Sud-Ouest du 3 décembre 2021 

Dans les coulisses des « nouvelles » pharmacies 

Des « marques » de pharmacie regroupent un nombre croissant d’officines. Ce modèle, qui séduit la clientèle et les professionnels, se développe dans le département

2021 12 03 pharmaciePascal Loos, cofondateur du groupe Rocade, dans la pharmacie de Villenave-d’Ornon où tout a commencé en 1999. STÉPHANE LARTIGUE / « SUD OUEST » 

Les pharmacies girondines d’antan ont subi un sérieux lifting en quelques années. Adieu l’officine de centre-ville, ses jarres d’apothicaire aux inscriptions latines et le nom de la dynastie familiale sur la devanture. Ce sont des noms de groupes qui, de plus en plus, s’étalent sur des vitrines flashy. Et de grands espaces de vente, garnis de bacs vantant les promos du moment, qui voient le jour en banlieue bordelaise et sur le bassin d’Arcachon, dans le sillage de la dynamique démographique du département. 

Comment sont nées ces pharmacies nouvelle formule ? « Si elles étaient restées telles qu’elles étaient il y a trente ans, elles seraient mortes », estime Pascal Loos, cofondateur du groupe Rocade, l’un des principaux acteurs locaux de cette mutation. 

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Même nom, mêmes prix 

Pour son partenaire Jean-Marc Lespinasse et lui, l’aventure commence en 1999 avec le rachat d’une pharmacie en dépôt de bilan. « À l’époque, il y avait trop de pharmacies en centre-ville. En revanche, poursuit Pascal Loos, on en manquait en banlieue, notamment à Villenave, où la population augmentait. » 

Les deux associés ont donc racheté une officine qui périclitait dans le centre bordelais pour la transférer au bord de la rocade – d’où le nom du groupe. Ils ont récidivé à Biganos, Gujan-Mestras, Bruges, Saint-Médard-en-Jalles et Audenge. « En dix ans, nous avons placé des titulaires, possédant un pourcentage des parts, dans des pharmacies ayant le même nom, les mêmes services et les mêmes prix, négociés en gros. » 

On ne crée pas une chaîne de pharmacie comme une chaîne de boulangerie ou de bricolage. La profession est réglementée, pas question de franchise. Derrière chaque officine, doit se tenir un pharmacien titulaire et propriétaire majoritaire. Et il est censé être le maître à bord. «Avant, les pharmaciens étaient des fils de famille, expose Pascal Loos. On nous a décrits comme de méchants capitalistes, mais nous avons ouvert la profession à des gens qui n’auraient pas pu devenir titulaires. » À partir de 2015, l’expansion de Rocade change de modèle. « Des gens ont demandé à nous rejoindre par affiliation. Comme une franchise, mais sans liens capitalistiques. » 

« Réseau d’indépendants » 

Aujourd’hui, une quarantaine d’officines roulent avec Rocade et appliquent sa recette. « Quand j’ai commencé, les pharmaciens faisaient plus de 30 % de marge avec le médicament. Mais elle n’a cessé de baisser. Il fallait nous diversifier vers le paramédical, l’orthopédie, le maintien à domicile… » Là où une pharmacie classique fait 80 % de médical et 20 % de paramédical, chez Rocade, la proportion est de 60 %-40 %. En France, le principal acteur dans ce jeu de regroupement est sans doute Lafayette Santé. Née à Toulouse en 1995, l’enseigne s’est développée en appliquant les méthodes de la distribution et du discount au secteur de la pharmacie. Plus précisément, à son volet parapharmacie et produits non remboursés – les prix des médicaments sont pour leur part réglementés. 

La formule vitaminée lui a valu une croissance express : racheté en 2016 par un fonds d’investissement de Rothschild, Lafayette rassemble aujourd’hui 250 pharmacies partout en France. Les pharmaciens rejoignent le groupe via un contrat d’adhésion et d’assistance… « Nous sommes le premier réseau de pharmaciens indépendants », revendique Pascal Fontaine, le directeur commercial. « En nous organisant autour d’une marque, nous assurons à nos adhérents une reconnaissance, des prix bas négociés avec les laboratoires… Et, pour le client, c’est l’assurance de trouver partout les mêmes promotions, le même environnement commercial et de pouvoir utiliser sa carte de fidélité sur tout le territoire. » Selon Lafayette, le chiffre d’affaires annuel moyen de ses officines monte à 5,5 millions d’euros contre une moyenne nationale à 1,7 million. 

Un tiers de médicaments 

Mais ces nouvelles pharmacies ne vendent-elles pas surtout de la parapharmacie ? « Je ne communiquerai pas en détail sur le panier moyen, prévient Pascal Fontaine. Notre chiffre d’affaires est ventilé en trois gros tiers : un tiers de médicaments, un tiers de compléments alimentaires et médicaments non remboursés, et un tiers de parapharmacie. » Beaucoup moins de médicaments, en proportion, qu’un pharmacien « classique »… « Mais, en volume, c’est autant sinon plus, rétablit Pascal Fontaine, et nous restons avant tout des pharmacies de proximité qui mettent en avant la notion de service et l’accompagnement du patient. » 

En Gironde, Lafayette regroupe sept pharmacies. « Les plus récentes à nous avoir rejoints sont Biganos en 2021, Saint-Loubès en 2020, Cenon en 2018… » Le navire amiral se situera très bientôt rue Sainte-Catherine. Et ce n’est pas fini, annonce Pascal Fontaine : « Nous avons d’autres projets en centre-ville, en périphérie et sur le bassin d’Arcachon. » 

2021 12 03 SO Et l'indépendance dans tout ça