Covid-19
Sud-Ouest du 5 mai 2021
Sud-Ouest du 5 mai 2021
Choix du vaccin, risques, âges... Les réponses à vos questions
En collaboration avec le CHU de Bordeaux, « Sud Ouest » a demandé à trois scientifiques de la région de répondre à une sélection de questions des lecteurs
Ouverture du centre de vaccination contre le Covid-19, à l’hôpital de Pau le 7 janvier. DAVID LE DEODIC / « SUD OUEST »
Vaccin ou pas vaccin ? Pfizer ou AstraZeneca ? Est-ce que je risque quelque chose si je ne me fais pas vacciner ? Le risque sera-t-il plus élevé si je me fais vacciner ? Dois-je attendre l’immunité collective et ainsi passer entre les mailles du filet de l’épidémie ? Et si on nous injectait un poison ? Et s’il y avait, derrière tout ça, une volonté de nuire ? Ces questions-là, on se les pose tous, à un moment donné.
Et la surabondance d’informations scientifiques et médicales dans les médias généraux, en temps normal propres à éclairer nos choix, suscite une forme de confusion. Une peur légitime et abstraite.
Comme au mois de janvier dernier, « Sud Ouest » a décidé d’ouvrir une foire aux questions sur la vaccination, via sudouest.fr. Vous avez été nombreux à saisir l’opportunité, avec des questions intelligentes, précises, judicieuses auxquelles les professeurs Marie-Edith Lafon, Charles Cazanave et Mathieu Molimard ont pris le temps d’apporter les réponses.
Isabelle, 51 ans, Bordeaux : J’ai été vaccinée début mars à l’AstraZeneca (insuffisance cardiaque sévère suite à un infarctus). Mon médecin me dit que je suis automatiquement redirigée vers une deuxième injection au Pfizer. Les deux vaccins sont-ils compatibles ? Y a-t-il des risques ?
Les deux vaccins ont le même objectif, à savoir présenter une protéine du virus, la protéine Spike, contre laquelle l’organisme développera une réponse immunitaire. Dans le cas du vaccin AstraZeneca, c’est un virus (adénovirus) qui apporte le gène codant pour cette protéine ; pour les vaccins ARN, dont le vaccin Pfizer, le code (ARN messager ou ARNm) de cette protéine est apporté dans une particule de lipides.
La deuxième injection, quel que soit le vaccin, augmente la réponse immunitaire vis-à-vis de cette même protéine. Il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux vaccins. La proposition qui vous est faite, compte tenu de votre âge, a pour but de réduire le risque – très faible – de thrombose atypique décrite avec le vaccin AstraZeneca chez les sujets de moins de 55 ans.
Michel, Bordeaux : À quoi sert-il de vacciner tout le monde sans connaître le statut sérologique, n’est-il pas plus logique de vacciner les gens n’ayant pas eu le Covid, cela aurait peut-être permis d’avoir l’immunité collective plus rapidement ?
Les personnes infectées par ce type de virus (coronavirus) fabriquent des anticorps, mais ceux-ci peuvent disparaître avec le temps, au bout de quelques mois (à la différence d’autres virus comme la rougeole, par exemple). Par ailleurs, on sait à présent qu’environ la moitié des personnes infectées n’ont aucun symptôme et elles n’ont pas su qu’elles avaient rencontré le virus. Donc, vouloir déterminer qui a été infecté ou pas, par une sérologie réalisée à distance, est un peu hasardeux. Il est plus pragmatique et moins coûteux de proposer la vaccination à un maximum de personnes, pour diminuer la circulation du virus.
Léon, Capbreton (40) : Vacciné au Pfizer en janvier et février 2021, on annonce une immunité de six à huit mois, il faudra donc un rappel en septembre/octobre. Comment cela pourra se faire si déjà un nombre important de citoyens n’a pas encore eu un seul vaccin ?
On ne connaît pas la durée de protection des vaccins du fait du manque de recul depuis leur mise sur le marché. À ce jour, la durée de protection est d’au moins huit mois (après deux injections) et elle augmente d’un mois tous les mois (avec le recul supplémentaire).
