Sud-Ouest du 3 décembre 2021

2021 12 03 SO Omicron la course contre la montre

Sud-Ouest du 3 décembre 2021 

Le variant Omicron réveille partout l’insécurité sanitaire 

La diffusion rapide du nouveau variant fait ressortir l’insuffisance de la couverture vaccinale dans le monde. Elle menace d’accroître encore la fracture sanitaire

2021 12 03 omicronL’Allemagne a décidé, hier, d’interdire l’entrée des commerces « non-essentiels » aux personnes non-vaccinées. JOHN MACDOUGALL/AFP

Parti d’un foyer en Afrique australe, le nouveau variant du Covid-19, Omicron, déjà dominant en Afrique du Sud où il se répand de façon exponentielle, fait son chemin, suscitant les constats alarmistes des organismes internationaux, Nations Unies, FMI (Fonds monétaire international), OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) et OMS (Organisation mondiale de la santé) multiplient les constats alarmistes. 

« La fin de la pandémie est une question de choix », affirme Tedros Ghebreyesus. Pour le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, seules une meilleure couverture vaccinale et l’extension du dépistage permettront de vaincre le virus. Or, pour le moment, les lacunes béantes des pays pauvres dans ces domaines forment un « cocktail toxique ». 

1 Une progression rapide du virus 

Disons-le d’emblée : aucun décès associé à Omicron n’a été signalé à ce stade. En tout cas officiellement. Mais la propagation du variant, détecté désormais sur les cinq continents, est menaçante. En Afrique du Sud, où il a été identifié fin novembre, seulement un quart de la population est vacciné, ce qui lui ouvre un boulevard ainsi que dans les pays voisins. 

Rapidement, des premiers cas sont apparus à travers le monde. Au Nigeria et au Brésil, le virus a été détecté sur des voyageurs revenus d’Afrique australe. En Arabie saoudite, le voyageur infecté revenait d’Afrique du Nord. Le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis, les Émirats arabes unis ont leurs premiers cas. Et l’Europe est touchée à son tour : au Danemark, le premier cas est associé à une personne rentrée du Qatar. La Norvège est à la même enseigne. La France n’y échappe pas. 

2 L’obligation vaccinale fait son chemin 

Mercredi, la présidente de la Commission européenne a mis sur le tapis l’hypothèse d’une obligation vaccinale. C’est un tournant. 

Ursula von der Leyen a bien précisé que la décision relevait des États membres mais l’Autriche a déjà décidé d’y passer en janvier. Et en Allemagne, le nouveau chancelier Olaf Scholz y est très favorable : le successeur d’Angela Merkel va le proposer à sa majorité « tricolore » (gauche, Verts et libéraux) et la mesure a d’autant plus de chance d’aboutir que les Allemands, jusqu’ici réticents, sont désormais 64 % à approuver le vaccin obligatoire. 

La France, à ce stade, écarte cette piste, mais l’extension du passe sanitaire est une façon d’instaurer l’obligation sans le dire. L’Allemagne, elle, a ainsi décidé jeudi d’interdire l’entrée des commerces « non-essentiels » aux non-vaccinés. Et à travers l’Europe, l’arsenal anti-Covid s’étoffe à nouveau : ainsi le Portugal a-t-il rétabli le port obligatoire du masque dans tous les lieux clos et, sans se satisfaire d’un taux record de vaccinés, lance une nouvelle campagne d’injections. 

3 La tentation des frontières fermées 

Un peu partout, les restrictions de voyages et les contrôles aux frontières sont de retour. Les États doivent-ils se barricader ? Non, répond fermement le secrétaire général de l’ONU : « Les fermetures de frontières ne sont pas seulement injustes et punitives, elles sont inefficaces. » Pour Antonio Guterres, « nous avons les instruments pour voyager en toute sécurité » et leur usage permettrait d’éviter de placer l’Afrique dans une situation « d’apartheid ». 

En Afrique du Sud, le mot est repris par le président Cyril Ramaphosa, qui regrette l’isolement imposé à son pays par les restrictions aux voyageurs alors que ses scientifiques ont été les premiers à alerter sur l’existence d’Omicron. Cette « stigmatisation » est aussi dénoncée par le président de l’Union africaine, qui demande pourquoi le continent n’a encore que 6 % de vaccinés alors que la moitié de la population mondiale (soit 3,5 milliards de personnes) a reçu une première injection. 

