Coronavirus
Sud-Ouest du 23 mars 2020
Un premier médecin mort au combat
BILAN DU JOUR Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a rendu hommage à cette blouse blanche de Compiègne, décédé hier, et remercié les Français pour leur solidarité
Un malade atteint du covid-19 évacué par hélicoptère de l’hôpital de Mulhouse, hier. PHOTO PHILIPPE DE POULPIQUET/PQR
Les applaudissements des Français, chaque soir plus nombreux, qui saluent à 20 heures le dévouement des «blouses blanches» contre le coronavirus, ont certainement résonné plus fort hier soir. Un premier médecin, âgé de 67ans, est en effet tombé hier à Compiègne (Oise) dans la guerre menée contre le Covid-19.
Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, lui a rendu un vibrant hommage lors de son traditionnel point presse, associant à ses pensées toutes les familles et tous les proches des victimes. Et il a chaleureusement remercié ses compatriotes pour la solidarité dont ils témoignaient envers les personnels de santé, par exemple en leur apportant des repas, ou en offrant des masques de protection.
112 décès de plus
La France compte aujourd’hui 674 personnes décédées du coronavirus, dont 112 ces dernières 24heures. Un tiers d’entre elles est âgé de moins de 65 ans. Elle recense également 16 018 cas, dont un troisième membre du gouvernement, Emmanuelle Wargon, après Franck Riester et Brune Poirson. La secrétaire d’État à la transition écologique l’a annoncé sur son compte twitter en précisant qu’elle restait chez elle. 7 240 personnes sont hospitalisées, dont 1 746 en réanimation. 2 200 personnes ont, en revanche, quitté l’hôpital et ont pu rentrer chez elles. Jérôme Salomon a par ailleurs souligné que 4 000 tests se déroulaient chaque jour. «Nous en sommes actuellement à 60 000 avec 120 laboratoires qui y participent.»
Solidarité européenne
Le directeur général de la Santé a par ailleurs assuré que les tests se poursuivaient sur les traitements possibles, notamment la chloroquine, défendue par le professeur marseillais Didier Raoult. «Il nous a demandé l’autorisation de poursuivre ces tests et nous la lui avons accordée », précise Jérôme Salomon.
Un essai européen va également s’effectuer auprès de 3 200 citoyens de l’Union, dont 600 Français. Jérôme Salomon a également évoqué la solidarité entre pays de l’Union, puisque 22 malades français de la région Grand Est vont être accueillis dans des hôpitaux frontaliers d’Allemagne, de Suisse et du Luxembourg.
De son ton tranquille et rassurant, Jérôme Salomon n’a pu que redire ce que lui et le ministre Olivier Véran répètent chaque jour. «Nous sommes devant une épidémie qui continue de s’étendre et de s’aggraver. À l’hôpital, en réanimation, en ville, en Ehpad, le virus tue et continue de tuer».
Plus de 91 000 infractions
Sur le plan régional, l’Ile-de-France et Grand Est continuent d’être en tête d’un Top 8 dans lequel vient de rentrer l’Occitanie et où figurait déjà la Nouvelle-Aquitaine. Hier soir, l’Agence Régionale de Santé a indiqué que 87 nouveaux cas de Covid-19 ont été confirmés en Nouvelle-Aquitaine dans la journée de samedi ce qui porte à 593 le nombre de cas confirmés dans la région.
Une femme de 86 ans est décédée dans les Deux-Sèvres, ce qui porte à 8 le nombre de victimes en Nouvelle-Aquitaine.
Le point presse d’hier soir a permis à Alain Thirion, directeur général de la Sécurité civile et de la gestion des crises, de communiquer un premier bilan du confinement, entré en vigueur mardi dernier à midi. À ce jour, 1 738 907 contrôles ont été effectués sur l’ensemble du pays, dont 375 000 pour la seule journée d’hier. 91 284 infractions ont été constatées, dont 22 574 hier.
