Sud-Ouest du 22 octobre 2021 

Centrale du Blayais : Un exercice de sécurité nucléaire grandeur nature 

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Comptant parmi les 57 communes girondines qui intègrent le plan d’intervention en cas d’alerte nucléaire, Saint-Ciers-sur-Gironde a expérimenté son organisation de crise, ce jeudi 21 octobre

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L’évacuation du hameau Les Babinots, à Saint-Ciers, dans le cadre de l’exercice national de sûreté nucléaire. Pierrette, sur le pas de sa porte, où la gendarmerie vient lui demander de quitter son domicile. Mireille, elle, attendait que l’exercice commence. Les habitants ont dû rejoindre la salle des Vignes pour le regroupement. PHOTOS FABIEN COTTEREAU / « SUD OUEST » 

«Exercice d’évacuation, c’est un exercice nucléaire : veuillez sortir de votre domicile et suivre la gendarmerie nationale. Prenez avec vous votre pastille d’iode. Prenez avec vous votre pastille d’iode. » Le message est diffusé en boucle. Masqué et équipé d’un microphone, le gendarme arpente l’unique rue tandis que ces collègues toquent à chacune des portes : « J’ai 85 ans, je suis fatiguée. Ça va changer quoi ? Vous voulez que je donne un exemple à qui ? Aux jeunes ? interroge Pierrette. Je préfère mourir chez moi. » 

Il est 11 heures, l’exercice de sûreté nucléaire et de sécurité civile commence tout juste et difficile de ne pas entendre la sirène qui retentit aux Babinots, hameau de Saint-Cierssur-Gironde situé dans le Plan particulier d’intervention (PPI) qui concerne les communes comprises dans un périmètre de 20 km autour de la centrale nucléaire du Blayais. Ce dernier était de 10 km auparavant. Mais Pierrette, qui a acheté sa maison il y a trente-six ans avec son défunt époux, ne semble pas vouloir quitter son domicile. Quoi que… Après réflexion, elle pourra voir ses voisins. « Je devais passer l’aspirateur mais cela attendra. » 

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Sur les 80 communes – 57 en Gironde et 23 en Charente-Maritime – qui intègrent ce PPI, soit 86 179 personnes, Saint-Ciers fait partie de celles qui ont testé, entre les 20 et 21 octobre, le dispositif d’alerte et l’organisation de crise qui seraient déployés par les pouvoirs publics et EDF dans l’éventualité d’un accident nucléaire. 

« 3 100 habitants vivent dans notre commune », précise le maire, Pierre Caritan, dont il s’agit du premier mandat mais aussi du premier exercice avec évacuation. « En cas d’alerte, complète-t-il, nous devons regrouper les personnes qui ne sont pas mobiles : celles qui n’ont pas de voiture, qui sont âgées ou qui souffrent d’un handicap et, pour cela, nous avons la possibilité de réquisitionner des bus. » 

Saintes ou Blanquefort 

« L’évacuation doit se faire en une demi-heure, voire, ici, en quinze-vingt minutes. Les habitants sont ensuite dirigés vers un point de regroupement avant d’être transférés sur deux sites de sauvegarde, à Saintes (17) ou Blanquefort (33) », renseigne le commandant Vincent Hébras, de la compagnie départementale de Blaye. 

Ce jeudi matin, sur la vingtaine d’habitations, neuf personnes retraitées ainsi qu’une mère et son fils en fauteuil roulant ont ainsi rejoint, dans leurs véhicules, la salle des Vignes. Les salles sont trois au total, avec celle des fêtes et le gymnase, à être en capacité d’accueillir les habitants. « Une fois réunis, nous devons attendre les directives de la préfecture avant de partir pour Saintes », complète Pierre Caritan, qui estime qu’il s’agit « d’un exercice qui permet de gérer le stress ». Tout en rappelant qu’il est « difficile de préjuger la réaction des habitants, si incident il y a ». Car, aujourd- ’hui, après un petit verre de jus de fruits, tout le monde pourra tranquillement retourner à ses activités. 

Mireille, assise aux côtés de Pierrette dans la salle de regroupement et avertie de l’exercice « il y a huit jours par le garde champêtre », est sceptique : « En cas de problème, je ne vois pas en quoi cela peut servir. Cela fait soixante ans que je vis ici (la centrale vient de fêter ses 40 ans, NDLR) et tout le monde en fait une affaire d’État mais les gens sont contents d’y travailler. Des risques, il y en a partout. » L’alerte nucléaire, Colette et Michel préfèrent « ne pas y penser » : « Se dire tous les jours qu’elle va exploser ne serait pas vivable. » 

Magali, qui habite Les Babinots avec son époux et leurs quatre enfants âgés de 4 à 10 ans, estime que leur hameau représente « une bonne cartographie de la société, avec des familles, des enfants, des retraités et des personnes en situation de handicap ». « J’ai encore le souvenir de Tchernobyl et, au début, j’avais peur d’élever les enfants ici, reconnaît-elle. On sait qu’il faut préparer un sac, avoir des pastilles mais, avec le temps, on l’a occulté. Le fait de faire l’exercice permet de rappeler les bonnes pratiques. » 

Une fois rentrée, Magali aimerait préparer « une mallette avec les papiers ». Et elle compte aussi sur son fils pour partager l’expérience avec la fratrie.

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