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9 avril 2020

Coronavirus

Sud-Ouest du 9 avril 2020 

La pression hospitalière demeure très élevée 

Si la progression de l’épidémie en France se ralentit, le nombre de victimes au quotidien reste préoccupant et les services de réanimation en tension

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Il ne fait plus aucun doute que le confinement, en France, sera prolongé au-delà du 15 avril. La nouvelle est tombée, hier soir, à 20 heures, de l’Élysée. C’est ce que devrait confirmer le président de la République lors de sa prochaine allocution aux Français, initialement prévue ce soir et qui a été repoussée au lundi de Pâques, le 13 avril. 

Dans la journée de mardi, le Premier ministre, Édouard Philippe a laissé entendre aux quelques députés réunis dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale que «la progression du Covid-19 en France arriverait peut-être à quelque chose qui ressemblerait à un plateau. La conséquence probablement des effets du confinement. Confinement, dont l’heure de la fin n’est pas venue 

C’est aussi le message véhiculé hier, lors du bilan quotidien, par le directeur général de la Santé, le Pr.Jérôme Salomon: «Pour garder l’épidémie sous contrôle, il est impératif de rester chez vous. En demeurant confinés, vous sauvez la vie d’une personne toutes les huit minutes.» 

D’autant que la pression sur les services hospitaliers est toujours très élevée: 30 375 personnes sont actuellement hospitalisées en France dont 7 148 cas graves sont en réanimation, un record, soit 482 arrivées et 465 sorties (donc 17 de plus qu’hier). Parmi ces patients grièvement touchés par le virus, 34 % sont âgés de moins 60 ans, 61 % entre 60 et 80 ans, et 108 personnes ont moins de 30 ans. Par ailleurs, depuis le début de l’épidémie, ce sont 82 048 cas de Covid-19 qui ont été confirmés par tests, dont 3 881 pour la seule journée d’hier. «Nous avons atteint un niveau inédit de sollicitation hospitalière», a précisé le directeur général de la Santé. 

13 décès dans la région 

Si les autorités sanitaires martèlent aux Français de ne pas relâcher leurs efforts en termes de confinement, c’est bel et bien parce que le nombre de décès journaliers est élevé. 541 nouveaux morts dans la seule journée d’hier, en milieu hospitalier contre 597, mardi. Mardi, où ont été comptabilisés au total 820 décès, en ajoutant au bilan des hôpitaux celui des Ehpad et établissements médico-sociaux. Chiffre qui n’a pas pu être actualisé hier, les données de ces établissements n’ayant pu être transmises à la direction générale de la Santé, en raison «d’un problème technique » (sic). Le bilan au 8 avril de 10 869 personnes ayant succombé à l’épidémie depuis sa propagation en France, présenté, hier, par Jérôme Salomon, demeure donc incomplet. 

En Nouvelle-Aquitaine, 13 nouveaux décès ont été à déplorer en 24 heures parmi les personnes hospitalisées, montant le bilan actuel à 165. On compte 795 personnes actuellement hospitalisées, dont 242 en réanimation. Chez nos voisins, et plus particulièrement les Italiens que nous observons de près, des résultats encourageants : 542 décès soit moins que la veille (604) et que l’avant-veille (636) et une baisse pour la cinquième journée consécutive du nombre de patients en soins intensifs (3 693). En revanche, ce mercredi 8 avril aura été celui des tristes records pour le Royaume-Uni qui atteint un nombre de décès de 938 en 24heures et les États-Unis de 2 000 morts supplémentaires soit un total de 12 912 depuis le début de l’épidémie et 400 000 cas recensés, l’équivalent de plus du quart des malades dans le monde. 

Enfin, du côté de l’Espagne si le bilan d’hier est en légère hausse par rapport à la veille (757), la progression de l’épidémie serait dans une phase de ralentissement. Chez eux aussi, l’heure est au maintien des efforts… y compris en pleines fêtes de Pâques.

