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19 avril 2021

Espèces invasives

Sud-Ouest du 19 avril 2021

2021 04 19 SO La lourde facture des espèces invasives

Sud-Ouest du 19 avril 2021 

Espèces invasives : nos très chers invités permanents 

Une récente étude évalue à 22,5 milliards d’euros par an le montant des dégâts provoqués par les espèces invasives et celui de la lutte contre leur prolifération

2021 04 19 espèces invasivesLe ragondin, animal familier des bords de Garonne en pleine ville. STEPHANE LARTIGUE/ ARCHIVES “SUD OUEST” 

C’est un exemple parmi des dizaines, des centaines d’autres. En 2013, on a détecté la présence de pieds de grand lagarosiphon dans le vallon de la Vergnote, un cours d’eau qui traverse la commune de Masquières, dans le Lot-et-Garonne. Originaire du sud de l’Afrique, cette plante d’aquarium colonise tout sur son passage. Il a fallu diligenter des arrachages, puis vidanger le plan d’eau sur lequel elle prospérait pour limiter les dégâts. Bilan de la campagne qui s’est déroulée sur trois ans : 13 500 euros dépensés. 

Picoré sur la carte interactive du Centre de ressources des espèces exotiques envahissantes, l’épisode illustre les moyens humains et financiers que requiert la lutte contre les invités permanents de nos contrées, qu’il s’agisse d’espèces animales, végétales, voire fongiques venues d’ailleurs. 

Un accident 

Les espèces exotiques envahissantes, ou EEE pour les initiés, ont pour point commun de se propager en dehors de leur milieu d’origine, de perturber les écosystèmes sur leurs terres (ou leurs eaux) d’accueil et d’impacter négativement la société et son économie. 

Elles arrivent dans les bagages de la mondialisation. Par accident, comme le frelon asiatique dans le Lot-et-Garonne au début du millénaire, ou comme les espèces marines transportées vers des eaux éloignées de leur habitat dans les ballasts des navires. La dispersion d’espèces nouvelles résulte aussi de l’élevage. En 2009, des milliers de visons d’Amérique ont été « libérés » par des activistes à Saint-Cybranet, en Dordogne. Élevé pour sa fourrure, le mammifère occupe la niche écologique du vison d’Europe dans le milieu naturel. 

Le moustique tigre, Aedes albopictus, coche toutes les cases du pire. Il rend les espaces publics et privés infestés quasi infréquentables du printemps à l’automne. Il fait peser une sérieuse menace sanitaire en tant que vecteur potentiel d’amabilités comme la dengue ou le chikungunya. Il est l’objet d’une surveillance et d’une lutte permanente de la part des pouvoirs publics. 

Mille milliards d’euros 

Le 31 mars, une équipe française (CNRS/université Paris-Saclay/AgroParisTech) a rendu une estimation du coût induit par les EEE à l’échelle planétaire entre 1970 et 2017. Publiée dans la revue scientifique anglophone « Nature », l’étude chiffre à près de 1 100 milliards d’euros les dégâts qu’elles ont provoqués et les moyens financiers mobilisés pour les contrer. Soit 22,5 milliards d’euros par an, avec un coût qui triple à chaque décennie. 

Comment procéder à une telle évaluation économique à l’échelle régionale ou à celle d’un bassin de vie ? « C’est très difficile car de multiples acteurs prennent leur part dans la lutte contre les invasions biologiques », répond Alain Dutartre, le président de l’Agence régionale de la biodiversité (ARB) Nouvelle-Aquitaine. L’ARB sera chargée de l’animation d’un réseau régional dédié aux espèces exotiques envahissantes qui se met en place cette année. Pour sa part, le Conseil départemental de la Gironde va lancer une vaste étude pour recenser les EEE sur son territoire, définir les enjeux pour les écosystèmes et élaborer des plans d’action. 

Raton laveur et jussie 

Chef du bureau de l’aménagement et de la gestion des espaces naturels sensibles de la Gironde, Sébastien Fourcade sait fort bien que le travail ne va pas manquer. Le département héberge des envahisseurs aussi divers que le raton laveur aux alentours de Bordeaux et le baccharis faux cotonnier dans les zones littorales. Les deux sont américains, le carnivore comme la plante arbustive. En 2020, le Conseil départemental a mené à bien un chantier d’arrachage de baccharis qui a duré plus d’un mois sur l’île Nouvelle, dans l’estuaire de la Gironde. 

À l’échelon national, l’État pilote une stratégie contre les EEE présentée en 2017. Des espèces ont été interdites à la vente, comme le baccharis et la jussie. Trois ans auparavant, en 2014, l’Union européenne avait publié un règlement sur la question, suivi de la publication d’une première liste de 37 espèces, dont 23 animales et 14 végétales, jugées préoccupantes – dont le fameux raton laveur. Il y en a maintenant 66. 

Érigée en priorité, la lutte contre les EEE devrait logiquement voir ses moyens s’étoffer au fil des ans. À titre d’exemple, l’Office français de la biodiversité (OFB) gère actuellement deux plans nationaux de lutte. Celui contre l’érismature rousse, un canard débarqué du Canada, court sur cinq ans pour un coût de 1,6 million d’euros, dont 1,2 de subventions européennes. Et on ne parle là que d’une seule espèce…

2021 04 19 espèces invasives2

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2021 04 19 SO Sur le canal du Midi la note très salée du chancre coloré

2021 04 19 Sur le canal du Midi

2021 04 19 SO Sur le canal du Midi la note très salée du chancre coloré2

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