Sud-Ouest du 27 novembre 2021

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Sud-Ouest du 26 novembre 2021 

« Ne pas laisser le littoral livré à lui-même » 

Le Girondin Henri Sabarot succède au Landais Renaud Lagrave à la tête du GIP Littoral. Parmi les chantiers prioritaires, l’érosion qui va s’aggraver

2021 11 26 érosionSur la dune de Carcans-Plage, dans le Médoc, en janvier 2020. ARCHIVES LAURENT THEILLET/« SUD OUEST » 

Conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, le Médocain Henri Sabarot est le nouveau président du Groupement d’intérêt public (GIP) Littoral. Cette structure regroupe les quatre départements côtiers (Charente-Maritime, Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques), les communautés de communes et communautés d’agglomération concernées, l’État et le Conseil régional (dont le représentant préside le conseil d’administration). Henri Sabarot est un habitué de la vie publique. Il préside la Fédération des chasseurs de la Gironde et le Parc naturel régional Médoc. Il a été maire de Carcans (Gironde) pendant plus de vingt ans. 

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Que vous inspire l’érosion du trait de côte ? 

J’ai été élu conseiller municipal en 1983, puis maire. À l’époque, les débats ne portaient pas sur les conséquences du réchauffement climatique. On pouvait avoir une idée des problèmes qui nous attendaient en observant la ligne des blockhaus. Quand j’avais une dizaine d’années, ils se situaient déjà au pied de la dune. Le phénomène d’érosion n’est donc pas nouveau. On ne sait pas à quel point le niveau de l’océan va monter mais on est bien conscient que ça ne va pas s’arranger. Les prévisions peuvent aussi être bousculées par des événements particuliers. Les tempêtes de l’hiver 2013-2014, accompagnées de forts coefficients de marée et de grosses houles d’ouest, ont entraîné, par endroits, un recul qui n’était pas attendu avant 2050. 

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Comment conjuguer développement du tourisme et préservation d’une côte fragile ? 

L’ensemble du littoral néo-aquitain n’est pas logé à la même enseigne. Il faudra défendre les « points durs » des zones urbanisées, comme Lacanau (Gironde) ou Mimizan (Landes). Lacanau a eu le courage de poser le problème de son repli futur. La Ville commence à réaménager son front de mer en tenant compte de l’érosion à venir. L’économie, l’occupation des sols… Tout est compliqué dans cette affaire. La loi « climat et résilience », qui a été votée l’été dernier, laisse entière la question des financements. Dans ce contexte, il faudra déterminer la bonne manière de maintenir et de développer un tourisme qui s’appuie sur les milieux naturels. 

Au-delà, se pose la question de l’accueil des nouveaux habitants. Comment procéder sur des espaces contraints et sensibles ? La population des intercommunalités membres du GIP, c’est environ un million d’habitants. Si les projections démographiques ne varient pas, on aura 300 000 habitants supplémentaires en 2040. La gestion de l’attractivité du littoral est le gros sujet devant nous. 

Comment comptez-vous procéder ? 

Il faut commencer par l’entretien et la réhabilitation de l’existant, qui est un poumon économique pour la région. En 2021, on a redémarré une opération « aménagement durable des stations » à Montalivet, dans le Médoc. Lège-Cap Ferret (Gironde), Biscarrosse-Plage (Landes), Les Mathes-La Palmyre et Saint-Palais-sur-Mer (Charente-Maritime) en bénéficient aussi. Dans chacun de ces cas, la commune se pose les questions suivantes : quelle part de résidentiel et de tourisme ? Quel tourisme pour demain ? Quelles mobilités ? À Lacanau par exemple, quel accès à l’océan quand la plage centrale aura disparu et qu’il faudra passer par le nord ou le sud de la station ? 

À ce jour, rien n’indique que l’État débloquera des crédits pour combattre l’érosion. Comment avancer ? 

Avant d’obtenir des financements, il faut tomber d’accord sur les politiques à mener localement. Le Giec – le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – a livré la première partie de son nouveau rapport en août dernier. À la lumière de ces nouvelles données, peut-être faut-il vérifier que nos hypothèses sont bien les bonnes. Mais il est clair qu’on ne peut pas laisser les communes littorales livrées à elles-mêmes. 

L’économie du littoral enrichit la France entière. La Charente-Maritime est le premier département touristique du pays. L’État doit en tenir compte. 

À l’échelle régionale, quelles mobilités entre les grands centres urbains – La Rochelle, Bordeaux – et les communes littorales ? 

Lacanau est toujours la plage de Bordeaux. Il va déjà falloir intégrer que faire des aménagements lourds pour des parkings en front de mer appartient à une époque révolue. Dans dix ou quinze ans, l’océan sera peut-être à la place des parkings. Pourtant, il faudra continuer à absorber les flux journaliers des gens désireux d’aller à la plage. On ne résoudra jamais les problèmes de congestion lors du pic du 15 août mais on peut nettement améliorer la gestion des déplacements sur des périodes moins chargées.