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Sud-Ouest du 9 avril 2020 

«On pourra sortir, grâce au dépistage intensifié» 

Le professeur Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux, membre du Conseil scientifique Covid-19 auprès du gouvernement, évoque la situation dans la région et la sortie du confinement

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Il n’a pas quitté son poste de patron du service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Bordeaux. Le professeur Denis Malvy, dont l’expertise est mondialement reconnue, assure son rôle de membre du Conseil scientifique Covid-19, auprès du gouvernement, depuis ici. Parce que, répète-t-il, «ma place est celle du soignant d’abord, auprès de mes patients, de mes équipes».. 

«Sud Ouest» Au début de la pandémie, vous nous aviez dit «le virus ne nous piégera pas» («SO» du 23janvier)... 

Denis Malvy Et le virus ne nous a pas piégés. Car ce virus, nous l’avions appréhendé, nous savions comment le contenir, nous avions cette avance… et de fait, il ne nous a pas piégés. Nous nous sommes piégés. 

Comment? 

Les chaînes de transmission des pays voisins étaient là qui renvoyaient à une situation d’épidémie mondiale. Lorsque nous avons découvert nos premières chaînes de transmission dans l’Oise, à Creil, puis à Morlaix, en Bretagne, nous avons su les contrôler: soigner, détecter les cas contacts, les isoler, confiner les malades. Et ça n’a pas flambé. C’était avant Mulhouse, un rassemblement tragique, 2500 personnes qui s’embrassent, se touchent dans un lieu confiné! 

C’est donc Mulhouse qui est à l’origine de l’emballement? 

Oui. En quelques jours, le Grand Est a été mis à genoux, puis les chaînes de transmission ont suivi, la circulation des gens ayant fait le reste. Puis nous avons employé ce vocabulaire compliqué, la distanciation sociale, ça voulait dire quoi ? Un terme barbare que les gens ne pouvaient s’approprier. Expliquer avant le confinement qu’il fallait garder ses distances, diminuer le nombre de ses contacts, se laver les mains… Je l’ai dit à ce moment-là, qu’il y aurait des larmes, qu’il allait falloir faire des sacrifices. Mais me croyait-on? 

Le gouvernement français a pris l’option du confinement, plutôt que celle de l’immunité collective. Pourquoi ce choix? 

En effet, lorsqu’on est passé en phase 3, nous n’avions plus le choix. L’immunité collective, appelée immunité de troupeau, est celle qui avait été préconisée au Moyen Âge pour la peste noire, parce qu’on ne savait pas soigner. On attendait que suffisamment de gens soient morts… La France n’a pas choisi cette option : sans la dérive de Mulhouse, il n’y aurait peut-être pas eu de confinement. Ce dernier ne correspond pas à une «atténuation du virus», comme on l’entend dans les médias, le virus ne s’atténuant pas. Le confinement est au niveau du pays, le seul moyen de contrôler le virus et d’empêcher que nos systèmes de santé soient à terre. On protège les soignants au chevet des patients. 

On a beaucoup parlé du manque des masques, et de savoir s’il faut en porter. Où en est-on? 

Il faut être clair, la tension sur les masques existe vraiment. Les soignants passent avant. Il fallait protéger les stocks pour les réserver aux seuls soignants et aux personnes présentant des symptômes. Quand on voit aujourd’hui des pays qui se piquent les stocks de masques sur les tarmacs (lire « Sud Ouest » de lundi), on comprend que les pandémies existent encore. Alors oui, il faut utiliser les masques en tissus, dit alternatifs lorsqu’on sort et pour une raison simple : cela évite que l’on se touche le visage. Ce virus est surtout contagieux de façon tactile. Le lavage régulier des mains n’est pas une option. 

Comment envisagez-vous la suite, quelle sortie de crise? 

