Covid-19
Sud-Ouest du 5 septembre 2020
Covid-19 et bus bondés : l’alerte du professeur Malvy
BORDEAUX Alors que la Gironde est en zone rouge, l’infectiologue dénonce des mesures de distanciation insuffisantes, notamment dans les transports
C’est un grand professeur de médecine qui parle. Qui crie son indignation. Denis Malvy, infectiologue et patron du service maladies infectieuses au CHU de Bordeaux, également membre du conseil scientifique national, est en première ligne depuis l’origine de la pandémie de Covid-19.
Il était jeudi soir place de la Victoire à Bordeaux, pour se rendre à la gare Saint-Jean, et a constaté que les bus TBM étaient bondés. « Les gens étaient à peu près masqués, mais ils se poussaient là-dedans comme dans une mêlée de rugby ! Aucune règle de base de distanciation physique n’était respectée. J’ai pris peur.» Il a préféré marcher. Mais tous les bus qui l’ont doublé sur son chemin étaient pleins de la même manière.
«Nous sommes en zone rouge, le taux d’incidence grimpe de jour en jour dans notre région, poursuit-il. Les décideurs, à la mairie de Bordeaux devraient recadrer les règles dans les transports en commun. Il faudrait une jauge, ou davantage de bus et de trams. Le niveau de contagiosité de ce virus ne permet pas que l’on passe à côté !»
Le médecin profite de ce « coup de gueule » pour rappeler que plus le niveau de transmission s’élève, plus le risque d’une « seconde vague majeure se profile ».
«Cimetière ambulant»
« Je ne suis pas visionnaire pour décréter que oui ou non, nous aurons une seconde vague, mais dans l’état actuel des choses, nous n’avons qu’une option, pour éviter le pire : se protéger grâce à un effort citoyen soutenu. Respecter les règles fondamentales : lavage de mains, distance sociale, masque, martèle-t-il. Et en ce moment, à Bordeaux, ces règles, si elles sont respectées dans les rues passantes du centre-ville, les lieux de culte, les lieux de travail, les commerces, bref, partout où les gens sont confinés, elles ne le sont pas dans les transports en commun.»
Les lieux clos, sans aération sont les plus dangereux pour la santé. L’infectiologue rappelle que la Corée du Sud envisage depuis quelques jours un reconfinement général. « Nous voulons éviter ça chez nous. Savez-vous comment les Coréens appellent les bus ? Les cimetières ambulants.»
La tranche d’âge des 20-30 ans
« Les sites de dépistage, aussi bien, en ville sur les quais ou place Saint-Projet saturent. Idem au CHU, où désormais il faut prendre rendez-vous, à Haut-Lévêque (Pessac) ou Pellegrin et le taux de positivité des testés ne cesse de croître, notre département est classé en zone rouge, la 5e la plus touchée en France. La tranche d’âge la plus concernée est celle des 20- 30 ans, et au CHU de Bordeaux, on déplore déjà une trentaine de soignants positifs à la Covid placés en quatorzaine. » Le nombre d’hospitalisations commence à progresser. Et même si l’hôpital se dit « prêt » en cas de seconde vague « on peut encore casser la contamination», assure le professeur Malvy






