment au Brésil. » Pour ce jeune couple qui compte rester en France « au moins jusqu’à Noël», les contrôles et mesures de sécurité sont amplement suffisants : « La quarantaine, c’est une mesure trop brutale, surtout si vous n’êtes là que quelques semaines », explique-t-il. 

Le groupe Aéroports de Paris (ADP), gestionnaire des aéroports parisiens, rappelle que de nombreuses mesures ont déjà été mises en place comme le port du masque obligatoire dès l’entrée dans le terminal, la mise en place de distributeurs de gels hydroalcoolique ou de caméras thermiques. Les tests virologiques de dépistage du Covid-19, promis dimanche dernier par le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, pour les voyageurs provenant de pays classés «rouges », sont la dernière nouveauté du dispositif, selon ADP. Piloté par l’Agence régionale de santé, ce dernier « propose » aux passagers en provenance des pays hors de l’UE de se faire dépister. Une mesure «indispensable» pour Marie Peretti, doctorante française de retour du Brésil pour qui, de cette façon, « tout le monde sera rassuré, y compris les passagers ».

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