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21 avril 2021

Covid-19

Sud-Ouest du 21 avril 2021 

Faut-il vacciner les volontaires ? 

Pour éviter la perte de doses du vaccin AstraZeneca, certains proposent d’ouvrir la vaccination à ceux qui le souhaitent

2021 04 21 astraEn Nouvelle-Aquitaine, l’ARS a dénombré 811 vaccinations via AstraZeneca samedi et dimanche dernier dans ses 22 centres, soit moins de 37 en moyenne par site. AMIR MAKAR / AFP  

D ans leur cabinet situé à Lormont (Gironde), le docteur Arnaud Gaunelle et ses deux collègues dressent un constat implacable : « On a une diminution des candidatures spontanées pour se faire vacciner en AstraZeneca, explique le généraliste, par ailleurs délégué régional du syndicat MG. Il y a une perte de confiance, une peur des effets secondaires, des thromboses. » 

Avant que le sérum britannique contre le Covid-19 soit suspendu puis finalement réautorisé, le 19 mars, pour les plus de 55 ans, chacun des médecins parvenait facilement à caler ses dix rendez-vous par flacon. Désormais, « on est à un flacon pour trois médecins, souffle-t-il. Ça ne va pas plus loin… On sent qu’on a fait un peu le tour des patients qu’on arrive à motiver. Les gens préfèrent attendre d’avoir un Pfizer ou un Moderna ». 

Peu de candidats 

À en croire Jacques Battistoni, président de MG France, ces réactions sont largement répandues dans le pays : « Les péripéties qui ont émaillé la vaccination ont découragé une partie des candidats, admet-il. Les plus de 60 ans sans comorbidité peuvent avoir un vaccin Pfizer ou Moderna, donc on a perdu cette cible-là. Il ne nous reste que les 55-60 ans, qui représentent un peu plus de 4 millions de personnes. Ce n’est pas considérable… » 

Dans les centres de vaccination, les personnels de plus de 55 ans de l’éducation nationale, de la police ou de la gendarmerie peuvent recevoir une dose du sérum d’AstraZeneca depuis samedi dernier. Ils seront rejoints le 24 avril par les travailleurs d’une vingtaine de métiers « de deuxième ligne ». Une nécessité car le week-end dernier, un constat d’échec a été dressé dans ces centres. 

À Nice, sur 4 000 doses, seules 58 ont trouvé preneur samedi. Le site a finalement fermé ses portes dans l’après-midi et n’a pas rouvert le lendemain… Un manque d’engouement également constaté dans des centres du nord de la France ou en région parisienne. En Nouvelle-Aquitaine, l’ARS a dénombré 811 vaccinations samedi et dimanche dans ses 22 centres, soit moins de 37 en moyenne par site. « Nous espérons une montée en charge dans les prochains jours », nous dit-on. 

Ouverture aux volontaires ? 

Dès lors, une question se pose : que faire des doses inutilisées ? Alors que l’approvisionnement en vaccin AstraZeneca a été très perturbé, beaucoup de médecins jouent la carte de la prudence : « Pour le moment, on garde ces flacons pour nos rappels, explique Arnaud Gaunelle. On stocke pour être sûr de pouvoir vacciner complètement nos patients. Et après, on arrêtera de commander. Ça n’a pas d’intérêt de faire du stock si on ne trouve pas preneur ensuite. » 

Une autre option a été évoquée par la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse. Selon elle, il faudrait « ouvrir la vaccination au-delà des personnes autorisées s’il reste des stocks [….] Il y a beaucoup de Français qui sont prêts à se faire vacciner avec AstraZeneca […] Il faut se fixer un principe simple : zéro gaspillage, zéro stock ». Même discours chez le président de la région Grand Est, Jean Rottner : « S’il reste des doses d’AstraZeneca et qu’on a une population volontaire, qu’on les vaccine », assure-t-il. 

Besoin d’un « feu vert » 

Mais l’affaire n’est pas aussi simple. « Au début, on a vu des médecins qui, plutôt que perdre des doses, vaccinaient des gens qui n’étaient pas prioritaires, rappelle Arnaud Gaunelle. C’était du bon sens. Mais maintenant qu’on a identifié des problèmes, et qu’il y a une interdiction pour les moins de 55 ans, je ne prendrai plus ce risque ». Et pour cause : « Si jamais le patient a un souci, la responsabilité du médecin pourra être mise en cause », souligne Jacques Battistoni. 

L’épidémiologiste Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, insiste sur le fait que rien ne se fera sans une « révision » des recommandations des autorités de santé : « En Angleterre, ils ont fixé l’âge limite à 30 ans. Au-delà de cet âge, ils estiment que le bénéfice est bien plus important que le risque. À la lumière de données récentes anglaises, oui, on pourrait vacciner avec AstraZeneca des gens qui sont volontaires mais qui ne peuvent pas le faire. Mais il faut absolument un feu vert de l’Agence du médicament ». 

Pour Philippe Amouyel, une chose est sûre : « On a encore besoin de ce vaccin » car « en France, on est toujours dans une période très à risque, avec une couverture vaccinale à l’évidence pas optimale. » Et ensuite ? « Si on n’a pas d’autres indications sur ce vaccin, je pense qu’il serait prudent de ne pas commander de doses au-delà de celles nécessaires », assène Jacques Battistoni

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