Sud-Ouest du 24 novembre 2021

2021 11 24 SO Cinquième vague comment faire face

Sud-Ouest du 24 novembre 2021 

Comment contenir la cinquième vague épidémique jusqu’à 2022 

À l’heure de la cinquième vague épidémique de Covid-19, l’élargissement de la troisième dose dès 40 ans, voire à toute la population, questionne. Décodages

2021 11 24 commentParmi les mesures à adopter pour contrôler la cinquième vague de Covid, le port du masque « même dehors en cas de forte densité ». ARCHIVES DAVID THIERRY / “SUD OUEST”

Un variant Delta « vicieux » s’est invité dans une pandémie de Covid en phase de guérison et rend la fin de l’histoire beaucoup plus compliquée. Le professeur Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux et membre du Conseil scientifique commente : « Ce variant est bien plus transmissible, il s’immisce chez les vaccinés, lesquels, se croyant immunisés, lâchent les gestes barrières, tombent le masque. On voit désormais des clusters de vaccinés. La bonne nouvelle, c’est que ce variant n’est pas plus pathogène et qu’il semble stabilisé. Il n’a pas de remplaçant. » 

Le Conseil scientifique a rendu public son dernier avis lundi soir. Bien entendu, la dose de rappel du vaccin anti-Covid est dans les tuyaux. Pour les plus âgés, le coup de semonce d’Emmanuel Macron et la menace du passe sanitaire ont suffi à booster la campagne. Sont invités désormais les 50 ans et plus. Puis viendront les quadras en janvier, etc. 

Si l’élargissement de la troisième dose à tout le grand public nous pend au nez, des scientifiques s’interrogent sur la nécessité d’imposer cette dose de rappel. Parmi eux, le professeur Bernard Bégaud, pharmacologue : « Quelles sont donc ces études qui démontrent que l’efficacité des vaccins baisse rapidement avec le temps ? interroge-t-il. J’avais plutôt l’impression contraire, sur la base de l’étude Epi-Phare, qui montre une efficacité vaccinale six mois après la piqûre. » 

Moins transmetteurs ? 

De fait, dans les hôpitaux, débarquent des patients Covid entre 40 et 50 ans, doublement vaccinés. En moyenne 10 % des entrées, les autres étant des non-vaccinés. Ce phénomène est « attendu » selon le professeur Bégaud. « Dans toutes les campagnes de vaccination, quel que soit le vaccin, on dénombre 5 % d’échecs vaccinaux, cela explique l’augmentation presque mécanique avec le temps, du nombre d’hospitalisations chez les bivaccinés. » 

Pour lui, le fait que des vaccinés soient infectés n’est pas « un bon argument » pour enclencher une campagne massive de troisième dose. « Il vaudrait mieux dire la vérité, assène-t-il. Et notamment que la troisième dose diminue, sans doute, la probabilité d’être porteur-transmetteur. Le vrai progrès, énorme, serait là, mais personne n’en parle. » 

Dans la Nouvelle-Aquitaine, si le taux d’incidence est en augmentation, comme partout en France, le directeur général de l’Agence régionale de santé, Benoît Elleboode prend les choses avec pragmatisme : « Il va nous arriver ici ce qui arrive ailleurs. Il faut lever le frein sur la troisième dose pour le plus grand nombre, ce qui aidera à canaliser cette cinquième vague épidémique. Mon inquiétude concerne la fin du mois de décembre, je crains une saturation hospitalière avec l’épidémie de grippe et de bronchiolite qui pourraient aggraver la situation dans un système de santé fragilisé. » 

Plus rude que la quatrième

Au CHU de Bordeaux, tout comme dans le reste de la région, le nombre d’entrées Covid à l’hôpital est stable. Le calme avant la tempête ? Pas forcément, mais le risque n’est pas à prendre. Et le professeur Denis Malvy, au sein de l’équipe qu’il dirige, observe la courbe épidémique en temps réel. Il plaide pour la troisième dose élargie et surtout pour le retour des gestes barrières, fissa. « Nous avons une étude israélienne qui montre que certaines personnes vaccinées n’ont plus du tout d’anticorps à six mois de la piqûre ! Peut-on prendre le risque ? Oui, nous soignons des personnes doublement vaccinées, jeunes et sans comorbidités en réanimation. Un sur dix environ. La maladie ne touche pas que des gens âgés. La cinquième vague va être plus dure que la quatrième, parce qu’on est parti de plus haut. Pour la quatrième, c’était l’été, on avait encore le bénéfice des anticorps vaccinaux. Aujourd’hui, l’effet climat, froid et humide, est bon pour l’écologie du virus et l’immunité vaccinale a baissé. Sans parler du relâchement des gestes barrières. » 

Et là, il voit tout rouge le professeur. Car, il est tout à fait certain que la troisième dose, même élargie, ne suffira pas à mettre un point final à l’épidémie de Covid. « On a les moyens de se battre pour envisager la sortie du tunnel, jusqu’à ce que le vaccin devienne saisonnier, l’an prochain sans doute. Comment ? Un rappel de vaccin à six mois, le masque même dehors quand il y a une grande densité humaine, des jauges en intérieur, une aération régulière… » Dans ces conditions, pas de quatrième dose en vue d’après lui, la sixième vague du printemps 2022 sera évitée et le Covid deviendra une maladie saisonnière, avec la grippe, la bronchiolite, les gastros, les rhinos.

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Sud-Ouest du 23 novembre 2021 

Covid-19 : en Europe, l’OMS redoute 700 000 morts supplémentaires d’ici le printemps

2021 11 23 700 000 morts

L’Organisation mondiale de la santé s’est inquiétée de l'« emprise » de l’épidémie de Covid-19 en Europe, qui pourrait déboucher sur 700 000 morts supplémentaires sur le continent

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est inquiétée ce mardi 23 novembre de l'« emprise » de l’épidémie de Covid-19 en Europe, qui pourrait déboucher sur 700 000 morts supplémentaires sur le continent, portant le nombre total de décès à 2,2 millions d’ici le printemps.

« On peut s’attendre à ce que les lits d’hôpitaux soient soumis à une pression élevée ou extrême dans 25 pays et à une pression élevée ou extrême dans les unités de soins intensifs dans 49 des 53 pays d’ici au 1er mars. Les décès seraient plus de 2,2 millions d’ici le printemps prochain, sur la base des tendances actuelles », a expliqué l’organisation. Actuellement, plus de 1,5 million de personnes sont mortes du Covid dans la région.

Pour l’OMS, l’augmentation des cas s’explique par la combinaison de la prévalence du variant Delta hautement contagieux, d’une couverture vaccinale insuffisante et de l’assouplissement des mesures anti-Covid. Selon ses données, les décès liés au Covid ont plus que doublé depuis fin septembre, passant de 2 100 par jour à près de 4 200.

D’après l’OMS, le port du masque réduit de 53 % l’incidence de la maladie. Une généralisation de son usage jusqu’à 95 % pourrait permettre d’éviter plus de 160 000 décès d’ici le 1er mars.