La Tribune du 9 novembre 2021 

La déforestation nette mondiale est à la baisse !

OPINION. La présentation de l'accord trouvé à la COP26 sur la déforestation est trop alarmiste. Même si la situation est préoccupante au Brésil et en Afrique, d'autres pays, notamment asiatiques, ont développé avec succès ces dernières années des programmes pour freiner la tendance. Par Fanny Butler-Roussel, ingénieur agronome spécialisée dans le développement durable des plantations agro-industrielles tropicales.

2021 11 09 la tribune

Nous sommes en pleine effervescence de la COP26, les grandes puissances se retrouvent dans l'espoir que des actions décisives soient prises au niveau international pour enrayer le réchauffement climatique. Un article publié par le journal Le Monde le 2 octobre stipule qu'un accord vient d'être signé entre une centaine de grandes puissances abritant 85% de la forêt mondiale, avec pour ambition d'enrayer la déforestation d'ici 2030. L'article reprend les paroles du Premier ministre britannique qui relate le "rythme alarmant" du recul de la forêt de 27 terrains de football par minute, soit 15 millions d'hectares par an. Si la phrase a le mérite d'avoir de l'impact, il semblerait que la rigueur scientifique ne soit pas toujours au rendez-vous sur les données partagées sur la scène médiatique. Faisons le point.

Les chiffres de la déforestation nette, c'est-à-dire la différence entre la perte de forêt et le gain de forêt, montrent des tendances moins alarmantes que ce qui est relaté dans les médias. Entre 1990 et 2020, nous observons une perte nette de 178 millions d'hectares ce qui représente environ la taille de la Libye. Cette perte nette a sensiblement diminué en passant de 7,8 millions d'hectares par an dans les années 1990 à 4,7 millions par an en moyenne pendant la période 2010-2020, soit l'équivalent de 8,3 terrains de foot par minute, et donc 3 fois moins qu'annoncé.  Bien que nous soyons encore loin du but de zéro déforestation, la tendance de déforestation nette mondiale est bien à la baisse.

2021 11 09 La tribune2

L'Asie se reverdit, l'Amérique du Sud et l'Afrique continuent la déforestation

Les principaux fronts de déforestation ne sont pas forcément là où on les attend et ont sensiblement changé ces dernières années. A une échelle globale, l'Afrique présente le taux annuel de perte forestière nette le plus élevé en 2010-2020 avec 3,9 millions d'hectares, suivie de l'Amérique du Sud avec 2,6 millions d'hectares. L'Asie a en revanche la plus grande croissance de superficie nette en 2010-2020, notamment du fait de la contribution d'ambitieux programmes de reforestation en Chine.

2021 11 09 la tribune3

La perte de couvert forestier n'est pas de la déforestation

Ces résultats semblent aller à l'encontre de ce que nous lisons dans les médias actuellement qui dressent un portrait bien plus dramatique. Cette différence s'explique par l'origine des données utilisées. Par exemple, dans l'article du journal Le Monde on peut lire que la déforestation dans le monde a accéléré ces dernières années d'après l'ONG Global Forest Watch. Cette conclusion se base sur des données de pertes de couvertures forestières, ce qui d'une part ne prend pas en compte le gain de forêt et ne représente pas non plus la déforestation. Comme l'explique le World Resources Institute, la perte de couvert forestier inclut tous types de couvert forestiers dont les plantations industrielles (hévéa, bois de commerce, palmier à huile, plantations fruitières...) et va donc détecter une perte de couverture forestière à chaque replantation de ces cultures. Déforestation et perte de couvert forestier sont deux notions différentes.

L'Indonésie et la Malaisie, les exemples à suivre

Lorsque l'on évoque la déforestation, le Brésil, l'Indonésie et la Malaisie sont les pays qui viennent directement à l'esprit car ils sont associés à la déforestation intensive. Le Brésil reste tristement en tête du top 10 des pays avec le plus de perte de forêt primaire (1,7 million d'hectares en 2020). Cela représente 40,5% de la perte mondiale - ce qui est énorme - et une augmentation de 25% par rapport à la perte de 2019 du Brésil. L'évolution dramatique de ce pays est liée à une politique d'expansion agricole agressive qui a pour conséquence la conversion des forêts primaires pour l'agriculture et l'élevage extensif. Les coupes à blanc ainsi que l'utilisation du feu se sont multipliés pour faciliter ces développements agricoles. De nombreux feux sont devenus incontrôlables à cause de la sècheresse et ont dévasté d'importantes portions de l'Amazone.

La République démocratique du Congo (RDC) et la Bolivie complètent le podium des pays contributeurs à la perte de forêt primaire avec respectivement 0,5 million et 0,3 million d'hectares en 2020. Les causes de cette déforestation sont associées au développement dramatique de l'exploitation extensive bovine, et de nombreux feux de forêts incontrôlés qui ont ravagé des milliers d'hectares.

L'Indonésie et la Malaisie, qui ont été pendant des années montrées du doigt et associées au développement de cultures industrielles de palmiers à huile au détriment des forêts, sont aujourd'hui citées en exemple de pays qui réduisent efficacement la déforestation. Pour la quatrième année consécutive, ces deux pays ont réduit la perte de forêt primaire. Cette réduction est le résultat d'une série de décisions politiques permettant une meilleure gestion des grands feux qui avaient largement touché l'Indonésie en 2015, et la protection et restauration de zones de tourbières qui sont primordiales pour la séquestration de carbone.

Pas de solution miracle, mais un cadre légal nécessaire

Contrairement au message général qui a clairement tendance à être alarmiste, on se rend compte avec les données de déforestation nette que la tendance mondiale s'améliore. Les pays asiatiques en tête montrent qu'il est possible de réduire la destruction des forêts, voire de l'inverser. Il n'existe pas de solution toute faite qui peut marcher pour tous les pays car les raisons de la perte de surface forestière sont propres à chaque pays et chaque contexte. Cependant, une chose est sûre, une politique comme celle menée par le Brésil ne peut mener qu'à une perte dramatique de la forêt primaire et devra radicalement changer pour relever les défis de la déforestation.

____________

[5] Forest Pulse 2020 WRI - The Latest Analysis on Global Forests & Tree Cover Loss | Global Forest Review (wri.org)

[6] Forest Pulse 2020 WRI - The Latest Analysis on Global Forests & Tree Cover Loss | Global Forest Review (wri.org)