Les mesures de confinement seront levées progressivement, en fonction de l’âge, des régions, des catégories socioprofessionnelles. Avant, nous devrons avoir sécurisé les services de réanimation, stabilisé les entrées à l’hôpital. Les tests seront imposés à grande échelle pour détecter et isoler les malades, les soigner, placer en quarantaine les personnes contacts, à la manière de ce qui s’est déroulé avec le premier patient européen à Bordeaux. On l’a repéré, soigné, on a retrouvé toutes les personnes qu’il avait croisées, elles ont été informées, mises en quarantaine. Et on a ainsi protégé le reste de la population. Pour l’instant, on attend les tests. La différence par rapport au premier patient, c’est que le temps s’est écoulé, et aujourd’hui, nous avons les outils sérologiques, les tests existent. 

En Nouvelle-Aquitaine, nous avons été relativement protégés par cette crise, ce qui rend les habitants plus vulnérables? 

Notre zone, tranquille d’apparence, va devoir être encore plus vigilante, il va nous falloir adapter de nouvelles mesures de confinement. Nous pourrons commencer à sortir lorsque nous aurons la capacité logistique d’intensifier le dépistage, le filtrage, le traçage et l’isolement des contacts. On saura alors où le virus a circulé en termes de cartographie. On table sur une combinaison de moyens, ceci en attendant le médicament de référence et plus tard, le vaccin. Il faut espérer et nous espérons encore, que ce virus soit sensible aux saisons… alors peut-être que le 15 juillet, nous serions en répit. 

Quid des médicaments justement, ce débat assourdissant sur la chloroquine? 

Le médicament de référence devra faire l’unanimité dans un climat digne et respecté. Face à la crise, défions-nous du vacarme de la crise : on travaille, on soigne, on avance, on fait de la recherche en conservant éducation et dignité. Les guerres se gagnent avec une coordination forte et homogène. 

Pour quand est le déconfinement? 

En Nouvelle-Aquitaine, on voit que l’activité en réanimation se stabilise, grâce au confinement. Si nous conservons ce rythme, les mesures de distanciation physique, les gestes barrières, on devrait arriver à une stratégie de sortie envisageable. Le dépistage intensifié nous permettra d’avancer. Le scénario de fin de confinement sera accompagné par le port du masque, les tests, le filtrage, l’isolement des malades et la mise en quarantaine des contacts, dans des lieux de type Carry-le-Rouet, pourquoi pas ? D’ici une quinzaine de jours on y verra plus clair. L’été, cette année, sera très différent du précédent. 

Qu’est-ce que cet événement nous a appris? 

La région a joué le jeu de la justice répartitive : on a soigné des malades venus des régions débordées, Grand Est, Île de France. Que nos soignants sont des héros, total respect. Il y aura un après, avec une société très différente. La mémoire ne nous fera pas défaut.

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2020 04 09 SO Macron face à des décisions dures

 

2020 04 09 SO Pourquoi l'application StopCovid va-t-elle faire débat

Sud-Ouest du 9 avril 2020 

La solitude des infirmiers libéraux 

SOLIDARITÉ À Bordeaux, plusieurs dizaines d’infirmières/ers luttent contre leur solitude. Ils mutualisent leur matériel de protection et organisent à tour de rôle des tournées Covid-19

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Face au coronavirus, il y a le front de première ligne, celui des soignants des hôpitaux, constamment sous le feu de l’actualité. Et puis il y a l’autre, celui de la médecine dite de ville dont on ne parle presque jamais. Il repose pour l’essentiel sur l’abnégation des infirmiers qui sont le plus souvent des infirmières. Au soir du premier jour de confinement, elles se sont retrouvées seules au contact de cet ennemi invisible et de patients en souffrance privés de leurs kinés, de leurs orthophonistes, de leurs aidants, voire même de leurs médecins, eux-mêmes reclus.. Seules et sans bouclier pour tenir le virus à distance. 

