Covid-19
Sud-Ouest du 5 février 2022
Ouest-France du 5 février 2022
Covid-19. Pourquoi la situation du Sud-Ouest dément l’optimisme d’Olivier Véran
Mercredi 2 février, le ministre de la Santé Olivier Véran a estimé que « le pire est derrière nous ». De fait, les restrictions ont été assouplies et de nombreux indicateurs laissent présager que le pic de l’épidémie de coronavirus est passé. Pourtant, plusieurs départements du Sud-Ouest de la France font mentir ces bons signes. Trop optimiste, Olivier Véran ? On fait le point.
Deux infirmières s'équipent avant d'entrer dans la chambre d'un patient atteint du Covid-19 dans le service de réanimation du centre hospitalier de Laval (Mayenne). | MARC OLLIVIER / OUEST-FRANCE
La tendance générale de l’épidémie de Covid-19 est à la baisse. Alors qu’une première levée de mesure a été enclenchée ce 2 février, le ministre de la Santé Olivier Véran a lancé tambour battant au micro de BFM TV que « le pire est derrière nous » .
Une région semble pourtant échapper à ce déclin épidémique : la Nouvelle Aquitaine. Cette région du sud-ouest de la France est celle où le taux de reproduction est le plus élevé en France, à 1,2, signe d’une circulation toujours rapide de l’infection.
Une croissance exponentielle malgré la décrue dans les autres régions
Si la moyenne du nombre de cas quotidiens comptabilisé a baissé de 20 % ce jeudi 3 février au niveau national, certains départements du Sud-Ouest peinent à passer sous la barre des 4 000 nouveaux cas quotidiens. C’est le cas de la Gironde, des Landes ou encore des Pyrénées-Atlantiques qui semblent se stabiliser dans une forme de plateau.
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Le constat est identique concernant les hospitalisations. Alors que la situation est à la stabilisation sur le territoire national, le Sud-Ouest est à contre-courant avec des entrées à l’hôpital en augmentation.
« L’ex-Aquitaine est toujours très impactée par l’Omicron. Le plateau est très haut et cette infection génère beaucoup d’hospitalisations », a confirmé l’infectiologue et membre du Conseil scientifique Denis Malvy à Sud-Ouest . Un constat partagé par Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique. Il a estimé, devant le Sénat le 1er février, que la situation en Nouvelle Aquitaine restait « extrêmement difficile ».
Tellement que, pour faire face à l’afflux de malades, le CHU de Bordeaux a décidé d’installer plusieurs tentes pour étendre ses services d’urgence et augmenter sa capacité d’accueil d’une dizaine de lits.
Un probable décalage avec le reste de la France
Ce décalage entre le Sud-Ouest et le reste de la France peut inquiéter, il n’est pas pour autant anormal car à la différence de la grippe, le Covid-19 progresse sur le territoire de manière différente selon les régions.
« On se rappelle qu’en mars 2020 l’Italie avait été atteinte avant les autres pays d’Europe de l’Ouest. Plus récemment, en décembre, on a vu la vague Omicron arriver d’abord au Danemark et en Norvège, puis en Île-de-France, au moins une semaine avant la Nouvelle Aquitaine », rappelle Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. Selon lui, l’éventualité que la région connaisse son pic, tant de contaminations que d’hospitalisations, en décalage avec le reste du pays existe.
L’ombre d’un plateau plane sur la France
Si les indicateurs concernant les contaminations dans le Sud-Ouest semblent graphiquement former un plateau, la circulation du virus y est encore trop importante pour parler de ce que les experts appellent un « plateau de contamination ». Toutefois, cela n’exclut pas qu’un plateau survienne en France comme c’est le cas actuellement dans d’autres pays comme le Royaume-Uni ou le Danemark.
Deux hypothèses peuvent expliquer l’apparition d’un plateau dans la dynamique épidémique actuelle. D’abord, la levée « précoce » des restrictions, opérée dans ces deux pays, a pu contribuer à un regain des contaminations parmi la population.
Mais l’arrivée du sous-variant BA.2, qui semble plus contagieux encore que son « grand frère » Omicron, pourrait aussi être la cause de cet aplatissement des courbes. « C’est vrai que l’apparition du variant BA2 au Danemark et le fait que le Royaume-Uni semble être affecté et entre dans une forme de plateau, ça peut être une source d’inquiétude », a déclaré l’épidémiologiste Pascal Crépey à Ouest-France à la fin janvier.
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Une situation qui devrait appeler à la prudence
Va-t-on trop vite vers un retour relatif à la « vie d’avant » ? Peut-être. Le « pire » en termes de contaminations a beau être passé pour une grande partie de la France, la Nouvelle Aquitaine prouve que certains territoires échappent encore à cette observation.
