AVC
Sud-Ouest du 9 octobre 2019
Lesparre : Une première médicale dans le Médoc
SANTÉ 14 pharmacies du Médoc, dont les quatre implantées à Lesparre, participent à cette expérimentation destinée à prévenir le risque d’accident cardio-vasculaire
Dans sa forme actuelle, le programme Protect-AVC Médoc est une première médicale en France.
Comme son nom l’indique, c’est sur la presqu’île médocaine qu’il est mis en place. Pratiquement, il s’agit de permettre aux patients entrant dans la catégorie de la population « à risque» par rapport à la survenance d’un accident vasculaire cérébral (AVC) de passer chez leur pharmacien un électrocardiogramme de dépistage.
Un cœur qui bat mal en raison d’une fibrillation auriculaire qui provoque une arythmie dont on ne se rend pas forcément compte fabrique en effet des caillots sanguins qui vont émigrer vers le cerveau où ils sont susceptibles de boucher une artère, et donc de déclencher l’accident, dont les conséquences peuvent être mortelles ou gravement invalidantes.
Le choix du Médoc
Lors d’une réunion d’information, à Lesparre, en janvier dernier, les docteurs Stéphane Olindo et François Rouanet, neurologues attachés à l’unité neurovasculaire du Centre hospitalier universitaire (CHU) Pellegrin de Bordeaux, qui pilotent le projet, expliquaient que le Médoc n’avait pas été choisi par hasard : « 20 000 habitants y ont plus de 65 ans, rappelaient-ils alors. 600 d’entre eux ont un cœur qui bat irrégulièrement, et la moitié ne le sait pas.»
D’où l’intérêt du programme sur un territoire délimité, et pour lequel 14 pharmacies sont parties prenantes, dont les quatre qui se trouvent à Lesparre. L’électrocardiogramme est réalisé grâce à un outil mis au point par une société néerlandaise. Ce dernier se présente sous la forme d’un cylindre métallique long d’une trentaine de centimètres qu’il suffit de saisir des deux mains à la façon d’un guidon de vélo, tout en étant assis. L’objet, testé dans une pharmacie de Lesparre lundi dernier, affiche en moins d’une minute le résultat par un plot lumineux: s’il est vert, il n’y a pas de problème, mais, s’il est rouge, il peut y en avoir un. Dans ce dernier cas, un second test est aussitôt pratiqué. Si le rouge se confirme, le tracé de l’électrocardiogramme, qui s’affiche sur l’écran de l’ordinateur du pharmacien, est aussitôt transmis à un des médecins neurologues du programme qui le reçoit sur son smartphone.
Celui-ci l’examine afin de confirmer ou pas l’anomalie : « Un tiers des cas en rouge ne justifie pas de suite. Mais, dans les deux autres tiers, il faut approfondir», précise le docteur Rouanet. Cela signifie que le pharmacien remet alors sous enveloppe au patient une copie du tracé obtenu accompagné d’une lettre type destinée à son médecin qu’il doit aller consulter rapidement. Y compris les réponses à un court questionnaire préalable, le tout ne prenant que quelques minutes pour le patient, de façon gratuite et anonyme pour un public âgé de plus de 65 ans.
Un test de dépistage
L’expérimentation a déjà été réalisée avec succès auprès de huit officines de Pessac, dans la banlieue bordelaise. Mais elle ne comportait pas la transmission immédiate des données grâce au logiciel Paaco Globule, qui permet aux professionnels de santé de communiquer entre eux. C’est là que se situe la nouveauté, qui fait de cette mise en place une première.
L’expérimentation doit permettre de « balayer» une population bien ciblée sur une période de deux à trois mois, quitte à recommencer l’opération régulièrement. « Mais attention, souligne le docteur Stéphane Olindo, il ne s’agit que d’un test de dépistage, destiné à ceux qui ne pensent pas être malades. Ceux qui ont des symptômes ou ressentent des douleurs doivent toujours se rendre chez leur médecin ou dans un service d’urgence. »
Sud-Ouest du 9 octobre 2019
Les pharmaciens en première ligne
«C’est une première et une grande avancée que nous présenterons au prochain congrès national des pharmaciens », affirme François Martial, président de l’Union régionale de santé (URPS) pour les pharmaciens. Il ajoute: «Cette collaboration doit déboucher sur une véritable prévention des AVC. Nous travaillons avec les médecins du territoire pour que les patients entrent dans le bon parcours de santé afin d’éviter un accident aux conséquences graves. »
14 officines du nord-Médoc ont donc reçu, depuis une quinzaine de jours, le matériel et la formation nécessaires pour pratiquer les électrocardiogrammes de dépistage. « Nous avons déjà pratiqué plusieurs tests, et tous ont été verts, raconte Raphaël Lecat, pharmacien à Lesparre. Ça nous demande davantage de travail, mais nous le faisons plaisir car c’est positif pour la population.»
Sa consœur Catherine Robine, également à Lesparre, précise après une démonstration en temps réel sur une patiente. «C’est un électrocardiogramme qui n’a que deux points de contact, et qui est donc moins complet que ceux qui sont habituellement pratiqués. Mais il permet de prévenir des AVC qui peuvent être mortels ou invalidants. Le gros progrès est d’être en relation immédiate avec des médecins spécialistes qui donnent aussitôt leur avis en cas d’anomalie.» Un avis qui permet, le cas échéant, de diriger la personne concernée vers un praticien. Puisque, rappelle François Martial, «même s’il est en première ligne, le pharmacien ne remplace pas le médecin».


