Sud-Ouest du 27 janvier 2022 

Saucats/Projet Horizeo : Le casse-tête des boisements compensateurs 

Les maîtres d’ouvrage du parc photovoltaïque veulent reboiser 2 000 hectares dans la région forestière. Mais les parcelles éligibles sont de plus en plus rares. Il faudra chercher des solutions ailleurs qu’en Gironde 

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Le porte-parole du projet Horizeo Mathieu Le Grelle devant une parcelle reboisée suite au projet du parc solaire de Salaunes. A. D. 

Comment compenser le défrichement de 1 000 hectares de pins si le projet de parc solaire géant Horizeo de Saucats voit le jour ? La question a été mise plusieurs fois sur la table lors des réunions pilotées par la Commission particulière du débat public (CPDP). La position des maîtres d’ouvrage (Engie et Neoen) est claire : « Nous nous engageons à replanter 2 000 hectares a minima à proximité des usines de traitement du bois », a répété le directeur du projet Horizeo, Bruno Hernandez. 

Cette promesse n’a pas coupé le robinet des critiques. À combien de kilomètres de Saucats seront replantés les arbres ? Lors de la dernière réunion publique dans la commune, un citoyen a accusé les maîtres d’ouvrage de ne pas avoir respecté leurs engagements sur d’autres projets voisins. Le directeur d’Horizeo a alors dégainé des documents prouvant que les boisements compensateurs avaient bien été réalisés. La Direction départemental des territoires et de la mer (DDTM) assure que chaque projet est validé en amont et vérifié en aval sur le terrain par les agents du service. 

Des parcelles rares 

Mi-décembre, Engie a présenté un exemple de compensation forestière liée à son projet de centrale solaire de Salaunes (136 hectares en 2011) : « Nous avons reboisé 136 hectares de pins dans les communes de Saint-Sauveur, Hourtin, Saumos, Saint-Laurent-du-Médoc, Naujac, Avensan et Le Temple », énumère Mathieu Le Grelle, le porte-parole d’Horizeo. Cette mosaïque de parcelles, qui étaient dépérissantes, a été ciblée à proximité du parc photovoltaïque dans le Médoc. 

Engie a fait appel à une coopérative forestière pour trouver les propriétaires de terrain. « Ces derniers sont généralement des descendants de forestiers qui n’ont pas les moyens d’entretenir les bois familiaux. Les boisements compensateurs permettent de remettre en production des forêts abandonnées », résume un conseiller forestier. 

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Carnet de chèques 

Toutes les parcelles susceptibles d’accueillir des boisements compensateurs sont disponibles dans la Bourse de la compensation forestière. Parmi les nombreux critères : qualité du reboisement, suivi et entretien pendant plusieurs années, assurances, etc. « L’État et la filière bois s’assurent qu’il y a bien une gestion durable », confirme la coopérative forestière. L’objectif affiché est de reboiser le plus près possible des zones défrichées. 

Le problème de la proximité du reboisement se pose avec Horizeo. Car la ressource de parcelles éligibles se tarit. « Il sera impossible de faire tous les boisements compensateurs en Gironde », juge une coopérative forestière. Un avis partagé par le chef de service Olivier Roger à la DDTM de Gironde. Le stock de parcelles compensatrices fond comme neige au soleil à cause de la multiplication des défrichements : parcs solaires, A 65, urbanisation, zones commerciales, etc. « Il y a aussi la LGV qui arrive avec ses 3 500 hectares de défrichement «, complète la DDTM. 

Pour compenser le défrichement de 1 000 hectares à Saucats, Engie et Neoen devront élargir leur zone de recherche bien au-delà : Lot-et-Garonne, Charente et Dordogne. Des forêts de châtaigniers du Périgord en mauvaise santé pourraient, à terme, être remplacées par du pin maritime. 

Les maîtres d’ouvrage auront pour obligation de reboiser entre une et cinq fois la superficie de forêt défrichée selon le coefficient multiplicateur imposé par la DDTM. En cas d’impossibilité de reboisement au niveau régional, il existe un plan B : sortir le carnet de chèque et verser une indemnité au ministère de l’Agriculture (3 700 euros/hectare environ pour du résineux). Une solution légale mais redoutée par la filière forestière des Landes de Gascogne qui ne veut pas voir cet argent s’évaporer du massif.

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