« Dans tout ça, tout est à court terme », a estimé Gilbert Deray, chef du service néphrologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris sur le plateau de C à Vous. « On ne sait pas ce que nous avons devant nous. […] Personne ne peut nous dire qu’il n’y aura pas un variant plus dangereux, personne ne peut nous dire combien de temps dure l’immunité. Après, qu’il y ait des gens qui, pour des raisons politiques, décident de ne pas semer le doute, c’est une autre chose. »
Covid19 : "Il y a 300 morts par jour et tout le monde s'en fout. Bah moi, ça me choque, ça me gêne."@GilbertDeray, chef du service de néphrologie de l’@HopPitieSalpe, dans #CàVous. pic.twitter.com/hzI7ArT4Nq
— C à vous (@cavousf5) February 3, 2022
De son côté, Antoine Flahault observe que « depuis le début de la pandémie, les autorités veulent en voir la fin ». Jean Castex devait en effet être le Premier ministre post-pandémique, et à chaque vague, de nouvelles lueurs d’espoir sont arrivées comme lorsque le gouvernement promettait en août que le passe sanitaire serait un rempart face la cinquième vague.
Selon l’épidémiologiste, la situation en Nouvelle Aquitaine devrait être un appel à la prudence. Antoine Flahault appelle de ses vœux une gestion plus localisée des mesures pour lutter contre le Covid, avec des assouplissements selon les situations locales.
« Voir les Danois lever toutes leurs mesures alors que la courbe épidémique monte comme en Nouvelle Aquitaine aujourd’hui, c’est mettre en danger les personnes vulnérables, âgées ou immunodéprimées, ainsi que les non vaccinées, estime-t-il. C’est aussi courir le risque d’une nouvelle saturation des hôpitaux et d’une augmentation de la mortalité au-dessus des niveaux les plus hauts jamais enregistrés durant cette pandémie. »
Ouest-France du 4 février 2022
Covid-19. Hausse des décès, personnes âgées touchées… Pourquoi la vigilance reste élevée
Ce n’est pas la première fois qu’on aura cru voir la lumière au bout du tunnel. Les autorités sanitaires appellent donc à une « très, très grande prudence », alors que la circulation de l’épidémie de Covid-19 ralentit sur le territoire national, car celle-ci reste élevée.
Des gens font la queue pour des tests Covid devant un centre de dépistage devant une pharmacie à Paris, en France, le 7 janvier 2022. | SARAH MEYSSONNIER / REUTERS
La circulation de l’épidémie de Covid-19 ralentit sur le territoire national mais reste élevée, notamment chez les plus de 70 ans, a mis en garde ce vendredi 4 février 2022 l’agence Santé publique France, invitant à ne pas relâcher les mesures de freinage.
Le virus circule toujours parmi les personnes âgées
La circulation du virus a ralenti la semaine dernière « avec un taux d’incidence en baisse de 8 % ».
« Cet indicateur continuait néanmoins d’augmenter chez les 70 ans et plus et restait à un niveau très élevé (supérieur à 3 000 cas pour 100 000 habitants) dans la majorité des régions », a relevé l’agence Santé publique France lors d’un point presse.
L’augmentation la plus forte était observée chez les 90 ans et plus (+19 %).
Le nombre de nouvelles hospitalisations était, elle, en légère baisse (-7 %) alors que celui des admissions en soins critiques se stabilisait (-3 %).
Une amélioration des indicateurs qui laisse penser que le pic de la cinquième vague est désormais passé.
« Le pire est derrière nous », a d’ailleurs déclaré mercredi soir le ministre de la Santé, Olivier Véran.
« Au niveau national, le ralentissement du taux d’incidence observé cette semaine est en faveur du passage du pic de la 5e vague. Pour autant, le niveau de circulation du virus reste élevé dans certaines classes d’âge, et son hétérogénéité en région nous invite à la prudence », a résumé Geneviève Chêne, directrice générale de Santé publique France.
« Les décès continuent à augmenter »
Il y a « des signes encourageants, mais une très, très grande prudence » s’impose, a aussi insisté vendredi l’agence de santé. L’émergence de variants comme BA.2 suscite « la plus grande attention ».
Le sous-variant d’Omicron BA.2, probablement plus contagieux, continue ainsi de progresser en France : il représentait 2 % des séquençages la troisième semaine de janvier, contre 0,2 % deux semaines plus tôt.
Il y a « un vrai ralentissement du nombre de nouveaux cas » mais « les décès continuent à augmenter », a aussi mis en garde l’agence.
Selon les comptages des dernières 24 heures, 280 personnes sont mortes à l’hôpital avec un diagnostic Covid (contre 277 la veille).
« Les choses commencent à s’améliorer mais c’est justement parce qu’elles s’améliorent qu’il faut poursuivre » l’ensemble des mesures de freinage comme « la vaccination, les tests et les mesures barrière », selon l’agence.


