Intérêt de la vaccination
Sud-Ouest du 24 mai 2021
La vaccination n’est plus un sujet tabou
La semaine européenne de la vaccination est l’occasion de faire un point sur la situation, hors Covid. La région est au-dessus de la moyenne nationale
La vaccination a augmenté en Nouvelle-Aquitaine entre 2017 et 2019. THIERRY SUIRE / “SUD OUEST"
Et si le Covid avait eu une bonne influence sur notre rapport aux vaccins ? Au lieu d’entériner la fameuse défiance française, la pandémie a permis de rappeler l’intérêt de la vaccination, en termes de santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), deux à trois millions de vies sont sauvées chaque année grâce à cet acte simple de prévention. En France, depuis 2018, 11 vaccins sont obligatoires. La Nouvelle-Aquitaine a longtemps été une mauvaise élève, elle se révèle désormais… la meilleure.
Selon Benoît Elleboode, directeur général de l’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, « si aujourd’hui, on est au-dessus de la moyenne nationale, c’est grâce à une attitude proactive vis-à-vis de la population, mais aussi au soutien efficace des médecins généralistes. C’est aujourd’hui sur eux, que s’appuie la démarche. » Petit rappel : l’OMS précise qu’une couverture maximale de 95 % de la population a permis l’éradication de certaines maladies, le DTP (Diphtérie, Tétanos, Polio). Aujourd’hui, la diphtérie et la polio ont totalement disparu. « N’oublions pas, remarque le docteur Jean-Luc Delabant, médecin généraliste de l’URPS (Union régionale des professionnels de santé) que la vaccination ne fait pas que protéger l’individu vacciné, elle protège les autres. Il s’agit d’un geste citoyen et solidaire. »
L’étude à grande échelle
Aux derniers anti-vax, à ceux qui résistent encore, Benoît Elleboode rappelle que la plus grande étude connue à ce jour, reste le service militaire. « Tous les hommes étaient vaccinés, et si les vaccins avaient été dangereux ou générateurs d’effets indésirables au long terme, on aurait vu apparaître des maladies, des pathologies très différentes de celles des femmes, qui étaient moins vaccinées. Or, cela n’a pas existé. Toute une génération d’hommes a été vaccinée. »
Entre 2017 et 2019, la progression du vaccin DTP est la plus significative. Dans certains départements, comme la Dordogne on observe du + 10 %. Ce qui amène la région à un total de 91,5 % de vaccinés, l’objectif étant 95 %. Le pneumocoque a été injecté à 92,4 % de la population régionale, le ROR (Rougeole, Oreillons, Rubéole) est plus bas, avec 84 % ce qui inquiète un peu les autorités sanitaires. En effet, il faut se souvenir qu’une épidémie de rougeole a touché, en 2018, plus de 1 000 personnes en Nouvelle-Aquitaine. Cette maladie très contagieuse – une personne peut en contaminer 20 et un cas sur quatre nécessite une hospitalisation – n’est toujours pas éradiquée. Le vaccin méningocoque a été injecté à 90,6 % de la population, en 2019, un chiffre également en progression notable. « C’est logique, explique François Martial, président des pharmaciens URPS, car dès qu’un cas de méningite se présente, il est à déclaration obligatoire, et ce cas génère de nombreuses vaccinations préventives. »
En revanche, le vaccin papillomavirus n’est toujours pas entré dans les mœurs. La région comptabilise 35,4 % de vaccinés. Depuis 2019, la Haute Autorité de Santé recommande ce vaccin également pour les garçons, il permet de se protéger contre certains cancers génitaux et oraux, mais n’a pas encore trouvé sa légitimité.
Un carnet vaccinal bientôt
Les professionnels de santé se mobilisent désormais pour l’ouverture et la généralisation d’un carnet vaccinal, soit « un outil intelligent, personnalisé qui permettra aux pharmaciens, médecins traitants, de connaître le statut de chaque patient, ses vulnérabilités, ses allergies, mais surtout… sa situation concernant les mises à jour des vaccins », remarque François Martial. « Nombre de personnes n’ont pas de vaccins à jour, oublient les rappels, notamment pour le tétanos ce qui peut le cas échéant poser un grave problème. »
Mais la bonne nouvelle vient du Covid, puisque les derniers baromètres santé sont tous d’accord pour un chiffre : 80 %. Depuis 2020, 80 % de la population se déclare favorable à la vaccination en général. En 2019, ce chiffre était de 73,9 % ! « Eh oui, observe le docteur Marie-France Tartarin, installée dans la Vienne et membre de l’URPS. Dans nos cabinets médicaux, nous avons beaucoup défendu la vaccination pour le Covid, et ça a déclenché de véritables discussions avec nos patients. Nous avons profité de l’opportunité, si l’on peut dire, pour mettre à jour des vaccins. » Benoît Elleboode applaudit l’effort : « Cette crise, analyse-t-il, a certainement eu un impact sur la population en termes de compréhension de ce qu’est une épidémie, de l’utilité des gestes barrières et donc, de l’intérêt de la vaccination pour l’enrayer. »