Intervention des sapeurs-pompiers
Sud-Ouest du 7 février 2021
Sud-Ouest du 7 février 2021
Explosion à Bordeaux : une octogénaire tuée
Une explosion, vraisemblablement due au gaz, a eu lieu, hier, dans le quartier des Chartrons. L'occupante d'un appartement a été retrouvée morte sous les décombres
La violente explosion, vraisemblablement due au gaz, a retenti rue Borie, dans le quartier des Chartrons à Bordeaux, samedi matin. JEAN MAURICE CHACUN / SUD OUEST
Après de longues heures de recherches, les équipes cynophiles du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de la Gironde ont retrouvé, samedi en fin d'après-midi, le corps sans vie de Simone Martinazo, 81 ans, qui gisait sous un amas de gravats. L'octogénaire, ensevelie après l'effondrement d'un immeuble de la rue de Borie, dans le quartier des Chartrons à Bordeaux, a été repérée par le drone de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) alors que les chiens des sapeurs-pompiers venaient de « marquer » à proximité.
Un château de cartes
Il était 8 h 35, samedi, quand le standard des pompiers a reçu un premier appel signalant qu'une explosion venait de se produire. Arrivés très rapidement sur les lieux, les secours se sont trouvés face à une opération de très grande ampleur.
L'immeuble, situé au numéro 66 de la rue Borie, venait de s'effondrer comme un château de cartes. Un périmètre de sécurité a été établi et la zone entièrement bouclée par la police. Soixante-dix sapeurs-pompiers ont mis en action plusieurs véhicules, dont un équipé d'un bras élévateur articulé de 32 mètres disposant d'une nacelle qui a permis de sauver Joseph Baia, 89 ans, le compagnon de Simone Martinazo, lui-même grièvement blessé.
Le souffle, d'une violence extrême, a également touché deux immeubles mitoyens dont un est partiellement effondré. Au moment de l'explosion, un couple qui baignait son enfant de 11 mois a vu la paroi de sa salle de bains disparaître sous ses yeux. Dans la sidération totale, cette famille, qui n'a pas été blessée, a pu quitter son appartement grâce au sang-froid des policiers de la compagnie d'intervention (CDI) et aux pompiers.
« Cela faisait six mois qu’ils étaient installés ici », précise Bernard Blanc, maire adjoint du quartier des Chartrons, présent sur place aux côtés des services municipaux d’astreinte. « Ils sont en vie, c’est un miracle, soupire l’élu. Ils sont relogés pour ce week-end par des proches mais la mairie, comme aux autres sinistrés, leur propose ensuite un logement dans un Appart hôtel.»
Un réveil « assez brutal »
Samedi matin, tout le quartier était traumatisé. « C'est un réveil assez brutal, rapporte Nicolas Laplume qui habite rue Rose, à quelques centaines de mètres. J'ai entendu un grand boum, j'ai eu peur car j'ai cru que tout allait s'effondrer. » Isabeau, 14 ans, dormait au domicile de sa maman, rue Minvielle, quand elle a été réveillée en sursaut : « Les murs de l'appartement ont tremblé, j'ai vraiment eu très peur. »
Au numéro 64 de la rue Borie, les plus proches voisins ont subi de gros dégâts. « Ma baie vitrée a explosé, raconte Maël, sorti indemne dans la rue. Sur ma terrasse, il y avait des débris de tuiles et le plafond de ma salle de bains est tombé. » Des témoins ont dit aux policiers avoir vu des tuiles voler et le toit de l'immeuble propulsé à la verticale « comme une boîte de conserve que l'on ouvre ».
« Catastrophe plus grave »
Delphine Balsa, directrice de cabinet de la préfecture, a parcouru la rue Borie, jonchée de bris de verre des vitrines de commerces et d'appartements explosées sous l'effet de l'onde de choc. « On aurait pu avoir une catastrophe beaucoup plus grave dans un quartier dense comme les Chartrons où les rues sont très étroites. »
Par chance, les locataires de l'appartement en cours de rénovation, situé au-dessus du garage pour véhicules du numéro 66, étaient absents. Seul le couple de retraités dans le logement à l'arrière du bâtiment était présent. Joseph Baia préparait son petit-déjeuner quand tout a sauté. L'explosion serait vraisemblablement due au gaz. Une enquête a été ouverte, confiée par le parquet aux policiers de la Sûreté départementale.
« Cet immeuble n'est pas raccordé au gaz naturel depuis 2013, a indiqué Éric Desterac, directeur de la communication de Regaz Bordeaux. Des bouteilles de gaz ont été sorties par les pompiers du numéro 66. »
Au cours des prochaines heures, des experts vont se rendre sur les lieux pour déterminer avec précision l'origine de l'explosion. Samedi, les spécialistes de l'identité judiciaire (IJ) ont réalisé de minutieux relevés photographiques et prélevé des indices au milieu des gravats sous la direction du procureur Jean-Luc Puyo.
La circulation des véhicules ainsi que celle des bus de TBM, déviée tout au long de la journée dans le secteur des Chartrons, pourrait le rester encore quelque temps en raison notamment des vibrations du sol préjudiciables à la consolidation des immeubles en péril.
