Sud-Ouest du 28 janvier 2022 

Face aux déserts médicaux, une nouvelle arme 

Pour lutter contre la raréfaction des soignants dans les territoires, les autorités misent sur les communautés professionnelles et soutiennent un outil inédit en France

2022 01 28 désertsPour lutter contre les déserts médicaux sur certains territoires, de nouveaux outils se mettent en place. MICHEL AMAT /« SO » 

Exemple de la vie ordinaire de Liliane. Veuve, elle a 78 ans et vit seule dans un village proche de Bergerac. Elle souffre de plusieurs pathologies, son médecin-traitant est parti en retraite. Impossible de mettre la main sur un remplaçant. Elle a besoin de séances de kiné, aucun kiné ne se déplace à domicile. Un matin, la voilà coincée dans son lit, incapable de se lever. Ce sont les pompiers qui la conduiront aux urgences de l’hôpital de Bergerac, où elle fera un « stage » d’une semaine dans un service de rhumatologie. Quelques examens supplémentaires, beaucoup d’antidouleurs et la voilà rentrée chez elle. Pas de médecin, pas de kiné. Et ça, jusqu’au prochain « stage » aux urgences. 

Telle est la réalité du système de santé français dans certains territoires de notre région. C’est pour remédier à ce genre d’anomalies, qui sont aujourd’hui plus que des trous dans la raquette, que se mettent en place, avec le soutien actif, financier et logistique de l’Agence régionale de santé (ARS), de nouvelles réponses, qui tiennent compte des manques, des besoins et des ressources. Les maisons de santé pluridisciplinaires et les centres de santé sont un exemple qui se déploie, et désormais, on voit naître des communautés professionnelles de territoires de santé (CPTS), qui rassemblent médecins, kinés, infirmiers, spécialistes… 

Quatre missions claires 

Ce jeudi 27 janvier, Benoît Elleboode, directeur général de l’ARS de Nouvelle-Aquitaine, a dressé un état des lieux de l’accès aux soins de premier secours dans la région. Pas terrible. « Nous avons un nombre de médecins généralistes en diminution, une démographie inquiétante puisque 31 % des généralistes ont plus de 60 ans, et donc la densité de médecins généralistes sur le territoire ne cesse de baisser, expose-t-il. Moins vite qu’ailleurs en France, mais ne nous cachons pas la face, il existe une grande disparité dans la région, avec, dans certains territoires de grandes difficultés. D’autant que la population vieillit, 23 % ont plus de 60 ans et 15 % souffrent de maladies chroniques. » 

Le CPTS offre aux soignants d’un territoire, sur la base du volontariat, l’opportunité de développer un mode d’exercice coordonné entre professionnels de santé et différents partenaires, notamment des institutions, sur la base d’un projet de santé commun. « Il s’agit d’une révolution structurelle qui se met en place, commente le docteur Didier Simon, médecin généraliste à Mont-deMarsan. Il s’agit de fédérer, d’organiser une coordination et de créer un cadre. » Ces communautés bénéficient de soutiens financiers très conséquents, à condition de remplir quatre missions : l’accès aux soins, le parcours de santé autour du patient, la prévention et la participation à la gestion des crises sanitaires. 

Accompagnement inédit 

« Nous souhaitons ainsi favoriser l’installation des médecins et professionnels de santé, favoriser l’attractivité des territoires, rassurer les jeunes médecins qui souhaitent s’installer dans des zones en tension, en misant sur la collaboration, la coopération et la coordination », assure Benoît Elleboode. 

Actuellement, en Nouvelle-Aquitaine, 47 CPTS sont créés ou en cours de validation et 14 nouveaux sont en projet. Depuis les premières initiatives isolées, les Unions régionales de professionnels de santé (URPS) ont été très mobilisées pour accompagner ces créations, en lien avec l’ARS et l’Assurance maladie. Pour être encore plus efficients, les URPS ont monté l’association Agora Lib’, un outil unique en France pour l’instant et destiné à homogénéiser les fonctionnements des CPTS, à mettre de l’huile dans les rouages, à décloisonner, et ce, dans la durée. Concrètement, Agora Lib’ apporte un soutien logistique et de communication aux CPTS, une boîte à outils et des conseils et expertises pour mettre en route des projets territoire par territoire, une réponse adaptée à chaque réalité de terrain. 

« La philosophie de cette stratégie, remarque Benoît Elleboode, est de se mettre du côté des patients, de ne jamais contraindre les professionnels de santé, puisque la base reste le volontariat. Le terrain décide, l’administration accompagne. » Retour à Liliane, dans son village de Dordogne. Un CPTS construit sur ce territoire pourrait permettre à une infirmière forte de son expertise de se déplacer au chevet de la patiente. Via sa tablette, la professionnelle de santé serait en contact avec médecin ou un spécialiste afin d’établir un pré-diagnostic. Les besoins en soins seraient évalués, une énième hospitalisation en urgence évitée, et Liliane pourrait enfin être soignée plus efficacement, avec moins de stress.