Covid-19
Sud-Ouest du 4 février 2021
Sud-Ouest du 4 février 2021
Sur le terrain, des inégalités dan s l’accès au vaccin
Les personnes les plus isolées ont des difficultés d’accès au dispositif de vaccination. Dans les Landes, des généralistes souhaiteraient pouvoir vacciner à domicile
Pour les personnes âgées isolées, l’accès au vaccin est plus compliqué. LE DEODIC DAVID
Dans les campagnes, la vaccination est parfois une rude équipée. Ce vaccin, Maryvonne, qui vit dans le sud des Landes, l’attendait. « Mon mari est très gravement malade. Il a besoin d’oxygène. Depuis le début de l’épidémie, j’ai de peur de lui ramener le virus ». Mais les dix kilomètres pour rejoindre le centre de vaccination de Saint-Sever furent longs. « Je l’ai emmené avec ma voiture. J’ai pris deux bouteilles d’oxygène, on avait peur d’en manquer. Il a aussi fallu trouver un fauteuil roulant. C’est cher d’en louer. Heureusement, la pharmacienne m’en a prêté un. Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas pu le vacciner à domicile. »
Cette situation est loin d’être unique. Elle suscite de vives critiques de la part de médecins libéraux qui dénoncent un système inégalitaire d’accès aux vaccins. Pour l’heure, seuls les centres de vaccination disséminés sur le territoire peuvent accueillir des patients pour être vaccinés. Si les médecins libéraux sont encouragés à effectuer des vacations dans ces centres, l’acte ne peut pas être effectué dans les cabinets. « J’ai un patient qui habite à 10 mètres. Mais j’ai dû le vacciner à 15 kilomètres d’ici dans un centre de vaccination. Il est lourdement handicapé, un voisin l’a chargé dans une camionnette car les ambulances ne sont pas prises en charge. Ça n’a pas de sens de faire vivre ça aux gens », fulmine le docteur Marco Romero, généraliste installé à Samadet.
La difficulté du rendez-vous
Dans le département, les médecins des maisons de santé se sont réunis en collectif pour demander l’autorisation de vacciner à domicile les personnes isolées. Mais ils n’ont pas ressenti un grand enthousiasme de la part de l’Agence régionale de santé (ARS).
« La gestion de la pénurie est inégalitaire. Un centre de vaccination devait couvrir une population de 50 000 personnes. Ça marche dans les villes. Mais à la campagne, des gens se retrouvent à 50 kilomètres du centre le plus proche », pointe le docteur Denis Passerieux, médecin à Labrit au nord du département et vice-président de la Fédération des maisons de santé de Nouvelle-Aquitaine.
S’ajoute une autre difficulté : les prises de rendez-vous par Internet . Si des lignes téléphoniques sont ouvertes, les rendez-vous via doctolib.fr ont rapidement saturé les centres. « Internet, je m’en sers doucement », explique Colette, 82 ans qui vit à Sore. Elle ira se faire vacciner au centre de Labrit qui vient d’ouvrir. Elle parcourra les 30 kilomètres avec sa voiture. « C’est dommage, j’habite à 400 mètres de chez mon médecin traitant ». Elle emmènera sa voisine, âgée de 95 ans. C’est sa belle-fille, infirmière, qui a pris le rendez-vous sur le site. « Je suis privilégiée. Sans elle, je ne sais pas comment j’aurais fait », soupire-t-elle.
Au centre de Saint-Sever on n’ignore pas le problème. « On priorisait doctolib mais on a aussi ouvert une possibilité par téléphone », explique Delphine Lafargue, directrice du centre hospitalier. La ligne a connu un franc succès…
Au centre de Labrit, Denis Passerieux constate que nombre de personnes qui ont pris d’assaut le site Internet pour prendre rendez-vous sont issues, non pas du secteur, mais des Pyrénées Atlantiques ou de Gironde. « Priorise-t-on les plus vulnérables et les plus isolés ou les urbains et les plus agiles sur Internet ? C’est une constante, la politique de santé en France est avant tout pensée pour les villes », regrette Denis Passerieux.
« Une volonté du chiffre »
« Sur tout le territoire, la stratégie actuelle exclut les personnes les plus en difficulté. En Seine Saint-Denis, par exemple, les rendez-vous étaient essentiellement pris depuis Paris intra-muros. Alors que le département est un de ceux où le moins de personnes ont été vaccinées », appuie le professeur Serge Gilberg, vice-président du collège de médecine générale. « Dans ma patientèle, j’ai peut-être une quinzaine de personnes pour qui le déplacement est vraiment problématique. Les vacciner chez eux ne prendrait pas plus d’une aprèsmidi », assure Marco Romero. Dans la pharmacie du village, on confirme. « On reçoit des doses pour les Ehpad, il suffirait d’en rajouter un peu plus. On attend simplement le feu vert. »
« On mesure toute l’utilité des centres. Mais on a le sentiment qu’on ne nous fait pas confiance. On préfère un système descendant alors que nous sommes les mieux placés pour organiser la priorisation des patients. On les connaît et ils nous font confiance », continue Marco Romero. Serge Gilberg renchérit : « Au départ, il était question de beaucoup plus associer les libéraux. Mais on a changé d’optique. Il y a plusieurs raisons. La logistique, bien sûr. Mais peut-être aussi la volonté du gouvernement de pouvoir rapidement afficher des chiffres. Dans une réunion, c’est ce que nous a dit un directeur de centre. »







