Forêt
Sud-Ouest du 26 décembre 2019
Les leçons de Martin, 20 ans après
TEMPÊTE Les professionnels ont dû expérimenter le stockage par aspersion des grumes et réfléchir à de nouvelles variétés de pins plus résistantes
Cette nuit du 27 décembre 1999, le vent a soufflé jusqu’à 180 ou 190km/h et Martin a mis à genoux le massif forestier girondin et surtout médocain : 28 millions de mètres cubes de pins maritimes propulsés à terre (20 millions pour le seul département de la Gironde dont 10 millions dans le Médoc), soit l’équivalent de trois ans de récolte. Le nord des Landes, la Dordogne et une partie du Lot-et-Garonne ont plié dans une moindre mesure, avec une centaine de milliers d’hectares touchés. Un désastre sylvicole qu’il a fallu gérer. « La tempête de 1999 nous a obligés à phosphorer, à prendre des décisions. Martin a commencé par nous montrer que nous étions en situation de surstockage de bois. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Médoc, grenier à bois du massif, s’est retrouvé à terre : il avait des pins en surabondance âgés de 60 ans », rappelait, en septembre dernier, à la veille de l’assemblée générale du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest (SSSO), Vincent Dorlanne, son président.
Nouvelles machines
La tempête aura donc amené les producteurs à opter pour des variétés de pins aux révolutions plus courtes (35 ans). Mais avant de penser à replanter 105 000 hectares, il a fallu organiser l’écoulement du bois. Des entreprises sont venues d’autres régions, certaines de pays étrangers avec leur propre équipement, travaillant pour des donneurs d’ordre girondins. Les bras des bûcherons sont vite devenus insuffisants, la mécanisation du massif et donc des travaux forestiers s’est accélérée durant les années 2000 et 2001. On a vu apparaître des machines multifonctionnelles qui coupaient, ébranchaient et débitaient les billons.
Stockage par aspersion
Parallèlement, les professionnels de la forêt ont dû expérimenter de nouvelles méthodes de stockage, financées en partie par le plan chablis annoncé par le premier ministre Lionel Jospin, dès janvier 2000 et consistant à un soutien de 90 millions d’euros annuels sur dix ans (dont 30 millions d’euros pour la seule Aquitaine). S’inspirant d’expériences menées ailleurs en Europe du Nord, l’Aquitaine tente le stockage par aspersion. Une méthode certes coûteuse mais qui a l’avantage de protéger, sur la durée et par voie humide, les grumes des attaques d’insectes et de champignons. L’expérience concluante va être très utile dix ans plus tard, après le passage de Klaus, le 24 janvier 2009.
Avec le recul Martin, aura eu le mérite de questionner les sylviculteurs et de déclencher des travaux, notamment de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), sur la résistance du massif aux agressions du ciel et du climat en donnant naissance à de nouvelles variétés, avec un meilleur enracinement et une moindre emprise au vent, en créant des lisières de feuillus et en revoyant à la baisse les cycles de rotation du pin maritime.
Enfin Martin, puis Klaus, ont bien évidemment mis sur la table la question de l’indemnisation et de l’assurance, à ce jour pas encore réglée.

