Covid-19
Sud-Ouest du 14 juillet 2021
Sud-Ouest du 14 juillet 2021
« Rassurez-moi, la file, ce n’est pas juste pour le vaccin ? »
L’allocation du président de la République, lundi soir, a provoqué une ruée vers la vaccination. Reportage à Bordeaux, dans la foule des candidats sans réservation
La pluie, régulière, n’a pas empêché la ruée vers les vaccins de la part des non inscrits. P.R
Sitôt l’allocution du président de la République terminée, lundi soir, les chiffres de la ruée vers Doctolib – 20 000 prises de rendez-vous à la minute et 1,3 million de créneaux réservés pour les deux doses du vaccin en moins de 12 heures, des millions de demandes insatisfaites – ne laissaient guère planer de doute sur le déroulé des journées à venir dans les centres de vaccination.
« Rassurez-moi, la file là, ce n’est pas seulement pour le vaccin ? Il y a forcément un salon en même temps ? » Pierre, un solide gaillard, connaît la réponse à sa question. Le quadra de Bordeaux tente de faire un peu d’humour alors que la pluie tombe fort sur son blouson d’été. « En fait, cette file m’inquiète. Vous croyez qu’elle s’impose aussi à ceux qui ont rendez-vous ? »
Trois heures d’attente
Léa, 19 ans, qui vient d’abriter son scooter sous les ombrières photovoltaïques, au chômage partiel, du parking du Parc des Expos n’a pas la réponse. Elle vient, comme lui, pour sa deuxième injection. « Mes parents étant à risque, contrairement à mes amis qui se décident suite à l’annonce de l’extension du pass sanitaire pour les bars, restaurants, les trains…, j’ai opté pour la vaccination dès le 5 juin. Le seul truc qui m’inquiète maintenant, c’est cette queue… »
À quelques de mètres de là, près de la Porte B du Hall 1, Pierre et Léa sont rassurés. Pas d’attente arrosée pour eux, leur convocation pour le créneau de 13 h 30 ouvre l’accès direct au centre.
En fait, l’impressionnante file d’attente qui s’allonge minute après minute et qui « représente au moins trois heures d’attente pour ceux qui sont à la fin », estime un des autres agents de sécurité, est constituée des centaines de personnes venues tenter leur chance sans rendez-vous.
« Je n’avais jamais vu ça ici », lâche Pascal, vacataire venu prêter main forte à l’équipe des agents de sécurité en charge de contrôler les accès au centre de vaccination du Parc des Expos de Bordeaux.
« On est débordés »
À l’intérieur du centre, les équipes administratives sont en surrégime. Benoît Nicot, chef de centre en charge de la partie administrative, est scotché devant un écran d’ordinateur.
« Je n’ai jamais vu autant de candidats non inscrits se présenter. Nous fonctionnons avec trois agents manquants, je dois donc m’y mettre aussi pour fluidifier au maximum l’accueil des inscrits et faire progresser un peu la file des non inscrits. Nous avons assez de vaccins, mais même si nous avons demandé des renforts, nous ne pourrons pas faire plus de 2 700 vaccinations par jour. Les 18 box de vaccination tournent bien, mais on ne peut pas suivre administrativement, on est débordés aujourd’hui. L’attente, après vaccination, pour le traitement administratif des vaccinés est d’environ 55 minutes actuellement après injection. »
Les touristes aussi sont là
Retour à l’extérieur. Dans la file d’attente, l’urgence est palpable aussi. « Alors que je reste persuadée qu’il est trop tôt pour être sûre du produit, je sais qu’il y a urgence désormais à se faire vacciner pour vivre normalement », pestent Camille, abritée sous son sac à dos, et Maxime, 20 et 21 ans, tous deux étudiants. « J’ai l’impression qu’on ne me donne plus le choix et c’est désagréable », lâche la jeune femme.
Pour Anasse, 25 ans, qui patiente juste devant eux, il y a plus qu’urgence. « Je viens de me rendre compte qu’il fallait être vacciné pour aller au Maroc et en Tunisie. Le test PCR ne suffit pas, alors je tente d’avoir ma première dose, mais il faut avoir les deux et… je suis censé partir mardi prochain… J’étais pour le vaccin, j’ai perdu trop de temps, je regrette désormais de m’être fait retourner la tête par un ami antivax. Désormais, pour moi les vacances, c’est : ça “pass” ou ça casse », arrive-t-il à plaisanter.
Eux, ils sont déjà en vacances, à Hourtin (Gironde). Venus des Deux-Sèvres, Paul et Isabelle abritent Nadya sous leur petit parapluie. Elle, à 18 ans, prépare aussi son voyage au Maroc, mais ils profitent d’un jour de pluie pour tenter leur chance. « On a compris, même si on n’est pas très chaud pour cela, qu’il faut passer par la vaccination. » Ils sont nombreux les touristes dans cette file et certains, des « locaux », s’en agacent. « Pouvaient pas aller se faire piquer ailleurs », râle un quadra, qui fait visiblement des efforts pour maîtriser sa colère devant ses ados.
Le président de la République est aussi dans son collimateur. « Il aurait mieux fait de se taire, l’autre, hier soir ! Ou alors il fallait nous dire ça en mai ! » siffle celui qui reconnaît quand même : « Sans obligation, je ne me serais jamais fait vacciner ».