Fabien, 35 ans, Dax (40) : Pourquoi vacciner avec un vaccin qui a été élaboré en six mois sur une maladie que l’on ne connaît que depuis un an, alors que peu de gens dans ma tranche d’âge sont décédés, dont 70 % avaient déjà des maladies graves ?
La technologie utilisée dans les vaccins contre le Covid-19 est connue depuis une dizaine d’années. Le Covid-19 a causé, hélas, plus de 100 000 morts en France, malgré des mesures de distanciation sociale et il n’existe pas de médicament efficace, ni préventif ni curatif, permettant de contrôler l’épidémie. Les vaccins ont démontré une efficacité extraordinaire, beaucoup plus importante que ce qu’on aurait pu espérer il y a un an, à la fois pour réduire le risque d’être malade, de mourir de cette infection, mais aussi pour prévenir sa transmission.
Les études cliniques ont été faites pour chaque vaccin chez plus de 40 000 personnes (contre 4 000 classiquement pour des nouveaux médicaments). On a évalué la sécurité chez plus de 100 millions de personnes et on connaît de mieux en mieux les très rares risques de ces différents vaccins.
Fabien (le même) : Je pense prendre plus de risques avec un nouveau vaccin qu’avec le Covid-19. Non ?
Pour les sujets jeunes, comme vous, il faut, bien évidemment, des vaccins absolument sûrs. Le risque de thrombose atypique très faible avec les vaccins à adénovirus (notamment AstraZeneca) n’existe – à ce jour – pas avec les vaccins à ARN et c’est pour cela que ce sont ces vaccins (Pfizer, Moderna) ou les vaccins protéiques à venir qui seront proposés chez les plus jeunes (moins de 55 ans). Des essais cliniques sont en cours chez les enfants et adolescents car il est nécessaire de vacciner le plus grand nombre pour arrêter l’épidémie.
Philippe, Sanguinet (40) : Je viens de commencer un traitement prescrit par un ORL pour soigner une perte d’odorat qui a commencé il y a une année. Le test Elisa est négatif. Puis-je recevoir un des vaccins anti-Covid ?
Il n’y a pas de contre-indications à la vaccination et elle est même recommandée si vous avez plus de 55 ans ou dès l’âge de 18 ans avec une pathologie à très haut risque de forme grave.
Luis, Saubion (40) : Pour me faire vacciner, puis-je choisir le vaccin ?
Pour l’instant, les vaccins dont vous pouvez bénéficier dépendent de l’âge, des pathologies associées, des risques de forme grave et des lieux/centres de vaccinations. Si vous êtes éligible à une vaccination et que vous avez moins de 55 ans, vous aurez un des vaccins ARN (qui sont équivalents). Si vous avez plus de 55 ans, vous pouvez recevoir un vaccin à adénovirus ou un vaccin à ARN selon votre état de santé et si vous avez ou pas une pathologie à très haut risque de forme grave (votre médecin traitant saura vous aiguiller).
Christian, Hendaye (64) : Est-ce que les effets secondaires, lors de la seconde injection d’AstraZeneca, sont les mêmes que lors de la première ?
Ils sont de même nature avec une intensité de réactogénicité (le fameux syndrome pseudo-grippal, fièvre, céphalées, courbatures) qui peut être diminuée.
Florence, Gradignan (33) : Puis-je choisir le vaccin contre le Covid ? La tranche d’âge à laquelle j’appartiens est éligible au seul vaccin Astrazeneca. Mais je souhaiterais un vaccin à ARN messager. Comment faire ?
Si vous êtes éligible au vaccin AstraZeneca, vous êtes aussi éligible au vaccin Janssen. Les vaccins ARN ne seront pas disponibles pour tous avant des mois et, pendant ce temps, vous prenez le risque de vous contaminer.
Paul, Saint-Palais-sur-Mer (17) : Quel vaccin puis-je recevoir en regard de mes nombreuses allergies confirmées, à savoir latex, iode, pénicilline, amoxicilline, atracurium ?
Il n’y a pas de contre-indication aux différents vaccins, sauf en cas d’allergie à un composant du vaccin Pfizer, le PEG (allergie rare). Dans votre cas, par mesure de précaution, on vous surveillera après la vaccination trente minutes au lieu de quinze.
