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23 mars 2019

Sur-sollicitation des sapeurs-pompiers sur des interventions anodines

Libération du 21 mars 2019 

Pompiers : «Il faut qu’on puisse se consacrer aux vraies urgences»

il faut qu'on puisseAvec les sapeurs pompiers de la caserne Blanche, à Paris, le 7 mars. Photo Marc Chaumeil pour Libération

"Dans un entretien rare, le général Jean-Claude Gallet s’alarme de la «sursollicitation» de ses hommes sur des interventions anodines. Une conséquence du recul de la médecine de ville qui les fragilise sur leurs missions premières."...

..."« Au-delà de cette importante sollicitation provoquée par les gilets jaunes, votre brigade est confrontée quotidiennement à une forte augmentation du nombre d’interventions. A quoi cela est-il dû ? 

Nous faisons face à une paupérisation, un vieillissement et une augmentation de la population. Dans le même temps, il y a un net recul de la médecine de ville. Or la brigade fournit, elle, un système gratuit, qui répond en moins de dix minutes, et offre une qualité de secourisme de haut niveau. Donc la population se tourne de plus en plus vers les pompiers… Le problème ne concerne d’ailleurs pas que la BSPP, mais se pose à l’échelle nationale. Cette situation est en train de mettre en péril l’efficacité de notre système. Notre cœur de métier, c’est l’urgence. Pourtant, sur les 522 000 interventions de l’année 2018, 100 000 n’ont même pas nécessité un seul geste de secours. C’est ça qui nous plombe ! Notre entraînement quotidien, physique, tactique, peut être mis à mal si les missions n’ont plus de sens. Or, lorsqu’il faut intervenir dans des cas extrêmes, comme pour les incendies de la rue de Trévise ou de la rue Erlanger, c’est toute cette préparation qui compte."...

..."Ce qui pose problème, c’est la fidélisation de nos personnels."...

..."En termes de rentabilité, d’expérience et de formations, il faut que nos pompiers aillent au-delà du premier contrat, et deviennent des cadres intermédiaires. Or nous ne sommes presque plus capables d’assurer ce processus-là, car le renouvellement du premier contrat, qui était d’environ 87 % il y a deux ans, a chuté à 55 % aujourd’hui. On devient donc une machine à former, à surformer, des personnes qui, au bout de cinq ans, quittent notre institution et s’orientent vers le privé. Le risque est de se retrouver très vite avec un encadrement qui ne sera plus au niveau."...

..."« Pour faire face à cette crise, avez-vous demandé une augmentation des budgets de la brigade ? 

Ce n’est pas forcément la solution. Il faut simplement revenir dans le cœur de notre mission et favoriser l’émergence d’autres acteurs pour nous permettre de nous consacrer aux vraies urgences. Cela pourrait être le cas par exemple pour le relevage de personnes impotentes, seules ou âgées. Si l’on doit obtenir une augmentation de budget, ce serait justement pour l’attribuer à la prospective, et prévoir les évolutions à venir."...

..."Sur le terrain, le temps d’intervention doit être le plus rapide possible : on a dix minutes pour faire un premier diagnostic, extraire la victime, appliquer un geste de survie et moins d’une heure et demie pour l’emmener dans un bloc opératoire. Tout ça avec différents acteurs qui ont des doctrines différentes, des contraintes différentes… S’il y a échec de cette chaîne de secours, c’est un échec politique, avec le risque in fine d’un clivage de la société."... 

..."« La BSPP est par ailleurs aussi confrontée à une augmentation importante du nombre d’agressions, un pompier est mort poignardé en septembre… 

On a 60 % d’agressions en plus entre 2017 et 2018."...

..."Le pompier doit aller au plus près de la victime. Il n’a pas à être armé."...

2019_03_21_Libération_Pompiers_Il_faut_qu_on_puisse_se_consacrer_aux_vraies_urgences

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