Allergies au pollen
Sud-Ouest du 6 avril 2022
Les pollens placés sous haute surveillance dans la région
L’observatoire régional de l’air, Atmo Nouvelle-Aquitaine, participe à la surveillance et au comptage des pollens. Reportage à La Rochelle
Le capteur de pollens de La Rochelle surplombe la mêlée urbaine et permet de les collecter à 30 kilomètres à la ronde. XAVIER LÉOTY / « SUD OUEST »
A La Rochelle, c’est le lundi (et pas un autre jour) que Nathalie Delaunay, technicienne du site rochelais d’Atmo Nouvelle-Aquitaine (NDLR, l’observatoire régional de l’air), relève la bande du capteur de pollens. Le dit capteur est haut perché, sur le toit d’un bâtiment du centre des finances publiques de la préfecture de Charente-Maritime. Un site qui, par sa situation au-dessus de la mêlée urbaine, permet de donner un aperçu des pollens qui se baladent par les airs, jusqu’à 30 kilomètres à la ronde.
Atmo Nouvelle-Aquitaine gère quatre autres capteurs dans la région (Limoges, Angoulême, Niort et Poitiers), et surveille ces petites graines qui peuvent provoquer des allergies chez l’humain. Une surveillance pour le compte du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), qui se charge de sept autres points en Nouvelle-Aquitaine (Agen, Bordeaux, Périgueux, Mont-de-Marsan, Bayonne et Pau), soit un par département, et publie ainsi chaque vendredi une carte de France, et donc aussi une carte régionale du risque d’allergie aux pollens.
Comptage
En ce lundi matin, Nathalie Delaunay grimpe sur l’échelle de secours installée sur le toit du centre des impôts. Le capteur ressemble à une petite girouette. « C’en est une. Elle tourne avec le vent, l’air est aspiré, et poussières et particules viennent se coller sur la bande qui fait un tour sur elle-même en une semaine », souligne la spécialiste. D’où la nécessité de garder un jour attitré pour changer le tambour qui porte la bande. On récupère ce témoin précieux. On en place un nouveau, on referme la girouette et on la laisse s’agiter pour une nouvelle semaine.
Cap sur le site d’Atmo à Périgny, à quelques tours de roues de La Rochelle. Nathalie Delaunay va procéder au comptage des pollens. Elle commence par récupérer la bande et par la couper en sept tronçons, correspondant aux jours de la semaine. « Tiens, là, la séquence est un peu ocrée. C’était lundi dernier… Les restes du sable du Sahara. »
Un petit réactif rose, chauffé au préalable, permet de coller la bande sur les lames, colorant au passage les pollens et laissant les poussières dans le noir. Une lamelle pour protéger et on passe au microscope. Nathalie se coiffe d’un casque avec micro. Et c’est parti. Elle lit chacune des sept lamelles à haute voix, comme un livre et à un débit élevé : « Platanus, platanus, platanus, quercus, platanus, betula, fraxinus, platanus, platanus, inconnu. »
La lecture de la première lame a été enregistrée avec les noms en latin des pollens observés. « Platanus » pour platane, « quercus » pour le chêne, « betula » pour bouleau et « fraxinus » pour le frêne. Elle reconnaît les variétés à l’œil nu. « Du moins la plupart du temps. Parfois, j’ai un doute. Je dis alors ‘‘inconnu’’ et vais vérifier dans le catalogue que le RSNA met à notre disposition, avec les caractéristiques des pollens et leur allure. »
Le bouleau, la bête noire
L’exercice est terminé. Il a duré quelques minutes. Les séquences de la semaine ainsi enregistrées sont envoyées au Réseau national de surveillance aérobiologique. « L’envoi doit avoir lieu avant le jeudi soir, afin que le RSNA puisse publier son bulletin le vendredi. Un bulletin des risques allergiques pour la semaine à venir, par ville, avec les quatre pollens principaux identifiés, qu’Atmo NouvelleAquitaine reprend également sur son site. « Le RNSA construit cet indice de risque qui s’échelonne de 0 [nul] à 5 [élevé], en se basant sur les comptages, mais aussi sur les prévisions météorologiques et les données cliniques des allergologues. »
La semaine passée, la carte de France des pollens était pour la moitié nord, et notamment pour la Charente-Maritime, colorée de rouge, soulignant le risque élevé régnant avec le bouleau, dont le pollen fait partie des plus allergisants. « Nous procédons à la surveillance de janvier en octobre. En janvier, on a affaire aux pollens des noisetiers, cyprès, peupliers et frênes. Actuellement, c’est le bouleau, les premières graminées et les urticacées », précise Nathalie Delaunay, qui remarque qu’avec le réchauffement climatique, les pollens sont de plus en plus précoces, allongeant d’autant la période à risque des personnes sensibles et allergiques.
« Cette année, nous avons eu un vrai déficit de pluie, ce qui laisse aux pollens toute liberté de circulation. » Car la pluie plaque au sol les petites graines invisibles incriminées. Elle est justement attendue pour cette fin de semaine. « Le risque d’allergie ne devrait pas dépasser le niveau moyen dans le Nord », annonce le RSNA, au contraire du Sud, « où les pollens pourront s’exprimer un peu plus librement, avec notamment les pollens de platane ».





