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16 novembre 2019

Montée des eaux à l'horizon 2050

Sud-Ouest du 16 novembre 2019

2019 11 16 SO Gironde la montée des eaux fait peur

Sud-Ouest du 16 novembre 2019 

Les eaux montent, les peurs aussi 

Selon une étude publiée le mois dernier, les cartes planétaires des zones submergées par la montée des océans à l’horizon 2050 sont par trop rassurantes. Qu’en est-il sur les côtes françaises ?

les eaux montent les peurs aussi

Publiée fin octobre dans la revue scientifique britannique «Nature Communications », l’étude a causé un certain émoi. Rédigée par des chercheurs affiliés à l’organisation américaine Climate Central, elle prétend que les projections relatives à la submersion côtière à l’horizon 2050 sont beaucoup trop optimistes dans bien des régions du monde. 

Si l’on prend l’hypothèse plutôt modérée d’une hausse du thermomètre de 2 °C, les terres où vivent actuellement 360 millions de personnes pourraient être ravagées d’ici 2100 par des épisodes de submersion annuels. Dans le pire des scénarios, celui d’une déstabilisation rapide des glaces de l’Antarctique, 300 millions de personnes auraient les pieds dans l’eau dès 2050. 

Globalement, ces prévisions triplent le nombre d’humains sous la menace, par rapport aux calculs antérieurs. De quoi annoncer des migrations massives vers des contrées moins exposées. 

Ce travail tranche avec la littérature scientifique qui s’épaissit de jour en jour sur l’épineuse question de la montée des océans. Il ne la revoit pas à la hausse. Il reprend les hypothèses couramment formulées par la communauté scientifique sur un niveau marin qui gagnerait entre 60 cm et 2 mètres d’ici la fin du siècle. La grande nouveauté se situe ailleurs. Selon les chercheurs, l’altimétrie côtière n’est pas fiable. Sur des milliers de kilomètres, le littoral est plus bas que les données à disposition le laissent accroire. Résultat : avec une montée identique des océans, la submersion serait nettement plus grave. 

Les immeubles pris en compte 

Comment expliquer ce biais ? « La mesure de l’élévation des côtes n’est ni facile ni bon marché », posent les auteurs. Dans nombre de pays, elle repose sur des données collectées depuis l’orbite terrestre et mises à disposition par la Nasa. Avec cet outil, les constructions humaines en bord de mer mais aussi les arbres sont recensés comme des points hauts. En bordure des forêts denses et des littoraux construits, le calcul de l’altitude côtière est ainsi faussé. La surestimation moyenne serait de 2 mètres environ. 

C’est en Asie que les révisions s’avèrent les plus déchirantes. Chine, Thaïlande, Bangladesh, Inde, Vietnam, Indonésie, Philippines : dans tous ces pays, les zones en rouge grignotent subitement les cartes des risques littoraux. Des villes comme Bangkok, Shanghai ou Dacca se retrouvent brutalement sous les eaux. 

Des mesures fiables en France 

Ces projections anxiogènes ne s’appliquent pas aux pays développés, comme les États-Unis ou la France. Car la cartographie de leurs côtes ne repose pas sur les données de la Nasa. C’est avec le recours à la technologie Lidar – le balayage du terrain par un faisceau de lumière laser – que l’on procède aux relevés.

Un Lidar embarqué à bord d’un avion ou d’un drone qui survole le littoral peut remplir cette mission. « En volant à une altitude relativement basse, on obtient une précision de 15cm. On pourrait faire encore mieux mais ça n’aurait pas de sens, eu égard aux mouvements permanents du terrain », commente Didier Moisset, le directeur adjoint à la direction des opérations et des territoires de l’IGN. 

L’Institut national de l’information géographique utilise le Lidar depuis une dizaine d’années. Ses données sont comparées aux relevés GPS. L’IGN n’a jamais été tributaire des informations mises en accès libre par la Nasa pour effectuer son travail. Les côtes étaient photographiées sous toutes les coutures, et elles le sont toujours. « Avec des opérateurs capables de faire la distinction entre le toit d’une maison et le sol», précise Didier Moisset. Cette précision laser s’applique tout particulièrement aux côtes victimes de l’érosion, comme la bande sableuse qui s’étend du sud des Landes à l’embouchure de la Gironde. En partenariat avec le BRGM (le Bureau de recherches géologiques et minières) et l’Observatoire de la côte aquitaine, les campagnes Lidar s’y déploient sur une fréquence annuelle. Une étude publiée dans la revue « Continental Shelf Research» évalue la marge d’erreur altimétrique à 10cm pour les relevés de l’année 2017. 

L’outil permet des calculs de très haute précision. On estime ainsi que 86,5% du sable englouti par les colères de l’océan à l’hiver 2014 avait rengraissé les plages girondines en 2017. 

L’angoisse de la carte 

La récente livraison de « Nature Communications » n’a ainsi aucune raison de conduire à une réévaluation du risque submersion appliqué aux côtes métropolitaines. Cela n’ôte rien à l’intérêt planétaire des travaux de Climate Central, qui met en ligne une carte des littoraux impactés par les submersions sur laquelle chacun peut zoomer à loisir. 

Il convient de s’y référer avec en tête un préalable qui change tout : les chercheurs basent leurs projections sur l’hypothèse d’un littoral dépourvu de protections. Sans digue ni enrochement, la submersion paraît évidemment plus spectaculaire. Mais aujourd’hui comme demain, la réalité sur le terrain sera autre. À La Rochelle, à Bordeaux, à Andernos ou à Biarritz, on peut imaginer que les secteurs à fort enjeu économique et humain seront mis à l’abri. Si, du moins, la société s’avère capable à l’avenir de débourser les sommes nécessaires à l’atténuation des effets dévastateurs de l’avancée des eaux

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