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3 mai 2021

Covid-19

Sud-Ouest du 2 mai 2021 

Variant indien en Nouvelle-Aquitaine : pour l’ARS, « on contrôle la situation » 

Trois cas de variant indien ont été confirmés dans la région, à Villeneuve-sur-Lot et Bordeaux . « Rien de grave », selon l’ARS. Quelle est la stratégie mise en place ?

2021 05 02 variant

 «Jusqu’ici tout va bien. » Tel est le message rassurant qu’a envoyé, ce vendredi matin, Benoît Elleboode, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine. N’empêche, alors même qu’Emmanuel Macron annonce le début du déconfinement, la nouvelle de l’intrusion de formes du variant indien dans la région n’a rien de très rassurant. Trois cas ont été confirmés : un couple dans le secteur de Villeneuve-sur-Lot, en Lot-et-Garonne, et un homme à Bordeaux. 

Voilà le scénario. Le 9 avril, une jeune femme souffrant de symptômes mineurs se fait tester à Villeneuve-sur-Lot, en Lot-et-Garonne. Elle est positive. Son test PCR présentant des atypies est envoyé au séquençage à Toulouse, qui confirmera quelques jours plus tard qu’il s’agit du variant indien. 

Dès lors, l’ARS, Santé publique France (SPF) et la CPAM lancent une opération de traçage autour de cette première personne. Une enquête montre qu’elle est allée en Inde, puis a traversé plusieurs pays européens, avant de rentrer en France. Mise en quarantaine chez elle, son entourage, tous les cas contacts autour d’elle sont testés. Son mari se révèle positif et aussi porteur du même variant. « Ils vont bien, d’ailleurs aujourd’hui, ils sont déjà négatifs, rassure Benoît Elleboode. Le dispositif en place pour repérer, tracer, isoler a bien fonctionné. Leur entourage a été testé, le dispositif n’a pas repéré d’autres variants. » 

Pour eux, selon les autorités sanitaires, les chaînes de transmission ont été bien isolées. 

À Bordeaux, aussi 

À Bordeaux, c’est un homme de retour d’Inde pour motif professionnel, le 18 avril, qui a été testé le 25 avril, alors qu’il présentait quelques symptômes. Le séquençage de son test PCR réalisé au CHU de Bordeaux a montré la présence de variants atypiques, de type indien. Cet homme va bien. 

Dans l’entourage proche du Bordelais, quatre personnes ont été testées positives. Leurs tests PCR sont en cours de séquençage. Tous sont placés en quarantaine à la maison. 

Laurent Filleul, directeur de SPF à Bordeaux, précise que l’activité de séquençage explose actuellement, les trois CHU de la région, Bordeaux, Poitiers et Limoges ont des laboratoires de virologies très actifs. « Nous lançons une opération de surveillance des eaux usées élargie afin de dépister la présence des variants, avec notamment le laboratoire du CHU de Limoges qui prend la main sur ce dossier. Ces études sont financées avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine. » 

Selon le professeur Patrick Dehail, conseiller médical du directeur général de l’ARS, le variant indien « n’est pas le variant dominant actuellement en Inde, et aucun lien de causalité entre ce variant et la flambée épidémique en Inde n’a été confirmé. L’hypothèse qui tient la corde étant qu’il est très approchant des variants brésilien et sud-africain. On ne sait pas encore s’il est oui ou non réceptif aux vaccins ». 

Les autorités sanitaires de la région Nouvelle-Aquitaine se veulent rassurantes. « Aucun élément aujourd’hui ne nous permet de nous inquiéter, car le dispositif bien rodé nous fait agir vit, signale Benoît Elleboode. La situation est sécurisée et permet de contenir les chaînes de transmission. » Avant d’ajouter plus humblement : « Mais dans le cadre de cette épidémie, on sait que toute vérité d’un jour, change le lendemain… »

2021 05 02 SO Le Covid-19 en bref

2021 05 02 SO Les maladies chroniques donnent accès à la vaccination

2021 05 02 SO Les maladies chroniques donnent accès à la vaccination2

 

Sud-Ouest du 2 mai 2021 

Le Covid-19 en Inde, « pire qu’une guerre » 

La deuxième vague de l’épidémie de coronavirus frappe de plein fouet New Delhi, où les familles de malades doivent remuer ciel et terre pour trouver un lit d’hôpital, une bouteille d’oxygène ou des médicaments. Beaucoup de patients succombent avant d’être pris en charge. Reportage

2021 05 02 indeUne famille collectant les cendres d’une victime du Covid-19, sur un terrain de crémation à New Delhi. TAUSEEF MUSTAFA / AFP 

Lorsque le taux d’oxygène d’Anita (1), testée positive au coronavirus, se met à dégringoler, le 22 avril, sa famille se lance immédiatement à la recherche d’un hôpital. Débute alors une course contre la montre. Sans relâche, Babita Thakur appelle tous les hôpitaux de New Delhi dans l’espoir de faire admettre sa tante éloignée. À mesure que le temps passe, le taux d’oxygène de la dame d’une soixantaine d’années baisse. « J’ai parlé à des dizaines d’hôpitaux dans toute la ville, aucun n’avait de lits », souffle Babita, une quadragénaire résidant dans la capitale. 

La famille tente alors de se rendre sur place, avec Anita, mais rien n’y fait, les hôpitaux sont tous saturés. Le taux d’oxygène de la tante, épuisée, n’indique plus que 60, alors que les médecins conseillent de se rendre à l’hôpital dès lors que celui-ci avoisine les 90. À court d’options, la famille se résigne à ramener la malade chez elle. Elle s’éteindra dans la nuit. « J’étais dévastée, si elle avait pu être prise en charge, elle aurait survécu », se convainc Babita. 

