Réforme du système de santé
Sud-Ouest du 8 septembre 2018
«Le ciment de notre système de santé préservé»
AGNÈS BUZYN À quelques jours de l’annonce de la réforme du système de santé, la ministre des Solidarités et de la Santé s’est exprimée, en avant-première, sur les changements à venir
La ministre veut «rassurer» les Français sur cette réforme : «Nous ne touchons pas aux valeurs fondamentales telles que l’accès aux soins pour tous, l’égalité, l’universalité...» PHOTO FABIEN COTTEREAU / « SUD OUEST »
Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, sillonne les campagnes, à une semaine de l’annonce de la réforme du système de santé. Professeur en hématologie, elle a vite appris les mots de l’exercice du pouvoir: répondre, certes, mais contrôler les effets d’annonces. Hier matin, à la faveur d’un déplacement en Gironde, nous l’avons interrogée sur cette réforme attendue par les professionnels de santé et les Français, ceci dans un contexte particulièrement tendu. Ici et là, des informations sur le contenu de cette réforme font l’objet de débats agités.
« Sud Ouest » Devons-nous nous attendre, avec cette réforme de santé, à un changement de paradigme ?
Agnès Buzyn Je veux rassurer les Français. Ce n’est pas une révolution, car la philosophie de cette réforme est de préserver ce qui fonctionne bien dans notre système de santé. Nous ne touchons pas aux valeurs fondamentales telles que l’accès aux soins pour tous, l’égalité, l’universalité, la liberté de choix d’un médecin, d’installation… Ces valeurs sont un ciment auquel nous sommes tous attachés. On n’y touche pas. En revanche, on fait évoluer le système dans ce qui dysfonctionne, ceci pour en préserver la pérennité.
Cette réforme s’appuie sur un constat réalisé en amont. Quel est-il ?
On a certes un très beau système de santé, mais il a des défauts, désormais. La réalité a changé, les besoins aussi, avec le vieillissement de la population et l’émergence des maladies chroniques. À ce jour, plus de 10 millions de personnes sont atteintes de maladies chroniques. Nous fonctionnons sur un vieux système dépassé. L’hôpital et la ville sont cloisonnés, la coopération autour d’un patient est devenue compliquée. L’exercice isolé de la médecine n’est plus possible non plus. Cet état des lieux nous a permis d’entendre l’expression du mal-être des professionnels.
Quelles sont les clés de cette réforme globale de santé ?
Elle répond à l’urgence de la situation. Pour qu’elle aboutisse, nous avons besoin de leviers. Il s’agit d’abord d’améliorer le déploiement du numérique en santé : le numérique participe aux changements de pratiques et débouchera sur plus de coopération entre professionnels et facilitera l’accès au soin sur tout le territoire. L’autre levier concerne la façon dont on finance la médecine. Aujourd’hui, la tarification à l’hôpital ou en ville se pratique à l’acte. Or, cette tarification à l’acte ne valorise ni les coopérations, ni la prévention. Il va falloir diversifier ce mode de tarification pour décloisonner le rapport ville-hôpital, mais aussi les professionnels entre eux. Enfin, la formation des médecins va changer (voir par ailleurs).
Cette année, une épidémie inopinée de rougeole a sévi en France. Partie de notre région, elle commence à régresser. De quel dysfonctionnement s’agit-il ?
Notre société moderne a oublié certaines maladies, parfois mortelles, parce que nous avons la chance que des vaccins efficaces existent. Depuis les années 1980, certains ont pensé que ces vaccins étaient facultatifs et la couverture vaccinale a régressé. En Europe, on assiste à une résurgence de maladies infantiles, un phénomène qui inquiète beaucoup l’Organisation mondiale de la santé.
41 000 cas de rougeole en Europe depuis le 1er janvier, 2 600 en France. Voilà pourquoi j’ai rendu 11 vaccins obligatoires, pour éviter le retour de ces maladies.
Nombre de patients atteints de cancer espèrent avoir accès à des traitements innovants. Comment rendre accessibles ces traitements plus vite, pour tous ?
Déjà, aucun traitement ne peut être décidé par un médecin seul. Toutes les décisions sont collégiales. Les trois plans cancer réalisés en France ont permis la mise en place d’une prise en charge rigoureuse, on ne peut pas être soigné en dehors d’un centre qui n’a pas les compétences. L’accessibilité aux traitements est une des meilleures au monde et elle est très égalitaire, que l’on vive ici ou là. La première façon d’accéder très tôt à des traitements innovants, c’est d’accéder à des essais cliniques, avant la mise sur le marché. Elles dépendent des centres où on est suivi. L’Inca (Institut national du cancer, NDLR), sur son site, donne accès à tous les essais cliniques existants en France en temps réel. Ce n’est pas réservé aux médecins, mais aussi aux patients. En France, il existe – et nous avons cette chance – des autorisations temporaires d’innovation permettant d’avoir accès à des molécules, avant qu’elles soient autorisées.
Dans notre région, le vin fait partie du patrimoine culturel. Or, une nouvelle étude publiée le 23 août dans une revue scientifique réputée, « The Lancet », signale qu’un seul verre de vin par jour a des effets délétères sur la santé. Qu’en pensez-vous ?
La population cherche des repères pour savoir si sa consommation d’alcool lui fait courir un risque ou pas. Nous travaillons à donner des repères clairs. En ce qui concerne le vin, ma bataille se focalise sur l’alcool chez les femmes enceintes. Tous les jours, un enfant naît avec un handicap lié au syndrome d’alcoolisation fœtale. Mon message : zéro alcool pendant la grossesse.
Quant à l’étude du «Lancet», elle dit qu’à partir d’un verre, on peut commencer à identifier des effets, mais ces effets sont très faibles. Je pense que l’on peut boire un peu d’alcool, avec modération. Pour autant, l’information doit être éclairée sur les risques.

