Sud-Ouest du 13 janvier 2022 

Crues en Sud-Gironde : « Tout le monde s’est affolé » 

À Barie, la digue ne devrait pas être submergée cette fois-ci, mais une rupture est toujours à craindre

2022 01 13 tout le mondeLes volontaires de la réserve communale de Barie inspectent la montée de la Garonne derrière la digue. Plusieurs routes d’accès au village sont inondées. J. J. 

Dans la maison construite à même la digue, le canapé trône sur la table de la salle à manger. Tout autour, Christophe Manuaud a fait le vide. « On a tout monté à l’étage. On va attendre que le pic de la crue soit passé pour redescendre les affaires. » 

Ce nouvel habitant de Barie, dans la plaine du Réolais, sur la rive gauche du fleuve, savait à quoi s’attendre au mois de septembre lorsqu’il a acheté une maison sur ce territoire en zone rouge inondation. « On ne peut pas tout avoir, philosophe-t-il. Et la vue, et la tranquillité. Ça fait un peu peur, mais en même temps c’est beau », observe-t-il alors que la Garonne monte depuis deux jours sous ses fenêtres. En février dernier, le fleuve était entré à l’intérieur de la maison. 

2022 01 13 tout le monde3

Heureusement, pour cette fois, la Garonne n’atteindra pas le niveau de l’hiver dernier comme on l’a d’abord craint mardi. Le pic de la crue est attendu pour aujourd’hui dans la matinée. Il ne devrait pas dépasser les 8,70 mètres à La Réole. L’annonce, hier midi, de cette nouvelle prévision à la baisse a soulagé tout le village affolé par les premières estimations avec une Garonne annoncée à plus de 10 mètres par Vigicrues. L’équivalent de la catastrophe de 1981 qui avait dévasté la vallée de la Garonne. 

Répétition générale 

La prévision erronée avait été rectifiée à neuf mètres dès mardi soir. Et affinée encore mercredi. « Les prévisions ont été revues à la baisse effectivement », confirme Vincent Ferrier, le sous-préfet de Langon, en louant la réactivité des élus du Réolais qui ont permis aux habitants de mettre leurs biens à l’abri. « Tout le monde s’est affolé, l’annonce a fait flipper », témoigne Damien Tauzin, le paysan-boulanger membre de la réserve communale. « Au moins, ça nous a fait faire une répétition générale pour nous préparer à une crue phénoménale. » Hier matin, plusieurs routes étaient quand même inondées. La Garonne gagnait du terrain sur les terres agricoles où pataugent les aigrettes et les hérons cendrés. Rien d’alarmant, mais on ne sait jamais. 

Désormais équipés de vestes fluorescentes et d’une lampe frontale par la municipalité, les volontaires de la réserve communale sont sur le pont. Dès mardi soir, ils ont posé les premiers batardeaux pour fermer la digue qui ceinture le village. Des petites équipes se relaient pour inspecter les points de faiblesse révélés par la crue de février. « Il y a toujours un risque avec les digues. Elles sont faites en terre. Elles ne peuvent pas être fiables à 100 %, même si on fait tout pour, rappelle Bernard Pagot. Mais le maire de Barie se veut rassurant après les dernières prévisions. Il a d’ailleurs enlevé les bottes et remis des chaussures en cuir. Un bon signe pour la crue. En revanche, il a gardé son béret sur la tête. C’est qu’il va continuer de faire froid. 

2022 01 13 tout le monde2

« Un peu de panique » 

« En 2021, la digue a lâché sur Floudès, Bassanne et un peu sur Barie, prévient-il sérieusement. portes en fer. Dans un scénario catastrophe, le gond d’une porte peut lâcher, l’eau peut s’engouffrer dans le casier. On ne sait jamais. » 

« La Garonne reviendra dans son lit dans trois ou quatre jours. On a l’habitude de ce genre de crue, poursuit le maire. Mais gérer des situations comme mardi matin, ça, on n’a pas l’habitude. Il y a eu un peu de panique chez les gens. Il faut se mettre à leur place. Ils ont souffert l’an dernier. Et là, on leur annonce une inondation comme en 1981. Ils se disent que ça va être dramatique. Certains qui n’avaient pas évacué l’an dernier sont partis cette fois-ci. C’est une réaction normale. » 

Hier midi, après la réunion de crise avec la réserve, la municipalité a envoyé un nouveau message téléphonique d’alerte aux habitants. Un message qui se voulait rassurant, mais qui incitait à ne pas baisser la garde. 

« Suite aux incertitudes liées aux prévisions alarmistes et erronées, nous vous informons que la situation va se stabiliser avec une montée horaire très lente qui peut durer encore vingt-quatre heures (jusqu’à ce matin, NDLR) sans atteindre le niveau de protection de nos digues. Toutefois, nous ne sommes pas à l’abri d’un incident. Restez vigilants. » 

En soirée, le maire de Barie a ordonné à ses troupes de mettre en place les deux autres batardeaux en travers des routes d’accès au village. Si les digues tiennent face aux assauts du fleuve, il ne devrait pas y avoir de mauvaise surprise aujourd’hui.