Attirail de survie 

«On a touché nos premiers masques FFP2 en fin de semaine dernière. Et encore ils étaient périmés !» s’exclame Myriam Carpentey. La chambre d’ami de cette soignante de Caudéran, l’un des plus grands quartiers de Bordeaux, est devenue un entrepôt miniature placé sous le signe de la main tendue. Réunies en un collectif (1), plusieurs dizaines d’infirmiers y stockent tout ce qu’ils peuvent récupérer : masques, vêtements, gel… 

Depuis quelques jours, ce matériel est à la disposition de celui ou de celle à qui incombe la tournée Covid-19. Elle s’effectue pendant le jour de repos du volontaire. « Mutualiser. C’était la meilleure façon de protéger nos patients vieillissants et de nous protéger», insiste Anne Mathet. Il n’a pas fallu longtemps à ces professionnels pour comprendre que les annonces du gouvernement sonnaient creux. En dépit des promesses, ils trouvaient le plus souvent porte close chez les pharmaciens. À partir de quelques SOS lancés sur Facebook, avec la foi des mousquetaires d’Alexandre Dumas, ils ont remué ciel et terre pour réunir cet attirail de survie. 

Les fast-foods Mac Do et Quick pour les tabliers en plastique et les coiffes, les garages PSA, Citroën et Pigeon du Bouscat et d’Eysines, les sociétés First Stop et Kalhyge pour les blouses et les protections des voitures, l’association « Les Filles en vert» pour la confection des masques en tissu et des sacs… Hétéroclite, cette improbable chaîne de donateurs leur a donné du cœur à l’ouvrage pour porter assistance aux premiers malades touchés par l’épidémie. 

La tournée Covid-19 

Myriam Carpentey a essuyé les plâtres en testant la tenue mise au point pour la tournée Covid19 : combinaison intégrale copie conforme de celle que portent les peintres, masque FFP2, lunettes, gants en nitrite, surblouse, charlotte et surchaussures… Pas question non plus de se servir d’un téléphone non recouvert d’un film. 

«Dans la voiture, on enrobe les sièges avec du plastique. Arrivé au domicile du malade, on passe un gant en vinyle pour éviter de toucher une porte ou un bouton d’ascenseur. Et si on doit prendre sa tension, on met sa main dans un sac-poubelle.» 

Le dernier patient visité, la première couche de protections finit dans la caisse laissée à cet effet dans le coffre de la voiture. De retour à la maison, les chaussures restent dehors et les différentes pièces de la tenue d’abord posées sur des lingettes filent derechef à la machine avant une douche salvatrice. « Dans notre secteur, il y a beaucoup de personnes âgées, un infirmier dans sa journée ne doit surtout pas mélanger patients à risques et patients infectés », précise Quentin Duprèz. 

Des masques hors de prix 

De quoi demain sera fait ? Les membres du collectif Covid-19 Caudéran ne débordent pas d’optimisme. Tous ces gens dehors qu’ils croisent lors de leurs visites les désolent. «On sait que la vague va arriver. Et il faudra s’occuper en plus de ceux qui sortent de l’hôpital », assure Delphine Durand. En dépit des précautions prises, beaucoup en sont persuadés. Ils finiront contaminés. 

Ce virus, dont on connaît encore très mal le pedigree et les capacités de nuisance, inquiète. Et dans cette ambiance pesante, ils se sentent plus que jamais livrée à eux-mêmes. « C’est comme si on n’existait pas. On ne parle jamais de nous. On a été abandonnés », déplore Sabrina Edmond. Sa collègue Cynthia Podvin ne dira pas le contraire. Elle en est réduite à passer des commandes de masques FFP2 en Chine sur Internet. « Ils valent 10 euros pièce. Avant c’était 71 centimes.» 

(1) Tous ceux qui veulent faire des dons sont les bienvenus, ils peuvent écrire à l’adresse mail suivante: covid19cauderan@gmail.com ou contacter Quentin Duprez au 07 60 21 10 04.

2020 04 09 SO 24 heures en France

2020 04 09 SO En bref

 

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