Revégétaliser pour lutter contre le réchauffement climatique
Sud-Ouest du 21 septembre 2020
Où sont les arbres à Bordeaux
ENVIRONNEMENT Pour anticiper l’impact du réchauffement climatique, la place de la nature en milieu urbain reste fondamentale. État des lieux à Bordeaux
Si Bordeaux ne parle actuellement que d’un seul arbre, les arbres et plus globalement «la nature en ville» reste bien le vrai enjeu de la capitale girondine pour les prochaines décennies. En filigrane: la volonté de mieux anticiper le réchauffement climatique, de contribuer à l’amélioration de la qualité de vie en ville et l’envie de répondre aux enjeux de santé publique (stockage du CO2, création d’îlots de fraîcheur…)
« La végétation permet une résilience par rapport aux épisodes climatiques extrêmes qui ne cessent de se multiplier comme les canicules, sécheresses et orages », abonde Jean-Philippe Teilhol, secrétaire général de l’Observatoire des villes vertes, qui publie tous les trois ans le palmarès des dix villes les plus vertes de France.
De manière globale, l’expert préconise de « déminéraliser pour planter des arbres et végétaliser en pleine terre ». Mais verdir des villes historiques comme Bordeaux n’est pas toujours facile, assure Jean-Philippe Teilhol (lire ci-dessous). Les arbres en pot, qui ne cessent de faire couler de l’encre depuis leur première installation en 2019, s’avèrent par exemple « une solution palliative, mais pas idéale», en attendant les autorisations et financements pour planter en pleine terre.
600 arbres au km2
À ce jour, Bordeaux compte un peu moins de 30 000 arbres (une fois que l’on a retiré les souches, fosses, arbres morts et arbres en dehors de l’enceinte de la ville du fichier qui les recense) soit un peu plus de 600 arbres au kilomètre carré. C’est trois fois moins que Rennes, dont la superficie est pourtant similaire. La ville de pierre porte bien son nom.
Bordeaux se situe également derrière Lyon et ses 970 arbres au kilomètre carré mais fait légèrement mieux que Montpellier, Nice ou Nantes. La densité varie aussi d’un quartier à l’autre de Bordeaux. Elle dépasse les 1 000 arbres au kilomètre carré dans le quartier des Chartrons, Grand-Parc et Jardin public, le haut du panier, alors que Nansouty-Saint-Genès atteint difficilement les 400 (voir la carte ci-contre).
«Consulter les Bordelais»
Côté nouvelle municipalité, on continue de s’activer depuis le début du mois de septembre pour «agrandir la surface de canopée» à raison d’environ deux réunions hebdomadaires. Didier Jeanjean, le nouvel adjoint en charge de la nature en ville et des quartiers apaisés (l’un des points essentiels du programme de Bordeaux Respire), l’assure : « Ces échanges portent leurs fruits. On a presque trouvé la méthode qui va nous permettre de consulter les Bordelais.»
Parmi les pistes proposées : lancer un appel à manifestation d’intérêt afin que chaque habitant puisse proposer ses idées. « Vous n’imaginez pas le nombre de mails que je reçois de gens qui nous disent: ‘‘Nous nous sommes rassemblés dans notre rue, on voudrait savoir ce qu’on peut faire’’ ou ‘‘J’ai du temps libre, je cherche des gens pour m’aider’’. On a hâte de trouver une structure qui centralise et permette de répondre à toutes ces demandes », glisse Didier Jeanjean.
Une fois cette première étape mise en place, d’autres outils seront dégainés: de l’installation de plantes grimpantes à la plantation d’arbres sur les places les plus minérales. « Nous allons lancer les premiers tests cet hiver avec la création d’une première microforêt urbaine à Bordeaux. Le principe est simple, on plante des arbres de manière très dense – six places de parking peuvent suffirent par exemple. Grâce à cette densité, une concurrence se crée et tout pousse à vitesse grand V », détaille l’adjoint qui rappelle qu’au bout de seulement trois ans, ce système naturel devient autonome. En cas de résultats satisfaisants, l’expérience sera reconduite l’année suivante.
La mairie a aussi l’intention de planter dès la fin de l’année environ un millier d’arbres. Mais attention prévient l’élu : « Ce n’est pas une course à l’échalote, seulement un ordre de grandeur». La végétalisation des façades, des toits et l’inventaire des places et des arbres isolés vont aussi faire l’objet d’une étude approfondie lors des prochaines semaines.



