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19 août 2022

Apprendre les gestes qui sauvent

Sud-Ouest du 19 août 2022 

2022 08 19 nager en sécurité

Face aux risques de noyade, apprendre les gestes qui sauvent 

Pénurie de bassins collectifs, augmentation des noyades et essor des piscines privées expliquent le succès des cours de natation à domicile. Reportage dans les Landes

2022 08 19 face

Lundi 15 août, à Saint-Martin-de-Seignanx (40), c’est l’heure de la baignade. Une magnifique piscine azur surplombe les champs de maïs et fait la joie de la famille Latour. Tante, nièce, cousins et petits-enfants arrivent en courant (et en maillot de bain). Pourtant, cette séance, quoique réjouissante, n’a rien d’une évidence : Jean-Marc et Marie-Hélène Latour n’ont jamais appris à nager. À l’époque, cela ne se faisait pas. D’abord, il n’y avait pas de piscines, et les lacs étaient interdits pour cause de polio. Quant à la mer, juste derrière les pins : « On y allait en mobylette, avec pour seule consigne de ne pas se baigner, c’était bien trop dangereux. » « De toute façon, nous avions peur des vagues, enchaîne Jean-Marc. Il y a tellement eu de noyades… » 

Noyade, le mot est lâché. Il obsède ces grands-parents, qui cadenassent la piscine en dehors des créneaux autorisés. « Nous ne serons pas tranquilles tant qu’ils ne sauront pas tous nager », appuie-t-il. Or, sur les six petits-enfants, Mathilde, 6 ans, et Gustave, 2 ans et demi, ne sont pas encore opérationnels. Mais cela ne devrait plus tarder, du moins pour l’aînée : c’est aujourd’hui son premier cours de natation à domicile. 

Manque d’infrastructures 16 h 30. Voilà Julien Bachoué. Maître-nageur sauveteur, il a lancé une école avec deux anciens collègues. En plus des différentes actions menées en mer, ils ont développé les cours à domicile pour pallier le manque criant d’infrastructures dans la zone. 

« En général, il faut une dizaine de cours pour apprendre à nager à un enfant. » Pour Mathilde, cela devrait être encore plus rapide, juge-t-il à la fin de la séance de trente minutes. Julien fait d’abord connaissance avec la fillette — les lunettes de piscine en forme de licorne offrent un sujet de conversation parfait —, avant d’évaluer son « niveau » et ses réflexes. 

Une fois la relation de confiance acquise, il enchaîne les exercices sur un mode ludique, de plus en plus complexe : mettre la tête sous l’eau, faire l’étoile de mer, sauter depuis le bord de la piscine, rallier un bord à l’autre… Le tout ponctué d’explications théoriques imagées : « Tes cuisses sont ton moteur, ce sont elles qui vont te faire avancer. » Trente minutes plus tard, Mathilde est déjà bien plus à l’aise. À la fin de la semaine de vacances, elle devrait savoir nager. « Ce sera un soulagement », se rassure la grand-mère. « Cela est forcément un coût mais la sécurité n’a pas de prix », conclut-elle. 

Un plan national 

La sécurité. C’est aussi ce qui a poussé Fabien Lerebourg à fonder sa société « Home swim home », basée sur les leçons d’aisance aquatique, l’apprentissage à la natation et le perfectionnement en piscine privée. « Mon objectif : réduire le nombre de noyades. » Les chiffres font froid dans le dos : « Les noyades sont la première cause de décès par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans », rappelait Roxana Maracineanu, ex-ministre déléguée des sports, en préambule du rapport sur la Prévention des noyades et aisance aquatique de 2021. Pis, le rapport pointe une « augmentation significative du nombre d’accidents » pour des raisons multiples : « Démocratisation des piscines familiales, rareté ou vétusté des équipements aquatiques publics dans certains territoires, réchauffement climatique générant des situations accidentogènes. » Résultat : une augmentation de 36 % du nombre de noyades entre 2015 et 2018. Chez les moins de 13 ans, la recrudescence est qualifiée d’« alarmante » : le nombre de noyades a augmenté de 77 % ! Et, ajoutait Jean-Michel Blanquer en préambule de ce rapport, « la crise sanitaire a privé les enfants de l’accès aux piscines pendant de longs mois ». 

Aussi, en plus d’un plan « national » misant sur le « savoir nager » et les investissements pour ouvrir des piscines, le gouvernement veut « exploiter tous les mètres cubes d’eau pour l’apprentissage ». C’est-à-dire qu’au-delà des 4 000 bassins publics, il s’agit de mobiliser le parc de piscines privées (trois millions de bassins). Une situation qui n’a pas échappé aux professionnels du secteur, de plus en plus sollicités. 

À Bordeaux, Fabien Lerebourg a vu la demande quintupler entre la création de sa microentreprise en 2019 et l’été 2022. Un dispositif privé réservé aux privilégiés ? Certes. Mais si l’on considère que certaines entreprises ont l’agrément service à la personne, permettant de défiscaliser une partie de la note, le maître-nageur n’a pas fini de faire partie de notre paysage quotidien. Voilà qui n’est pas dommage.

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