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24 mai 2021

Covid-19

Sud-Ouest du 24 mai 2021

2021 05 24 SO L'Institut Pasteur plus optimiste pour cet été

2021 05 24 SO L'Institut Pasteur plus optimiste pour cet été2

2021 05 24 SO Le Covid en bref

2021 05 24 SO Rue Sainte-Catherine samedi

2021 05 24 SO Vaccination à Bacalan dès mercredi

2021 05 24 SO Vaccination à Bacalan dès mercredi2

 

2021 05 24 SO A Villenave un tunnel de désinfection avant de visiter les aînés

2021 05 24 SO A Villenave un tunnel de désinfection avant de visiter les aînés2

2021 05 24 SO A Villenave un tunnel de désinfection avant de visiter les aînés3

 

Sud-Ouest du 24 mai 2021 

BÈGLES : « Enfermés dedans » pour sauver leur Ehpad 

Directeur, cuistot, infirmière... Ils ont dormi un mois et demi au milieu de l’Ehpad Bon Secours, durant le premier confinement. Retour sur une aventure humaine

2021 05 24 ephadÀ l’Ehpad Bon Secours de Bègles, Benoît, Illaya, Malika, Bernard et le directeur Matthieu Lejeune en souvenir du confinement à l’intérieur de l’établissement. THIERRY DAVID / « SUD OUEST » 

Quelque chose a changé entre eux. Ils sont des familiers désormais, et plus seulement des collègues de travail. Ça se voit, à la manière dont ils se regardent, se taquinent : ils se sont vus en pyjama, ont passé des soirées à refaire le monde, à jouer aux cartes, à partager des cafés et des gâteaux secs. Avec une idée en tête : sauver leur « maison », l’Ehpad du Bon Secours de Bègles. L’aventure a commencé le 20 mars 2020, au soir. 

Matthieu Lejeune, directeur de l’Ehpad, se souvient parfaitement du timing. « Nous étions face à ce virus inconnu, tous assez terrifiés. Nous venions d’apprendre que certains résidents étaient positifs, deux ou trois. J’ai pensé : je ne peux pas rentrer chez moi, risquer de transmettre le virus à mes proches. Je ne peux pas planter l’établissement. Je reste. » 

Ce jour-là, la moitié des salariés a quitté le navire, certains parce qu’ils présentent des comorbidités, donc des risques de faire une forme grave de la malade, d’autres parce qu’ils sont « morts de trouille », qu’ils veulent protéger leurs familles. « En réalité, on manquait de bras, le nerf de la guerre pour nous en Ehpad, souligne le directeur. Je me suis dit, très vite, si la trouille est contagieuse, la motivation peut l’être encore plus. » 

Rester : ça allait de soi 

83 résidents, 90 ans de moyenne d’âge, 20 mars 2020. L’Ehpad a fermé ses portes, les visites des familles sont interdites. Le Covid est entré par effraction. Ils seront dix salariés à décider de rester enfermés dedans, laissant tomber leur vie, leur propre famille. 

Malika, aide-soignante référente, est allée chercher des matelas dans la réserve. « Pour moi, ça allait de soi de rester. Mon métier c’est pas rien, j’ai des convictions et là, protéger les personnes âgées, veiller sur elles, ça collait. Et puis, dedans on avait moins peur. » 

Illaya, aide-soignante, a aussi averti ses proches qu’elle resterait, nuit et jour, jusqu’à une date… indéterminée. Elle en rit un peu : « De toute manière, mes parents sont un peu âgés et mon père avait des craintes par rapport au virus, il avait peur que je lui transmette. Finalement, ça arrangeait tout le monde. Et puis… ici, c’est une maison à laquelle on est attaché. » 

MacGiver, l’homme à tout faire, tout réparer, tout démêler, c’est Bernard. Sans lui, le confinement dans l’Ehpad aurait été très compliqué. « Je suis l’homme d’entretien, si un robinet fuit, si l’électricité manque, si quelque chose se casse, je suis là. Je n’ai pas hésité longtemps, j’ai embarqué un matelas dans mon atelier, j’étais peinard… et utile. » 

Et voilà Benoît, indéboulonnable chef cuisinier de l’Ehpad. Benoît qui bosse au Bon Secours depuis 29 ans. « Pour moi, c’était évident, il fallait bien que ça tourne. Qui, sinon, pour faire les petits-déjeuners, la cuisine le midi, les cafés. À un moment, 70 % des salariés manquaient. Je ne juge personne, mais il fallait bien qu’on soit là pour tenir la baraque. Ma femme n’a pas été étonnée quand je lui ai dit que je m’installais ici, nuit et jour. Je suis de la maison ! » 

Les aides-soignantes ont traîné leur matelas tous les soirs, d’un endroit à un autre, pour trouver un peu de tranquillité, Benoît a dormi dans une salle de jeux. Le directeur a laissé son bureau, lui a dormi au début dans une salle d’animation. « Je sortais en pyjama, je croisais des résidents qui me demandaient des trucs, impossible de faire la coupure. Au bout d’un moment, je suis allé dormir avec mon matelas dans le local syndical. » 

Tous parlent d’une « parenthèse unique dure et formidable ». Nuit et jour auprès des résidents, à les chouchouter, toujours prompts à répondre aux familles, portables personnels à la main. 

Comme une grande famille « À cette époque, on ne savait pas grand-chose du Covid, et on était effrayés, rappelle Malika. En plus, on manquait de masques, de surblouses, on n’avait pas de tests ! On vivait avec la crainte de perdre des gens, 5 sont décédés du Covid, ici. » La peur bleue, aucun d’entre eux ne l’a oubliée, et pourtant, c’est le bon, le joyeux, le chaud qui a pris le dessus. « Notre présence permanente a permis aux personnes âgées d’être rassurées, à leurs proches aussi. » Benoît raconte que les applaudissements des voisins arrivaient jusqu’à eux. Qu’ils ont reçu des mercis, des pizzas, des lettres et des cadeaux. 

« Il s’est passé un truc entre nous, comme si nous appartenions à une même grande famille, note Malika. Le soir, il n’y avait plus de hiérarchie entre nous. On faisait la fête parfois, on rigolait bien. Il fallait décompresser. Croyez-le si vous voulez : quand on a pu sortir, on avait encore plus la trouille du dehors ! Tous. »

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