Franceinfo du 4 novembre 2021 

Les grands incendies de forêts à l'origine de la prolifération d'algues à des milliers de kilomètres de distance

Le gigantesque incendie qui a dévasté l'Australie en 2020 a provoqué une prolifération de phytoplancton et une tache d'algues de 9 millions de km2.

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Avec le réchauffement climatique, les grands incendies de forêt, comme ceux qui ont dévasté l’Australie en 2020 devraient se produire de plus en plus fréquemment. Or ces incendies peuvent avoir un impact inattendu. Ils peuvent faire pousser des algues des milliers de kilomètres plus loin.

Des taches vertes sur l'océan, des taches qui mises bout à bout ont une surface équivalente à celle du Sahara (plus de 9 millions de km2), voilà ce qui est apparu sur des images satellites entre l’Australie et les côtes sud-américaines, en début d'année dernière. Ces traces vertes correspondaient en fait, à une prolifération étonnante de phytoplancton, des microalgues. Pour la première fois, une étude parue dans la revue Nature a pu établir que cette apparition d’algues était en lien direct avec les feux de forêts australiens survenus à plusieurs milliers de kilomètres de là.

Ces microalgues ont pu proliférer de façon exceptionnelle, en se nourrissant des cendres de l’incendie. En clair, les panaches de fumée, riches en particules de fer produites par la combustion des arbres, ont fertilisé l'océan et en retombant, dans une zone habituellement pauvre en fer, ont permis ce développement exceptionnel de micro algues.

Des algues qui absorbent le carbone rejeté

L’histoire ne s'arrête pas là. L’autre constat, c’est que ces microalgues, en se développant grâce à la photosynthèse, ont absorbé une partie le carbone rejeté par ces incendies, explique, Morgane Perron coauteure de l'étude. 700 millions de tonnes de CO2 supplémentaires ont été rejetées dans l'atmosphère, rappelle cette chercheuse de L'institut d'études marines et antarctiques (IMAS), de l'Université de Tasmanie en Australie. Ces algues en ont absorbé une majeure partie avant de disparaître au bout de quatre mois, quand les cendres des fumées ont cessé de les nourrir.

Ce phénomène ne se produit néanmoins pas systématiquement. On savait déjà que l'océan était un puits de carbone, il absorbe un tiers du CO2 dues aux activités humaines mais là, il y a eu des circonstances exceptionnelles pour que ces algues apparaissent : vent, températures, saison. Le revers de la médaille c’est que ces panaches de fumées transportaient aussi des métaux lourds, plomb, zinc, mercure, qui sont aussi retombés dans l’eau. 

Ouest-France du 3 novembre 2021 

Les feux de forêt ont provoqué une prolifération sans précédent d’algues marines

Une étude publiée dans la revue Nature établit pour la première fois un lien entre feux de forêt et efflorescences de microalgues à des milliers de kilomètres. Une contrepartie aux émissions de carbone générées par les incendies ?

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La côte est de l’Australie durant les catastrophiques feux de forêt de décembre 2019. | COPERNICUS SENTINEL-2 MISSION

Les gigantesques feux de forêt qui ont ravagé l’Australie à la fin 2019 ont eu des répercussions jusqu’à l’autre bout de l’océan Austral, à des milliers de kilomètres plus à l’est. C’est la conclusion d’une étude inédite dirigée par l’université américaine Duke et publiée le 15 septembre dans la revue Nature.

Au large des côtes sud-américaines, les scientifiques ont constaté une prolifération sans précédent d’algues marines alimentées par les cendres des incendies. Ou plus exactement par des aérosols, ces minuscules particules de fer produites lorsque les arbres et les broussailles brûlent. Assez légers pour être transportées par la fumée pendant plusieurs jours, ils ont fini leur course dans l’océan Austral, où ils ont fertilisé l’eau grâce aux nutriments qu’ils transportent, générant ainsi d’immenses étendues d’algues.

Des « anomalies » mises en évidence

Ces incendies, par leur ampleur, ont permis d’étudier l’impact du changement climatique sur l’écosystème marin, ​explique Nicolas Cassar, chercheur associé au Laboratoire des sciences de l’environnement marin (Lemar), à l’IUEM de Brest. Les résultats sont surprenants, on ne s’attendait pas à constater des effets si loin des côtes australiennes. Des effets d’autant plus nets que ces eaux froides sont habituellement pauvres en fer, et donc peu productives en algues microscopiques.Mais là, les images satellites ont mis en évidence des anomalies dans la croissance de la chlorophylle.​ En clair, du vert à la surface de l’eau.

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Ce résultat est loin d’être anodin. Car les algues font partie des phytoplanctons, ces végétaux microscopiques qui sont non seulement la base de la chaîne alimentaire des océans, mais qui absorbent aussi d’astronomiques quantités de carbone. Et compensent donc, en partie, nos émissions de gaz à effet de serreIl est trop tôt pour dire si les microalgues générées par les incendies compensent les émissions de CO2 dues à ces incendies , tempère Nicolas Cassar. Il faudra déterminer si le carbone absorbé est relâché rapidement ou s’il est piégé dans les profondeurs des océans, à plus long terme.Cette question fera l’objet d’une prochaine étude, conclut le chercheur.