Avalanche de malades 

Dans la capitale, le drame se rejoue en boucle depuis des jours. L’avalanche de malades submerge les hôpitaux et les familles désespérées doivent remuer ciel et terre pour trouver un lit. Avec plus de 400 000 nouveaux cas quotidiens et plus de 3 500 morts, le coronavirus n’épargne plus personne. « La maladie est entrée dans chacune de nos maisons », déplore Babita. À New Delhi, épicentre de l’épidémie, une personne testée sur trois se révèle être positive. 

La mégapole de 20 millions d’habitants restera confinée au moins jusqu’au 3 mai. Il y règne un calme précaire, brisé à intervalle régulier par les sirènes des ambulances débordées. « J’ai dû emmener ma meilleure amie à l’hôpital dans ma voiture car aucune ambulance n’était disponible », témoigne Varun (1), qui dirige une ONG. « Nous avons attendu six heures parmi des centaines de malades pour qu’elle puisse avoir un lit mais pour d’autres, la situation est pire », admet-il. 

À New Delhi, comme dans d’autres villes, des patients en sont réduits à rendre leur dernier souffle dans une ambulance ou un tuk-tuk sous les yeux de proches impuissants. D’autres s’effondrent devant les hôpitaux. 

Comptes à rebours 

« C’est pire qu’une guerre, les gens sont en chasse, il n’y a pas d’hôpitaux, pas d’oxygène, pas même de médicaments », s’inquiète Sushikur Gupta, un petit pharmacien du sud de la capitale qui tente de remédier aux pénuries. Les appels à l’aide des familles de malades livrées à elles-mêmes déferlent sur WhatsApp, Twitter ou Facebook. Certains connaissent une fin heureuse, d’autres sont suivis d’annonces de décès. 

« C’est la situation la plus critique que j’ai connue de ma vie », affirme Souradipta Chandra, médecin dans une clinique de New Delhi. « Même moi, je ne peux pas me servir de mes contacts pour trouver un lit pour mes patients. Je n’ai pas dormi depuis des jours. Je sais que j’aurais pu sauver des vies s’il y avait eu de l’oxygène, des lits. » 

En raison de la pénurie d’oxygène, les malades meurent aussi à l’hôpital. Dès mi-avril, les médecins se sont mis à alerter les autorités quant à l’épuisement imminent de leurs stocks. « SOS - Moins d’une heure d’oxygène en réserve », tweetait Max Healthcare, le 23 avril. « Besoin d’assistance immédiate », prévenait ce groupe hospitalier privé de la capitale avant d’être ravitaillé in extremis. Ces comptes à rebours déchirants se sont succédé des jours durant sur Twitter ou sur les télévisions locales. 

Pourquoi un tel chaos ? 

Les autorités ont affrété des trains spéciaux, chargés de camions-citernes et surnommés « Oxygen Express », depuis les lieux de production vers les villes qui en ont le plus besoin. Sur les routes, l’armée et la police ont escorté certains véhicules en charge de livrer la précieuse cargaison aux hôpitaux dans le besoin. Mais pour certains malades, il était déjà trop tard. Plusieurs dizaines de patients sont morts en soins intensifs à New Delhi, l’approvisionnement en oxygène ayant trop tardé. 

L’aide internationale a commencé à arriver mardi 27 avril. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Union européenne ou encore la Russie ont promis d’apporter une aide d’urgence au géant sud asiatique dévasté par la pandémie. 

Comment l’Inde a-t-elle pu sombrer dans un tel chaos ? En début l’année, l’épidémie avait pourtant connu un recul spectaculaire. La campagne de vaccination, lancée mi-janvier, avait été accueillie sous les applaudissements et avec le plus grand soulagement. Ces derniers mois, la vie semblait avoir repris son cours à New Delhi, capitale grouillante et bouillonnante. « Le message envoyé à la population était que le coronavirus avait disparu, qu’il n’était plus dangereux et que le vaccin arrivait et allait nous sauver », regrette Ramanan Laxminarayan, directeur du Center for Disease Dynamics, Economics & Policy. « Quand les gens entendent ces messages contradictoires, ils baissent la garde », poursuit-il. 

Pèlerinage monstre 

Le gouvernement est accusé d’avoir voulu refermer trop vite le chapitre de la pandémie. Il se trouve sous le feu des critiques pour avoir autorisé l’immense festival hindou de la Kumbh Mela qui a vu défiler des millions de pèlerins sur les bords du Gange. Des membres du gouvernement, dont le Premier ministre, ont multiplié les rassemblements politiques dans les États où se tenaient des élections. Quant au rôle joué par les variants dans cette flambée, les scientifiques sont encore partagés. 

« Nous savions qu’il y aurait une seconde vague mais nos dirigeants n’ont rien fait avant qu’il ne soit trop tard, ils ont mené les gens à la mort », s’emporte le docteur Souradipta Chandra. Le coronavirus a coûté la vie à plus de 200 000 personnes en Inde mais les chiffres officiels sont remis en cause par la surcharge des crématoriums et des cimetières qui peinent à suivre la cadence. À travers la capitale, les flammes des bûchers funéraires font rage. Et les corps des victimes ne cessent d’affluer. 

(1) Certains prénoms ont été modifiés à la demande de la famille.

2021 05 02 inde2

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