Sud-Ouest du 15 novembre 2021

2021 11 15 SO Les multiples défis de l'après-COP

2021 11 15 SO Les multiples défis de l'après-COP2

Sud-Ouest du 14 novembre 2021

2021 11 14 SO Climat Pourtant des solutions existent

Sud-Ouest du 14 novembre 2021 

COP26 : ces quatre mesures incontournables cachées sous le tapis 

La 26e conférence des Nations Unies sur le climat s’achève ce week-end en Écosse, sans que rien ne freine la course folle vers le mur. Pourtant, les solutions existent. En voici quatre

2021 11 14 COP26Txai Surui, une jeune indigène du peuple amazonien Paiter Surui, est venue à Glasgow faire entendre la détresse de ceux qui subissent les effets du dérèglement climatique et de l’exploitation outrancière de la nature. PAUL ELLIS/AFP 

 

Faisons un rêve. Soudainement touchés par la grâce et par le sentiment de l’intérêt commun, les grands de ce monde aiguillent la communauté internationale sur la voie d’une réduction drastique de ses émissions de gaz à effet de serre, le seul viatique pour éviter un réchauffement catastrophique de l’ordre de 2,7 °C par rapport à l’ère préindustrielle – le « score » prévu si les États respectent à la lettre leurs maigres engagements. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), il faudrait affaler les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 pour conserver une chance de ne pas dépasser 1,5 °C, de 30 % pour 2 °C. 

1 Aider les pays pauvres à s’adapter 

L’effort mis en œuvre sur la base du consensus scientifique posé par les rapports successifs du Giec (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dessinerait les contours d’un monde en profonde mutation. Un monde très éloigné de la fable suivante, vendue par l’écrasante majorité des chefs d’État et de gouvernement : on jugulera le réchauffement climatique sans altérer notre niveau de confort et sans rien abdiquer de nos modes de vie. En réalité, les remèdes seraient pénibles à encaisser. C’est souvent le cas dans le traitement des maladies très graves. 

Commençons par le plus aisé. Les pays développés devraient honorer la promesse inscrite noir sur blanc dans l’accord de Paris, adopté en décembre 2015, à savoir financer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique dans les pays pauvres par un transfert de 100 milliards de dollars par an (87 milliards d’euros). Il leur faudrait, en plus, compenser par de l’argent, sonnant et trébuchant les dommages irrémédiables subis par ceux qui n’ont aucun rôle historique dans le réchauffement, comme les petits États insulaires menacés par la montée des eaux. 

2 Organiser la sortie des énergies fossiles 

Lors de la COP26, une timide alliance s’est mise en place sur le sujet. Dénommée Boga – « Beyond oil and gas », en anglais – elle regroupe une douzaine de pays, mais pas les producteurs. Ceux-ci ont toujours fait barrage, l’Arabie saoudite en tête. 

Une étude publiée en septembre dans la revue « Nature » recoupe les travaux antérieurs de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui prône la fin de la recherche de nouvelles ressources pétrolières, gazières et charbonnières. Le document indique que, pour ne pas dépasser un réchauffement d’1,5° C, il faudrait laisser sous nos pieds 90 % des réserves connues de charbon. Et 60 % du pétrole et du gaz, ce qui entraînerait un déclin de leur production de 3 % par an. 

Dans un monde non pas idéal, mais rationnel, la charge des restrictions serait solidairement répartie. Elle s’accompagnerait de sanctions internationales contre les récalcitrants, comme l’Australie du Premier ministre Scott Morrison qui entend vendre du charbon « pendant des décennies ». La révolution s’accompagnerait d’une sobriété visant à réserver les énergies fossiles aux besoins essentiels partout dans le monde. Le tourisme international et le transport aérien affronteraient leur révolution copernicienne. 

3 Sauver les forêts quoi qu’il en coûte 

En plus de réguler le climat, les forêts sont des « puits de carbone » qui séquestrent le CO2 de l’atmosphère. Le bon état des forêts primaires en Amazonie (Amérique du Sud), dans le bassin du Congo (Afrique) ou à Bornéo (Asie du Sud-Est) est crucial pour la pérennité de cette fonction. Mis en ligne grâce à la société Kayross et aux chercheurs français de l’Inrae et du LSCE, le Biomass Carbon Monitor permet de voir que, depuis dix ans, les zones boisées compensent 8 % des émissions de CO2 causées par l’usage des énergies fossiles et la production de ciment. 

L’arrêt des coupes anarchiques et des incendies volontaires dans la bande intertropicale implique des transferts financiers massifs du Nord au Sud, afin de compenser les pertes de revenus des États concernés. Il requiert un contrôle et des sanctions dissuasives contre ceux qui ne respecteraient pas leurs obligations. 

Dans les pays développés, il y aurait aussi du changement : la fin des importations d’huile de palme, l’encadrement très strict du commerce des bois exotiques, la réduction de la place de la viande dans l’assiette et/ou le retour à la souveraineté agricole de l’Union européenne (UE) pour pourvoir aux besoins alimentaires de son cheptel. L’an passé, une étude a révélé qu’environ 20 % des exportations brésiliennes de soja et de viande bovine vers l’UE proviennent de terres déboisées illégalement. 

Au début de la COP26, une centaine d’États se sont fendus d’une déclaration commune sur la fin de la déforestation et de la dégradation des terres en 2030. Ils représentent 85 % du couvert forestier planétaire. Problème, semblable promesse avait été formulée en 2014, en pure perte. On est très loin du compte. 

4 Taxer efficacement les émissions de carbone 

Torpillée par le mouvement des gilets jaunes à l’automne 2018, la taxe carbone franco-française illustre le problème global : Le pétrole est une drogue dure, d’autant plus dure quand les distances domicile/travail sont longues et que la voiture est l’unique recours. La hausse actuelle des tarifs de l’énergie en Europe renvoie à un constat similaire. 

Pour changer de logiciel, un mécanisme mondial de la tarification du carbone serait mis en place. Il redistribuerait une partie de l’argent des pays riches vers les pays pauvres et, à l’intérieur même des pays développés, des classes favorisées vers les plus fragiles. C’est, en substance, ce que défend sans relâche l’économiste Christian de Perthuis, l’une des autorités en la matière. Les sommes engrangées permettraient d’investir massivement dans des moyens de production d’énergie décarbonée (solaire, éolien, géothermie, nucléaire, etc.). Et d’accélérer la transition vers la voiture électrique tout en réduisant les mobilités et en les transférant vers les transports en commun. 

Pour éviter la concurrence déloyale, une taxation du carbone aux frontières serait appliquée aux marchandises des États qui ne jouent pas le jeu. Du type de celle que l’UE promet encore et encore. Pour plus tard.