Sud-Ouest du 22 novembre 2021 

Le don de sang rare, un devoir essentiel 

Les réserves de l’Établissement français du sang sont toujours à flux tendu à l’issue des vacances scolaires. L’EFS veut sensibiliser les donneurs à la problématique des sangs rares

2021 11 22 don du sangLa Maison du don se trouve sur le site Pellegrin à Bordeaux, Établissement français du sang Nouvelle-Aquitaine. THIERRY DAVID / “SUD OUEST 

Rohini a 29 ans et un petit garçon de 8 mois, elle a découvert que son sang avait un nom, Bombay, appellation de son phénotype. « J’ai découvert que j’avais un sang rare il y a un an, lors d’une interruption médicale de grossesse, en raison d’une anomalie fœtale. Le gynécologue a voulu pratiquer une intervention chirurgicale, donc on m’a prélevé du sang et aussitôt j’ai été contactée par l’Établissement français du sang. Il n’existait aucun sang comme le mien dans les réserves et si j’avais besoin d’une transfusion, je risquais gros. » 

2021 11 22 don du sang2

Rohini est née à Bangalore en Inde, elle a été adoptée par une famille bordelaise et ne sait rien de ses géniteurs. « Avec mon compagnon, nous voulions vraiment un bébé, nous avons dû décaler notre projet, il fallait absolument auparavant que je me fasse prélever mon propre sang pour qu’il soit conservé pour moi, en cas de besoin. Ce que j’ai fait : trois poches qui ont été stockées à la banque du sang. Imaginez, il n’y a pas de donneur compatible avec moi ! Bref, lorsque j’ai donné naissance à mon fils, le jour de l’accouchement au CHU de Bordeaux, mes poches de mon sang avaient été acheminées à la maternité, au cas où. » 

Elle n’en a pas eu besoin, et passé une pointe d’inquiétude à l’annonce de son sang hyperrare, Rohini s’est faite à l’idée. Celle que son sang si rare s’appelle Bombay : « Finalement, c’est ce qui me reste d’eux, de mes ancêtres, la seule chose qui me relie à mes origines, à ceux qui m’ont donné la vie, je trouve ça émouvant ». 

« Grisant et motivant » 

Les groupes sanguins A, B, O et les Rhésus + et - sont les plus connus du grand public, mais nombreux sont ceux qui ignorent la diversité des groupes sanguins, des groupes qui peuvent varier en fonction de nos gênes. Ils sont, comme pour Rohini, le fruit de l’histoire, de l’origine, et des ancestralités de chacun. 

Aujourd’hui en France, 250 groupes sanguins rares sont répertoriés et on estime à 700 000 les personnes porteuses d’un sang rare. On sait désormais que des gens originaires ou ayant des ancêtres originaires du continent africain, de l’océan Indien et des Caraïbes ont plus de chances de présenter un groupe sanguin particulièrement recherché pour la transfusion dans notre pays. 

Voilà Nicolas, 39 ans père de deux enfants, installé à Bordeaux. Français d’origine antillaise par ses parents, il a découvert son phénotype particulier à l’occasion d’un don, il y a quelques années. « Je suis un donneur précieux, sourit-il, et je vais faire un don tous les trois mois, il faut juste que j’arrive à dégager un peu de temps. Cela fait partie intégrante de ma vie. Un vendredi soir, j’ai été appelé par l’EFS pour une urgence. Un malade avait besoin d’une transfusion et il n’y avait plus de poche de sang rare. Je me suis présenté à la première heure le lendemain. Tout le staff médical était autour de moi, j’ai été prélevé, le sang a été traité tout de suite. J’ai conscience d’avoir sauvé une vie, ce qui est à la fois grisant et motivant. » 

Les besoins supérieurs 

Directeur de l’Établissement français du sang de Nouvelle-Aquitaine, le docteur Michel Jeanne explique les raisons de cette sensibilisation autour du sang rare. « Les personnes concernées ont des origines africaines, des Caraïbes, de l’océan Indien, dit-il. La définition d’un sang rare tient à une fréquence inférieure à 4/1 000 personnes dans la population générale. Pour nous, c’est un enjeu majeur de santé publique, parce qu’il existe en France plus de 20 000 personnes qui en ont potentiellement besoin, et sont en attente. La plupart de ces personnes sont porteuses de drépanocytose, une maladie constitutionnelle et génétique des globules rouges. Ils ont besoin de façon régulière de produits sanguins tout au long de leur vie. » 

Suite à cette campagne de communication, l’EFS espère que la diversité des donneurs reflète celle des patients. Qu’ils se répondent. « Pour transfuser efficacement un patient, il faut que les produits sanguins possèdent la caractéristique la plus proche possible. »