Réchauffement climatique, risques submersion
Sud-Ouest du 16 février 2020
..."Les élus des communes littorales ont-ils pris conscience des risques de submersion depuis Xynthia ?
Il faut opérer une distinction nette. Il y a quelques élus qui tentent de s’enrichir sur la bête. Il y en a aussi de nombreux qui n’ont en tête que le développement économique de leur commune. C’est éminemment contestable, mais ça ne les engage pas à titre personnel. Le dossier de La Faute-sur-Mer a été un révélateur du risque submersion qui n’était pas considéré en tant que tel. On parlait surtout d’inondation ou de rupture de digue avant Xynthia.
Cette tempête a également été vue comme un prologue de ce que le réchauffement climatique va provoquer sur nos côtes. Les élus mais aussi la population l’ont bien compris. Le rapport des sénateurs Ronan Dantec et Jean-Yves Roux, publié l’an passé, en est le témoignage (1). L’adaptation au changement climatique est un sujet central pour nos littoraux. À titre individuel et collectif, nous sommes tous conviés à nous interroger sur ce qu’il convient de faire pour s’y préparer dans les dix à vingt ans qui viennent. Une ville comme Lacanau (Gironde) réfléchit, par exemple, au repli de ses activités économiques à l’intérieur des terres.
Il n’y a toujours pas de loi relative à ces questions. Comment vous, qui avez également défendu les copropriétaires de l’immeuble Le Signal à Soulac-sur-Mer, l’analysez-vous ?
Le Signal est typiquement un dossier du XXIe siècle ! Malheureusement, il y en aura beaucoup d’autres. Le rapport Dantec proposait des pistes, je suis très étonnée qu’à ce jour aucun travail législatif n’ait abouti sur le thème de l’adaptation des territoires littoraux. Nous ne disposons pas des outils juridiques qui nous permettraient de passer à l’action. À ce stade, on a refusé que le Fonds de prévention des risques naturels majeurs (Fonds Barnier) soit utilisé pour régler les indemnisations entraînées par le recul du trait de côte. Et les assureurs réfléchissent de leur côté, sans incidence législative.
Comment expliquez-vous ces réticences ?
L’État est lamentable et impécunieux. Il ne finance plus la protection de ce qui doit impérativement être protégé. Je suis partisane de la création d’un fonds de réhabilitation qui permettrait de payer, sur le long terme, des infrastructures publiques qu’on ne parvient plus à financer. Il serait alimenté par l’argent des particuliers, exonéré de droits de succession et rémunéré à un taux modeste, mais bloqué pendant trente ans. Ce système fonctionnerait un peu sur le modèle de gestion de la forêt qui, elle aussi, a besoin de long terme. Qu’il s’agisse de la remise à niveau des digues, ou de la surélévation de routes et de voies ferrées littorales, on pourrait enfin s’occuper de l’avenir."...

