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19 août 2022

Sud-Ouest du 19 août 2022 Sud-Ouest du 19 août

Sud-Ouest du 19 août 2022

2022 08 19 SO La vigilance aux feux de forêt repasse à l'orange

Sud-Ouest du 19 août 2022 

« Nous allons reconstruire notre cabane » 

Céline et Thierry Laffitte avaient acheté en 2018 une cabane dans la forêt usagère de La Teste et y habitaient à l’année. Cette maison a totalement brûlé le 14 juillet dernier

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Le feu est pareil à la mort : il détruit tout, à jamais. L’album du mariage avec ces photos prises il y a trente ans resté sur la commode, comme celles des enfants, quand ils étaient petits, le piano donné il y a longtemps par le grand-père, le bronze de famille en mille morceaux, éclaté par la chaleur. Comme les morts, ils ne reviendront plus…

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Céline et Thierry Laffitte habitaient depuis quatre ans dans une cabane au sud-est de la forêt usagère de La Teste-de-Buch, à Labat de Sahuc, pas loin des puits de pétrole Vermilion. « Nous avons appris qu’elle avait brûlé le 15 juillet, vers midi, raconte Céline. Nous étions au restaurant. Nous étions entre l’hôpital où ma mère était depuis le 12 juillet, et sa maison où nous nous étions réfugiés depuis le 13 juillet. » C’est un « cabaneyre », un habitant des cabanes de la forêt, qui le leur a appris. Malgré les interdictions, il avait été en forêt et il avait vu. « On s’est effondrés… » 

« C’était un rêve » 

Céline et Thierry voulaient vivre en forêt. « C’était un rêve. Il y a quatre ans, nous avons eu l’opportunité d’acheter cette ancienne cabane de résinier rénovée en 2016. Nous sommes ainsi devenus des petits propriétaires de la forêt, 5 hectares. C’était une maison de 48 m2avec une chambre, deux cabanons, un garage, au milieu d’une clairière entourée de pins et de chênes. » 

Ils avaient des biquettes, des canards, des oies, des poules. « Et puis les sangliers et les chevreuils qui venaient aussi… » Comme dans le rêve qu’ils avaient : « C’était une vie un peu à part. Nous avions un puits pour l’eau courante et avions investi dans un système de traitement de l’eau pour la boire. C’était hyper agréable. Notre premier voisin était à 100 mètres, les autres encore plus loin. On sait tout ce qu’on a perdu. » Thierry voulait du calme, « loin de la folie de la ville ». 

Bien sûr qu’ils ont pensé au feu pendant ces quatre années : « Il peut prendre n’importe où, insiste Thierry. Mais on y pensait comme tout le monde partout ailleurs. Je débroussaillais toute la clairière et les chemins autour. C’était propre et éloigné des arbres. C’est faux de dire que la forêt n’était pas entretenue. La forêt a brûlé parce que tout était tellement sec, sans pluie depuis des mois. Et il faisait si chaud… » 

Ils ont vu le feu prendre sur la piste 214 dans l’après-midi du mardi 12 juillet. « La fumée est arrivée jusqu’à notre cabane, alors pour rassurer les enfants, nous avons dormi chez des copains. Et le lendemain matin, à 6 heures, le feu était encore loin. Thierry est allé donner un coup de main aux secours. On a vu les Canadair. Mais jamais on a imaginé qu’une telle catastrophe allait arriver. » 

« Le feu est là ! » 

Tout est arrivé très vite le 13. Un gars de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) a été catégorique : « Partez ! Le feu est là dans une demi-heure ! » « Nous, on est sonnés. On ne réfléchit pas. Oui, comme dans un état second. On a pris quelques affaires, le chien, le chat, les papiers. Mais on est confiants. La cabane est au milieu d’une clairière entretenue. Et, nous savons que les pompiers ont pour mission de protéger les cabanes et les puits Vermilion. » 

Le soir, les propriétaires de cabanes ont été réunis. « Nous n’étions finalement pas dans la zone rouge et on a même eu le droit d’aller jeter un œil à notre cabane, se souvient Céline. On a pris l’ordinateur, donné à manger aux bêtes. Et nous sommes partis sans jamais nous dire que nous reverrions jamais notre maison. » 

Elle a cramé le lendemain, quand le feu est venu sur Cazaux. Certainement dans l’après-midi. Il y avait alors beaucoup de rumeurs, des informations totalement fausses diffusées par les télés. Mais Céline et Thierry savaient que c’était vrai, ils avaient vu les photos prises par le cabaneyre. « Une saute de feu a dû tomber sur la cabane, soupire Thierry. Ces sautes pouvaient être énormes. Les pompiers parlaient de cet incendie comme d’un monstre. La forêt était un brasier. » 

Faire face 

Céline et Thierry ne sont revenus sur leur terrain que le 7 août, avec un pompier et l’expert de l’assurance. « On nous avait demandé si nous étions sûrs de vouloir voir ça, se rappelle Thierry. Ben oui, on voulait voir, évidemment… Il faut bien faire face à la réalité, non ? Notre cabane était en bois. Il ne restait que la cheminée en pierre debout. Tout n’avait pas brûlé autour. Les chênes étaient encore là. Mais la maison, non rien… Psychologiquement, ça fait mal, très, très mal. » 

Céline avait du mal à réaliser ce qu’elle voyait de ses propres yeux : « Tout était détruit. Il n’y avait plus que des trucs métalliques, le cumulus, l’onduleur électrique, les carcasses en fer de certains meubles, le canon des fusils de chasse de Thierry. C’est la planche à repasser qui a le mieux résisté, elle était presque intacte. » Mais à quoi sert-elle maintenant ? 

Ils vivent pour le moment dans la maison de la mère de Céline, décédée il y a peu. Ils n’y resteront pas. « Nous allons reconstruire notre maison. On va repartir. Il y avait ici des habitants, une vie dans cette forêt, et elle va revenir… » Le feu emporte tout, mais il finit un jour par s’éteindre… 

2022 08 19 cabane3

 

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