Suite au décès de Naomi Musenga, le Docteur Patrick Pelloux appelle à revoir complètement le service des urgences. 

Gironde Vigilante tient à rappeler que dès septembre 2014 elle avait adressé au médecin urgentiste un courrier pour lui faire part de ses inquiétudes concernant la problématique du secours à personne en milieu rural, suite à un article du Figaro paru le 22 août 2014 dans lequel Monsieur Pelloux confiait ses craintes dans les termes suivants :

« A demander aux secours d'être de plus en plus vigilants et mesurés dans le choix des moyens à mettre en œuvre, j'ai peur que l'on finisse par perdre la notion de ce qui peut être grave ».

2014_08_22_Le_Figaro_fr_Appels_d'urgence_les_secours_vont_devoir_leur_nombre_d'interventions

Nous précisions d'ailleurs dans ce même courrier que Gironde Vigilante alertait depuis plusieurs années les pouvoirs publics sans succès, malgré des propositions concrètes, et que seuls des drames à répétition pourraient peut-être déclencher une prise de conscience de la population et des instances.

2014_09_29_GV_au_Docteur_Pelloux

Mais une fois de plus, notre courrier était resté lettre morte.

Aujourd'hui, un drame a eu lieu, mais il a fallu attendre plus de 4 mois pour qu'il fasse surface et que d'autres cas parviennent à la connaissance de tous.

Les instances étaient alertées, le Docteur Pelloux conscient des risques, pourtant personne n'a bougé et si le décès de cette jeune femme n'avait pas fait le buzz sur les réseaux sociaux, les journaux n'en auraient pas fait leur "une" plusieurs mois après le drame.

On se repose malheureusement sur un système de filtres et de régulation médicale jugés "fleuron de la France" mais qui comme le disait si bien le Docteur Pelloux "a fini par perdre la notion de ce qui peut être grave". 

Pourquoi attendre le décès d'une personne pour prendre des mesures ? Un diagnostic par téléphone ne remplacera jamais un examen médical.

Europe 1 du 9 mai 2018 

Mort de Naomi : Patrick Pelloux appelle à repenser l'organisation des urgences

 

L’urgentiste Patrick Pelloux appelle mercredi sur Europe 1 à repenser de manière "structurelle" l’organisation des structures d'urgence en France, après la mort de Naomi Musenga. 

INTERVIEW 

Après la mort d’une jeune femme à Strasbourg fin décembre qui n’a pas été prise en charge à temps par le Samu, l’urgentiste Patrick Pelloux appelle à revoir complètement le service des urgences. L’assistante de régulation du Samu et la sapeur-pompier qui avaient répondu à l’appel de Naomi Musenga "portent l’exercice des secours, donc c’est toute la profession qui se sent responsable" de ce drame, a estimé mercredi dans Europe Soir Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France.  

30 millions d’appels chaque année. La prise en charge des patients au Samu "ne s’est pas dégradée, parce qu’on tient la ligne, c’est le rôle régalien de l’État (…) Mais on a beaucoup plus de travail qu’avant", souligne Patrick Pelloux. Le Samu reçoit en effet trois fois plus d’appels qu’il y a 30 ans, à raison de 30 millions d’appels par an. Un chiffre quasi-similaire chez les pompiers. "Il y a des dysfonctionnements, et alors qu’on tient avec des effectifs constants (…) Mais là, c’est plus qu’un dysfonctionnement, c’est un drame total. C’est un tremblement de terre dans notre réflexion et notre analyse de ce qu’on fait au quotidien dans les services d’urgences et au Samu."  

Repenser l’organisation des secours en France. Ainsi, Patrick Pelloux suggère de repenser l’organisation des services d'urgences et des secours en France : "30 millions d’appels, comment on gère ça ? Quels sont les critères qui font qu’on répond au téléphone au Samu ? Et pendant combien de temps ? 12 heures, c’est impossible… On fait les trois-huit ? Et comment on peut mieux travailler en coopération avec les pompiers et les médecins. Il faut mettre tout cela sur la table", énumère-t-il, en parlant d’une question "organisationnelle et structurelle".  

Rappelant que 21 millions de personnes passent par les urgences chaque année, Patrick Pelloux invite à "inventer de nouvelles choses pour être contemporain" de notre société, avec l’espoir de "ne pas avoir à nouveau un tel drame".