Sud-Ouest du 18 octobre 2021

Projet photovoltaïque de 1000 hectares en Sud-Gironde : « La forêt ne reviendra pas » 

Le projet Horizeo fait tiquer les défenseurs de l’environnement, qui ne sont pas convaincus par l’exemple de Cestas

2021 10 18 HorizeoÉchanges tendus entre Philippe Barbedienne, président de la Sepanso Gironde, et Julie Morvan, ingénieur en environnement, vendredi dernier. J. J.

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A quoi ressemblera le projet de parc photovoltaïque Horizeo de 1 000 hectares dans la forêt de Saucats, en Gironde ? Une fois les arbres tombés et les millions de panneaux solaires installés, le nouveau paysage ressemblera à celui du parc solaire de Cestas, le plus vaste de France. À ce détail près qu’Horizeo sera trois fois plus grand encore. De quoi inquiéter les défenseurs de l’environnement. 

Vendredi , la Commission nationale du débat public (CNDP), saisie de ce projet à 1 milliard d’euros, porté par les industriels Engie et Neoen, a organisé une visite de terrain sur la centrale de Cestas. « Il y a des positions parfois tranchées. Cette visite est un nouvel élément pour construire son point de vue », a présenté Jacques Archimbaud, le président de cette CNDP particulière, face à un public d’une petite quarantaine de personnes. 

En hauteur, à bord du bus dans lequel ont pris place les participants, le regard porte loin. Le véhicule traverse lentement le parc de 350 hectares. Sous les yeux de chacun s’étend une mer d’un million de panneaux photovoltaïques. Positionnés en chapeaux chinois, orientés est-ouest avec une faible pente de 5°, les panneaux semblent même former une petite houle bien alignée. À l’horizon, cette étendue vertigineuse est bordée par une fine ligne de pins maritimes. C’est dire s’ils sont loin. On peine à imaginer ce à quoi ressemblerait un site trois fois plus grand. Un océan de panneaux solaires, peut être. 

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Pas de béton dans le sol 

Première information importante apportée par Neoen, maître d’œuvre de la centrale de Cestas : contrairement aux éoliennes, il n’y a pas de béton injecté dans le sol. Les pieux qui portent les structures sont vissés dans la terre. Voilà pour ce point maintes fois soulevé lors des réunions publiques. « Les installations sont réversibles », répète le responsable d’exploitation. 

L’autre grand sujet est la présence de biodiversité. La flore et la faune sont-elles plus riches dans un parc photovoltaïque que dans une forêt de pins d’exploitation, comme l’affirment avec aplomb les porteurs du projet ? Les participants à la visite sont transportés aux abords d’une zone humide dépourvue de panneaux solaires. Une parcelle de 4 hectares environ, en bordure des 350 hectares de champ photovoltaïque. Julie Morvan, du bureau d’études bordelais Amonia Environnement, présente alors les résultats de ses observations sous le regard noir de deux membres de la Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (Sepanso). 

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« La centrale de Cestas a été autorisée à se développer par les services instructeurs de la préfecture, sous réserve que le fadet des laîches puisse perdurer, explique Julie Morvan. Ce papillon endémique est associé à certaines plantes, notamment la molinie bleue, sur laquelle le papillon va pondre et que l’on retrouve dans cette zone humide. » 

« Oui, ça va, le fadet des laîches on connaît, il y a quoi d’autre ? », coupe Philippe Barbedienne, président de la Sepanso Gironde. « Moi je regarde, je ne vois rien sous les panneaux. Ils sont où les lièvres, les sangliers, les petits vertébrés ? » 

« Je souffre » 

Vingt espèces de libellules, vipères, couleuvres, alouettes, rapaces, chauve-souris, énumère en réponse la naturaliste. « On a aujourd’hui une biodiversité plus importante que dans une pinède cultivée. Je tiens à le dire. Ce n’est pas un discours pro panneaux, c’est factuel », affirme l’ingénieure en environnement. 

Cette fois, c’est le président régional de la Sepanso Daniel Delestre qui s’emporte : « Je souffre. C’est terrible. Autrefois, Je venais en famille chercher des champignons ici. Je suis effondré de voir l’état du sol, c’est une destruction. Cette route, ce n’est pas le sol naturel des landes. On a mis de la grave. La forêt ne reviendra pas. Alors je veux bien que sur 4 hectares vous ayez des espèces vivantes, mais nous, on a trouvé ce que l’on est venu chercher : sous les panneaux, c’est zéro. J’ai la réponse à ma visite. » 

Les quatre espèces de fleurs désormais protégées sur le site de Cestas, contre une à l’origine, n’ont pas non plus convaincu la Sepanso. La CNDP a prévu une autre visite de terrain, le 26 octobre, sur le parc solaire Engie Green de Salaunes.

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