4 L’urgence d’accélérer la vaccination La priorité ? 

« Elle est de s’assurer que les vaccins sont produits et distribués le plus vite possible à travers le monde, y compris les doses de rappel », estime l’OCDE. Car l’organisme de coopération économique redoute l’effet boomerang d’Omicron sur la reprise mondiale. Et sa cheffe économiste avance une comparaison saisissante : selon elle, vacciner la planète coûterait 50 milliards de dollars, 200 fois moins que ce que les pays du G20 ont dépensé pour se protéger depuis le début de la crise. 

Vacciner massivement dans les pays pauvres est d’autant plus urgent que la pandémie, qui entre dans sa troisième année, cause des ravages : 20 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans la grande pauvreté en 2021, révèle le bureau des affaires humanitaires de l’ONU. Il cite aussi la dégradation des systèmes de santé et des campagnes de lutte contre des fléaux aussi mortels que le Covid-19, à savoir le Sida, la tuberculose et le paludisme.

2021 12 03 SO Plus contagieux Plus dangereux Ce que l'on sait vraiment

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2021 12 03 SO Plus contagieux Plus dangereux Ce que l'on sait vraiment2

 

2021 12 03 SO Jean Castex Notre arme majeure est le rempart vaccinal

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2021 12 03 SO Jean Castex Notre arme majeure est le rempart vaccinal4

LCI du 2 décembre 2021 

Variant Omicron et 5e vague du Covid : un nouveau conseil de défense sanitaire prévu lundi

ÉPIDÉMIE - Le Premier ministre et le ministre de la Santé étaient ce jeudi en visite au centre hospitalier d'Angoulême. À cette occasion, Jean Castex a fait un point sur la situation sanitaire "préoccupante" en France et annoncé un nouveau conseil de défense dès lundi.

Première sortie publique de Jean Castex ce jeudi depuis sa mise à l’isolement pour cause de Covid. Le Premier ministre était en déplacement à Angoulême, en compagnie d'Olivier Véran, pour présenter les conséquences locales du Ségur de la santé. Les deux hommes ont visité une pharmacie de la ville et se sont rendus ensuite au centre hospitalier de Girac où ils ont notamment visité les urgences. L'occasion de faire un point sur la situation sanitaire alors que la présence du variant Omicron est désormais officielle  en France métropolitaine, où trois premiers cas ont été détectés ce jeudi.

"La 5ᵉ vague de la pandémie qui frappe le monde et l'Europe en particulier, est particulièrement forte", a souligné le Premier ministre. "On sait déjà qu'elle est plus forte que la quatrième vague", a-t-il prévenuÀ ce sujet, "un nouveau conseil de défense sanitaire se tiendra lundi prochain", a-t-il indiqué afin de "voir s'il y a lieu de prendre des mesures complémentaires". 

Hausse de 60% des cas en une semaine 

"La situation est préoccupante", a relevé Jean Castex, en citant des chiffres orientés à la hausse, avec une "progression de 60% des cas constatés en une semaine et un taux de reproduction désormais à 1,55, tandis que le taux de positivité des tests est à 5,7%", a-t-il précisé, indiquant que cela se répercutait sur l'hôpital. "La pression augmente, il y avait 1900 patients en réanimation mercredi", a-t-il dit. 

Face au découragement qui pourrait gagner les citoyens, le Premier ministre s'est voulu déterminé. "On a su à chaque fois s'adapter. Mais cette pandémie repose avant tout sur la responsabilité individuelle et collective et sur nos efforts qu'il faut sans cesse poursuivre et amplifier", a-t-il martelé, rappelant qu'"une personne vaccinée a quatre fois moins de chance d’attraper le virus qu’une personne non-vaccinée ou qui refuse la vaccination. Et surtout, douze fois moins de chance de développer une forme grave de la maladie""La vaccination est et demeure l’arme majeure pour faire face à la pandémie", a-t-il insisté. 