Quelques minutes plus tôt, le virologue lyonnais Bruno Lina, membre du Conseil scientifique avait rappelé que «le confinement, ce ne sont pas des vacances à la campagne ou au bord de la mer.» Et il a également déconseillé tout mouvement de population à l’intérieur du pays.
Sud-Ouest du 23 mars 2020
Un accord mais la stratégie française interroge
POLITIQUE Hier, députés et sénateurs ont acté la mise en place, pour deux mois, d’un état d’urgence sanitaire. Mais les critiques affleurent
Alors qu’Olivier Véran, le ministre de la Santé, devrait selon toute vraisemblance annoncer aujourd’hui le prolongement de la période de confinement, le gouvernement a désormais les coudées franches pour agir. Hier, après quatre jours de débats parlementaires et de navette entre le Sénat et l’Assemblée, le projet de loi instaurant, pour les deux prochains mois, l’état d’urgence sanitaire, a été adopté. Avec en prime le durcissement des sanctions en cas de non-respect des mesures de confinement. Désormais, il en coûtera 135euros aux contrevenants, 1 500 euros en cas de récidive «dans les 15 jours» et 3 700euros d’amende et « six mois de prison au maximum», pour «quatre violations dans les trente jours ».
Prérogatives très élargies
Toutefois, si un accord politique a été bien trouvé, l’exécutif reste sous la pression de ses oppositions, comme l’ont montré les débats dans les deux chambres. En effet, alors que les groupes parlementaires ne pouvaient pas mobiliser plus de trois élus chacun, afin de respecter les mesures de distanciation sociale, le gouvernement n’a pas eu la partie facile. En particulier sur le cadre fixant cet état d’urgence sanitaire: «Le gouvernement a besoin de moyens pour agir, on ne le conteste pas, nous précisait hier Christophe Bouillon, le député PS de Seine-Maritime. Mais nous attendions que ces prérogatives très élargies soient assorties d’un renforcement du contrôle du Parlement. Or, sur ce point, nous sommes en dessous ce qui avait été mis en place entre 2015 et 2017 lorsque l’État d’urgence avait été déclaré après les attentats terroristes.» Mais pour Dominique David, la députée LREM de Gironde, la priorité était de «ne pas alourdir la procédure et de laisser de l’agilité au gouvernement».
Pénurie de masques
Au-delà, la question de la pénurie de masques ne fait que commencer. Et la commande, par le gouvernement, de 250 millions d’unités ne l’éteindra pas. Jean-Luc Mélenchon, le chef de file des Insoumis, qui avait attaqué sur le sujet samedi, l’a de nouveau évoqué hier: « À la fois on ne veut pas accabler, crucifier, avoir un mot plus haut que l’autre qui déclencherait des polémiques et en même temps on est obligé de dire les choses, sinon on ferait tous preuve d’un silence que je qualifierais de complice ».
Commission d’enquête
Du côté des Républicains, si Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, estime que «l’heure n’est pas à la polémique », il appelle néanmoins l’exécutif à généraliser dès le maintenant le traitement à la chloroquine défendu par le professeur Didier Raoult… Traitement qui est en cours de test.
Damien Abad, le chef de file des députés LR à l’Assemblée, a, lui, annoncé la création, à l’automne, d’une commission d’enquête parlementaire : « Trois sujets cristallisent les inquiétudes des Français : la pénurie de masques, la doctrine de tests de dépistage, et les capacités en termes de lits de nos services de réanimation» En clair: alors que le nombre de victimes ne cesse de s’allonger, la stratégie française n’échappe déjà plus aux questions. Dès vendredi, Emmanuel Macron avait amorcé la riposte : «Je félicite celles et ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise une fois qu’elle a eu lieu». Le chef de l’État appuyant: « La France a mobilisé ses systèmes d’alerte avant que l’OMS ne sonne le tocsin.»






