Sud-Ouest du 21 octobre 2021

2021 10 21 SO A la poursuite du frelon asiatique

 

Sud-Ouest du 21 octobre 2021 

Frelon asiatique : « Tout le monde m’a mis l’histoire sur le dos » 

Vespa velutina est officiellement en France depuis quinze ans. En Lot-et-Garonne, l’horticulteur Jacques Galinou est désigné comme celui qui l’aurait introduit. Lui en doute encore

2021 10 21 frelonJacques Galinou avec sa fille Valentine au sein de la pépinière familiale où deux nids ont encore été détruits cette année. LOIC DÉQUIER/”SUD OUEST” 

Manhattan, fin des années 1970. Jacques Galinou n’avait alors jamais vu de bonsaï. La découverte marquera sa vie à jamais. Ce n’est pas la seule. En septembre 2004, à Sainte-Livrade-sur-Lot, il observe au pied d’un poirier « une activité assez intense d’insectes » qui viennent se délecter de fruits trop mûrs. « Parmi eux, il y avait notre frelon européen et un autre, qui n’avait ni la même taille ni la même couleur. » Pas de quoi couper le Lot-et-Garonnais dans son élan. « Mais j’ai gardé une photo dans mon esprit. » 

Au mois de novembre suivant, la même image vient s’agréger à ses souvenirs. « C’était lors d’un de mes périples en Chine. J’étais sur un marché alimentaire de Liuzhou, dans la province du Guangxi, quand je l’ai vu sur un morceau de viande fraîche. C’était le même insecte, le même frelon. J’ai fait le rapprochement. J’avais deux images en tête mais, sur le coup, je ne m’interroge pas plus que ça. » Jacques Galinou avait sans doute l’esprit ailleurs. 

Un nid comme nul autre 

S’il a depuis relocalisé toute sa production à Sainte-Livrade-sur-Lot et est redevenu un horticulteur heureux d’avoir un sécateur greffé à la main, l’homme avait à l’époque le nez dans le guidon. À la tête d’une grosse entreprise spécialisée dans la revente de bonsaïs, sa passion l’avait pour ainsi dire dévoré : « J’importais un avion tous les quinze jours, j’avais 30 ouvriers … J’étais très présent sur le marché des grandes surfaces mais je ne m’y retrouvais plus. » Les arbres, comme les poteries, proviennent de Chine. 

À l’hiver 2004, pourtant, il lève la tête. À la cime d’un chêne délestée de ses feuilles, sur sa propriété des bords du Lot, à Pinel-Hauterive, il découvre un nid comme nul autre, rond et de la taille d’un gros ballon. Des amis chasseurs le font descendre à coups de fusil : « Il y avait encore des individus dedans. » Piqué par cette incroyable découverte, il arpente les environs et découvre un deuxième spécimen, toujours au bord de la rivière, à Casseneuil cette fois. « Est-ce qu’il n’y en avait que deux ici ou d’autres ailleurs ? » Mystère. Jacques Galinou appelle dans la foulée le Muséum national d’histoire naturelle de Paris qui dépêche une équipe. « Pour moi, ça s’arrête là. L’histoire est finie. Mais tout le monde me l’a mise dessus. » 

« Les entrepôts de Gifi » 

En quelques mois seulement, la nouvelle se répand. Comme les nids. L’espèce élargit son rayon de 100 kilomètres par an. « Tout de suite, dès 2005, il y en avait partout. » Un importateur de poteries chinoises installé en Lot-et-Garonne pourrait-il être le responsable de l’arrivée remarquée de cette espèce invasive ? 

Les entomologistes locaux, Jean Haxaire en tête, étudient aussi « la théorie de la poterie ». Sans écarter d’autres pistes. « Je l’ai repéré et l’ai signalé, ça c’est sûr. J’ai joué le jeu. Alors oui, ça peut être moi. Mais sur le coup, je ne me suis pas dit ça. En plus, nous sommes juste à côté de Villeneuve-sur-Lot et des entrepôts de Gifi, qui traite des volumes mille fois plus importants. Malgré tout, beaucoup se sont dit que c’est de moi que l’on parlait. » 

Lui reçoit des sollicitations de journalistes de la France entière qu’il décline poliment, à une exception près. À l’école de sa fille Valentine, qui travaille désormais à ses côtés à la pépinière, l’affaire paraît aussi entendue. « Ça peut être moi, mais rien ne permet de le dire », maintient Jacques Galinou qui, malgré tout, dit se sentir « un peu responsable. » L’arrivée du frelon asiatique, les premiers temps, avait un côté exotique. La menace qu’il fait peser sur les abeilles l’a vite effacé. 

Une seule reine ? 

« Quand on importe des végétaux, on subit de nombreux contrôles. Ça aurait pu arriver n’importe où. En Allemagne, en Hollande… » À la loterie de la mondialisation, la roue s’est arrêtée sur la case Lot-et-Garonne. Les études menées par les scientifiques l’attestent. Le foyer de dissémination se trouve bien dans le département, si loin du port du Havre où le conteneur a été débarqué. À l’intérieur, rien n’exclut qu’une seule reine, fécondée en Chine avant de prendre la mer, soit à l’origine de la situation que l’on connaît aujourd’hui. 

Le séquençage ADN prouve que « le frelon asiatique lot-et-garonnais » a bien des origines communes avec certaines des poteries importées par le passionné de bonsaï. Le signalement officiel de l’espèce en France remonte à quinze ans. Depuis, un autre frelon, oriental celui-ci, vient de pointer ses mandibules. « Du côté de Marseille », insiste le Lot-et-Garonnais.

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