Concernant la troisième dose de rappel, Jean Castex a assuré que "personne ne sera laissé sans possibilité de faire son rappel avant l'échéance du 15 janvier", date à laquelle le pass sanitaire commencera à ne plus être valable pour les personnes n'ayant pas reçu d'injection complémentaire dans les temps impartis. Il a par ailleurs indiqué qu'un record a été battu mercredi "avec 500.000 doses de rappel administrées en une journée", tout en précisant que "plus de 4 millions de rendez-vous ont été pris depuis une semaine" et les annonces d'Olivier Véran. Pour répondre à la demande, "300 nouveaux centres de vaccination vont rouvrir dans les prochaines semaines", a-t-il annoncé.  

LCI du 2 décembre 2021 

Cinquième vague : l'épidémiologiste Arnaud Fontanet appelle les Français à réduire leurs contacts de "10 à 20%"

CINQUIÈME VAGUE - Invité ce jeudi sur LCI, l'épidémiologiste Arnaud Fontanet a conseillé, pour enrayer la progression du virus, de réduire légèrement nos contacts tout en poursuivant la vaccination.

Malgré la vaccination d'une très large frange de la population, la cinquième vague enfle et inquiète à l'approche des fêtes de fin d'années. Invité ce mercredi matin sur LCI, Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique estime cependant que des mesures sanitaires drastiques ne sont pas forcément nécessaire pour casser la dynamique épidémique.

"À la différence d'octobre ou novembre 2020 où 90% de la population était à risque d'être infectée et où seuls les couvre-feux et confinements pouvaient stopper la vague, il suffirait, en plus de la vaccination, de fournir un effort limité qui serait une réduction de 10 à 20% de nos contacts", affirme-t-il.

Télétravailler davantage et voir un peu moins ses proches 

Pour donner un ordre d'idée, le professeur indique qu'un confinement permet la réduction des contacts d'environ 80% et un couvre-feu de 50%. "Pour réduire nos contacts de 10 à 20%, il suffit de jouer sur le télétravail et de prendre ses responsabilités au niveau individuel", explique-t-il. "On peut par exemple se dire qu'il serait bien d'éviter de faire une fête de famille le week-end prochain, ou encore d'inviter 6 personnes au lieu de 12 à son prochain dîner." 

Arnaud Fontanet recommande également de recourir aussi souvent que nécessaire, comme le font les Britanniques, aux autotests. "A la pharmacie, ça vous coûte 5 euros et ça vous permet de savoir tout de suite si vous êtes contagieux ou non", indique-t-il. "Si vous êtes vaccinés, vous pouvez aussi vous faire tester gratuitement en montrant votre pass sanitaire." 

"Dans l'étude ComCor que l'institut Pasteur a réalisée sur les lieux de transmission, un tiers des gens disaient savoir qui les avait infecté et dans la moitié des cas cette personne était symptomatique au moment du contact infectant. Et ça, ça n'a pas de sens", ajoute le professeur. "Quand vous avez des symptômes, vous restez chez vous, vous vous faites tester, mais vous n'allez pas au travail ni voir des amis."

Pour ce qui est des fêtes de fin d'années, Arnaud Fontanet conseille de s'assurer que les personnes fragiles ont bien reçu leur dose de rappel. Car, insiste-t-il, celle-ci permet de diviser par 10 les risques d'infection et par 20 les risques d'hospitalisation par rapport à des personnes n'ayant eu que deux doses. L'épidémiologiste recommande également de les placer si possible "un peu à l'écart", d'aérer la pièce régulièrement et de porter un masque aussi souvent que possible. 

Sud-Ouest du 2 décembre 2021 

« J’assume les conséquences » : en Dordogne, des personnels soignants ayant refusé de se faire vacciner témoignent

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Infirmières, aide médico-psychologique et travailleuse sociale : des salariées qui ont refusé l’obligation vaccinale racontent leur changement de vie et leur reconversion

Suspendus, mais pas abattus. Après l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale contre le Covid-19, les personnels de santé refusant de s’y soumettre se sont retroussé les manches pour trouver un emploi ou une formation professionnelle leur laissant entrevoir la possibilité d’une reconversion rapide.

