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6 septembre 2022

Changement climatique

La Gazette des Communes du 2 septembre 2022 

Changement climatique : Feux, sécheresse, monocultures… SOS forêts en danger 

De nombreuses menaces planent sur les forêts : urbanisation en zones sensibles aux incendies, morcellement de la propriété forestière, parasites… et aggravent leur dépérissement.

2022 09 02 la gazette

Au-delà des feux catastrophiques de cet été, hêtres, épicéas et autres chênes pédonculés souffrent de la sécheresse et des fortes chaleurs et, fragilisés, beaucoup meurent des attaques de parasites. « Je n’ai jamais connu une telle ampleur de dépérissement », s’inquiète Jean-Louis Batt, maire (Agir) de Lutzelhouse (2 000 hab, communauté européenne d’Alsace).

Le stock d’arbres morts âgés de moins de cinq ans a bondi de 30 % entre 2017 et 2019 en France (« Inventaire forestier », IGN, 2021). Le changement climatique n’est pas le seul responsable de cette situation : des facteurs l’aggravent, comme le morcellement de la propriété forestière. Un million de petits propriétaires, qui possèdent entre 1 et 25 hectares, se partagent un tiers de la forêt française.

L’exploitation des faibles surfaces n’est le plus souvent pas rentable. Or une forêt qui ne rapporte rien est mal entretenue, et la mortalité des arbres y est plus élevée. « Ceux qui sont malades n’étant pas coupés, les parasites se transmettent plus facilement », explique Jean-Louis Batt.

Des voies d’accès pas toujours adaptées

Ces parcelles à l’abandon, où le bois mort s’accumule, constituent aussi des poudrières potentielles. D’autant plus que l’urbanisation à l’interface avec la forêt se poursuit et accroît aussi sa vulnérabilité aux feux, comme on l’a vu dans les Landes et en Gironde. « Il va falloir se poser la question de l’extension des obligations légales de débroussaillage à de nouvelles zones à risques », remarque Françoise Alriq, directrice adjointe de la Fédération nationale des communes forestières.

Depuis le début de l’été, les incendies se sont multipliés jusqu’aux Hauts-de-France. « Ils doivent nous conduire au niveau national à nous interroger sur notre organisation de défense contre l’incendie et les moyens qui y sont consacrés », soulignait l’Association des maires de France, dans un communiqué, le 15 juillet. Les forêts publiques sont davantage maillées de voies d’accès que les parcelles privées, mais ces pistes ne sont pas nécessairement adaptées au passage des camions des sapeurs-pompiers.

Emmanuel Macron a annoncé « un grand chantier national pour replanter la forêt », le 20 juillet, au lendemain des feux catastrophiques en Gironde. Une promesse complétée le 14 août : le Président a évoqué le fait de réfléchir au « modèle de prévention et de lutte contre les incendies » avec l’ensemble des acteurs des départements concernés.

Des coupes rases, une logique de miniers

Mais quelle forêt replanter ? Les chercheurs et les ONG redoutent que les erreurs du passé ne se répètent, que les propriétaires « replantent rapidement, massivement et de façon quasi exclusive en pins maritimes ou en espèces d’arbres exotiques », s’inquiète la Société nationale de protection de la nature, dans un communiqué publié deux jours après cette dernière déclaration.
Or il est prouvé que pour que la forêt puisse mieux se défendre contre le changement climatique et les ravageurs, il faut diversifier les essences, les provenances et les âges des arbres.

Le premier bilan du volet forestier du plan France Relance, doté de 150 millions d’euros, montre que ce mode de gestion durable a pourtant beaucoup de mal à s’imposer dans les parcelles privées : 87 % des projets de replantation financés impliquent des coupes rases et les plantations réalisées sont essentiellement constituées de monoculture ou très faiblement diversifiées, dénonce l’association Canopée, dans un courrier envoyé en mai à la Commission européenne, qui finance 40 % du plan.

« Choisir pour chaque arbre le moment où l’on va l’abattre coûte jusqu’à cinq fois plus cher que de couper toute une parcelle de douglas du même âge, souligne Guillaume Fresnel, directeur adjoint de l’environnement de la métropole Rouen Normandie [71 communes, 498 800  hab.]. Certains acteurs économiques de la filière bois ont une logique de miniers : ils arrivent avec leur 4×4, rasent, puis vont voir ailleurs. »

La liste des essences dont la plantation est subventionnée dans le cadre du plan de relance interroge également. Certaines, exotiques, sont considérées comme invasives, à l’instar du chêne rouge d’Amérique et du robinier faux-acacia.

« L’eucalyptus est éligible alors que cette espèce est très inflammable et que le risque incendie explose ! » s’étonne ainsi Philippe Canal, secrétaire général du Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel.

FOCUS

ONF : les coupes claires dans les effectifs se poursuivent

Depuis trente ans, l’Office national des forêts (ONF), qui gère les forêts publiques, a perdu 50% de son personnel. Une hémorragie qui va se poursuivre avec le contrat Etat-ONF 2021-2025 qui prévoit la suppression de 500  postes supplémentaires.

L’intersyndicale a déposé un recours devant le tribunal administratif le 22 juin pour obtenir l’annulation de ce contrat. «Sur le terrain, il y a 2000 bûcherons et 2500 techniciens forestiers», précise le Sénat dans son rapport d’information sur le projet de loi de finances pour 2022. Les élus se plaignent de plus en plus du manque d’agents sur le terrain.

« Les contacts se distendent, déplore Françoise Alriq, directrice adjointe de la Fédération nationale des communes forestières.

Les élus sont moins bien informés sur ce qui se passe dans leur forêt: habitat illégal, dépôts sauvages, dépérissements.»

Dans un communiqué du 20 juillet, la FNCOFOR et l’Association des maires ruraux de France alertent de nouveau l’Etat sur l’urgence de renforcer les services publics forestiers. « Le dérèglement climatique et le dépérissement des forêts vont nécessiter de plus en plus de travail pour le suivi sanitaire et le renouvellement forestier par des plantations, sans compter la prévention des feux de forêt», pointe Philippe Canal, secrétaire général du Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel. En zone méditerranéenne, l’ONF participe aux opérations de débroussaillage et d’entretien des équipements de défense de la forêt contre les incendies. «En région Paca, 60% des départs de feux sont éteints par l’ONF», précise-t-il.

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