Philippe, Vanves (Hauts-de-Seine) : Est-il confirmé qu’une seule injection d’AstraZeneca, Pfizer ou Moderna est nécessaire lorsqu’on a été déjà infecté par le Covid ?
Une seule injection est recommandée en cas d’infection antérieure par le Covid. Cette injection est réalisée idéalement six mois après l’infection et elle sert de rappel afin de renforcer votre réponse immunitaire et pour éviter une réinfection.
Hélen, Gan (64) : J’ai un système immunitaire très faible et j’ai reçu deux vaccins de Pfizer. Est-il vrai que j’ai besoin d’une troisième vaccination pour être mieux protégée ?
La troisième injection est réservée aux patients sévèrement immunodéprimés, à savoir : transplantés d’organes solides, transplantés récents de moelle osseuse, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous un traitement immunosuppresseur fort. Votre médecin vous précisera la liste ou bien vous pouvez adresser un mail au CHU de Bordeaux, info.vaccin@chu-bordeaux.fr.
De plus, des mesures de « cocooning » (bien connues pour une autre maladie infectieuse comme la coqueluche) visent à réduire les risques de transmission du coronavirus par les personnes vivant au contact des immunodéprimés. L’effet recherché étant une diminution du risque de transmission à l’immunodéprimé. Ces personnes, âgées de 18 à 54 ans, doivent également être prioritaires pour la vaccination (avec une lettre de leur médecin traitant).
Martine, Bègles (33) : À partir de quelle date les plus de 55 ans (sans comorbidités) pourront-ils être vaccinés avec un autre vaccin que l’AstraZeneca ?
Les moins de 55 ans doivent être prioritairement vaccinés avec des vaccins à ARN, car ils sont à risque plus élevé de thrombose atypique. Entre 55 et 59 ans, sans pathologie à très haut risque de forme grave, un vaccin à adénovirus (AstraZeneca ou Janssen) est recommandé.
Pour les autres, tous les vaccins sont actuellement possibles. Du fait du manque de doses de vaccin à ARN, leur utilisation pour tous n’est pas a priori envisageable avant plusieurs mois. Si vous êtes éligible à un vaccin à adénovirus, faites-le le plus rapidement pour éviter de vous contaminer.
Nicole, 61 ans, Pau : J’ai eu une première dose d’AstraZeneca, je ne souhaite pas une deuxième dose de ce vaccin qui s’avère dangereux et inefficace face aux variants, alors que Pfizer fonctionne. Les moins de 55 ans vont pouvoir combiner AstraZeneca et Pfizer. Comment faire pour y être autorisée ?
Tous les vaccins ont été mis au point à partir des souches de virus circulant en 2020. Ces souches évoluent et aucun des vaccins n’est encore parfaitement efficace contre les variants présents et à venir. Néanmoins, le vaccin AstraZeneca procure déjà une protection importante dès la première dose et il a prouvé son efficacité chez des millions de personnes dans le monde.
La deuxième dose de ce vaccin est importante pour augmenter votre réponse immunitaire et le risque d’effets indésirables graves est extrêmement faible.
Monique, Saint-Lon-les Mines (40) : Contaminée le 8 mars et déclarée positive le 16, pouvez-vous me confirmer que je dois recevoir une seule injection en septembre ?
En cas d’infection Covid, une seule injection de vaccin est nécessaire. La Haute autorité de santé recommande de faire cette injection au-delà de trois mois et de préférence six mois après l’infection.
Audrey, Saint-Laurent-du-Bois (33) : Enceinte de six mois, je souhaiterais me faire vacciner mais mon médecin et la sage-femme me disent que pour l’instant il n’y a aucun recul sur l’effet du vaccin sur le fœtus… Qu’en pensez-vous ?
Les femmes enceintes sont désormais prioritaires, si elles le souhaitent, à partir du second trimestre de grossesse. Le risque de développer une forme sévère de Covid est plus important, en particulier si vous avez plus de 35 ans, une maladie cardiaque, un diabète ou une obésité. Si votre profession vous amène par exemple à être en contact avec des personnes infectées, la vaccination peut être un réel plus.