À Bergerac, en Dordogne, Agnès, âgée de 55 ans, a démissionné de son poste d’infirmière à la Fondation John-Bost, sitôt l’annonce de l’obligation vaccinale pour les soignants et les personnels du secteur médico-social. « J’ai pris ma décision quand j’ai compris qu’il n’y aurait pas de recul possible du gouvernement sur le sujet, explique celle qui est anti-vaccin depuis longtemps. Ma direction n’a même pas eu le temps de me suspendre. »

Souhaitant retrouver une activité professionnelle au plus vite, Agnès a fait toutes les démarches possibles pour intégrer dès la rentrée scolaire 2021 une formation en CAP petite enfance dans un établissement de Bergerac. « J’ai rapidement compris que le niveau d’exigence ne serait pas le même, mais la perspective d’avoir 14 semaines de stage au programme me stimule beaucoup. » Partie sans indemnités de la Fondation John-Bost, la quinquagénaire finance elle-même sa formation. Un luxe qu’elle ne se serait probablement pas autorisé si elle n’avait pris soin de faire des économies lorsqu’elle occupait encore son poste. « J’assume les conséquences de mes choix et c’est bien normal, indique-t-elle. Reste que pour une majorité de soignants suspendus, la situation est financièrement délicate. »

« Recrutement très rapide »

Avant sa suspension, annonciatrice de sa démission, Nathalie, 38 ans, était travailleuse sociale dans un établissement du Périgord vert spécialisé dans la prise en charge d’adultes handicapés. Depuis, elle a retrouvé du travail dans la protection de l’enfance, un secteur qui n’exige pas le vaccin. « Du moins pas encore », glisse la trentenaire, consciente d’une évolution possible des règles selon celle de l’épidémie.

Attachée à son travail, qu’elle a eu « beaucoup de mal à quitter », Nathalie estime avoir eu finalement « beaucoup de chance » en retrouvant très vite un poste près de chez elle, sans pour autant perdre trop de salaire. « Je perds un peu parce que nous ne sommes pas dans le cadre des accords du Ségur de la santé, mais cela n’est pas très important, relativise la travailleuse sociale, qui redoutait de devoir se contenter d’un emploi alimentaire après sa démission. J’ai pensé à changer totalement de domaine, mais je ne savais pas quoi faire. Ce serait sûrement devenu un travail pour gagner ma croûte, mais cela ne m’enthousiasmait pas vraiment. »

« J’ai la chance d’être en couple et bien soutenue par mon conjoint »

Amélie, qui travaillait à la Protection maternelle et infantile (PMI) comme infirmière puéricultrice dans l’est du département, a quant à elle commencé à se projeter dans une vie de soignante « tournée vers la médecine naturelle, tout en [se] laissant la possibilité de passer son permis poids lourd ». Problème, son statut de soignante suspendue ralentit son projet de reconversion. « Quand on est suspendu, on est encore sous contrat. Il faut demander à son employeur de bien vouloir nous accorder un congé en disponibilité pour pouvoir travailler ailleurs. C’est ce que je suis en train de demander. Si je ne l’obtiens pas, alors je démissionnerai. » Pour le moment, Amélie vit sur ses réserves. « J’ai la chance d’être en couple et bien soutenue par mon conjoint », confie la jeune femme.

Dans le social

À 28 ans, Anna est dans la même expectative. Suspendue par le foyer de vie pour personnes handicapées pour lequel elle travaillait en Périgord vert, elle a, fait bon gré mal gré, une croix sur son métier d’aide médico-psychologique (AMP). « Je ne me fais pas d’idée quant à un éventuel allégement de l’obligation vaccinale au foyer de vie. Du coup, je suis en train de regarder les formations qui me permettraient de me reconvertir dans le secteur du social », confie Anna. Consciente des conséquences immédiates que provoquerait une éventuelle démission de sa part, elle a préféré pour l’heure solliciter un congé de mise en disponibilité auprès de son employeur. « Je suis en train de faire les démarches pour que cela aboutisse avant la fin de l’année. D’ici là, ma mère m’a proposé de m’aider financièrement pendant quelques mois, le temps que je puisse me retourner. Je n’en abuserai pas. »