Sud-Ouest du 7 octobre 2021

2021 10 07 SO Santé mentale au chevet de nos ados

Sud-Ouest du 7 octobre 2021 

Le mal de vivre des ados sature le système de soins des Landes 

En Nouvelle-Aquitaine, le taux d’hospitalisation des ados de 12 à 18 ans est plus élevé que dans le reste de la France. Reportage à l’Accueil ado de l’hôpital de Mont-de-Marsan, dans les Landes

2021 10 07 adosSéance de relaxation aux bols tibétains pour aider les ados du centre médico-psychologique de Mont-de-Marsan à s’apaiser. PHILIPPE SALVAT / “SUD OUEST” 

Rue Lesbazeilles, l’hôpital de Mont-de-Marsan dans les Landes a ouvert en 1997 un lieu de soin pour les adolescents en souffrance psychique. Accueil Ado. Une maison de ville toute simple, dans une rue discrète, sur plusieurs niveaux. Rien de blanc, mais du jaune, du rouge et un peu de vert, avec un baby-foot dans la salle de repos, des dessins au mur, genre manga, et l’escalier qui grimpe qui grimpe… Un jeune garçon entre avec un casque sur les oreilles, son téléphone à la main et un sac à dos. Quelque chose de farouche dans le regard qui questionne : « Tu veux ma photo ? », « T’es qui toi ? ». 

À la fois hôpital de jour et centre médico-psychologique, la maison compte 90 jeunes en file active tout au long de l’année pour l’un, et 450 pour l’autre. La cadre de santé du service, Mélanie Tardif, tient la baraque, gère les plannings d’activités, garde les clés de toutes les salles, une petite dizaine sur trois niveaux, où l’on consulte, où l’on pratique des activités thérapeutiques. Les enfants qui sonnent à la porte de l’accueil ont entre 13 et 18 ans, souvent ils pleurent, elle les connaît tous. « Fin octobre 2020, il y a un an, on a vu flamber notre activité, avec une explosion des demandes de situation d’urgence, commence-t-elle. Il a fallu tout réorganiser, inventer de nouvelles activités, multiplier les possibilités d’accueil. » Ils ont poussé les murs, se sont remontés des manches déjà bien relevées. Ont tenu. 

Les urgences sollicitées 

Nous l’appellerons Baptiste. Il a 14 ans et des joues pleines, a débarqué ici il y a un an. Tentative de suicide. « J’ai été hospitalisé pour dépression, idées noires, crises de nerfs tout ça tout ça. Le confinement, c’était bien, mais je me suis renfermé sur moi-même. Un jour, j’ai pris trop de médicaments, beaucoup trop. » Sa tristesse est bien planquée derrière un côté bravache. « Je viens ici trois fois par semaine, j’aime tout. La danse, participer à des actions caritatives, le sport, les ateliers de relaxation. Le lycée, non je n’y arrive pas, j’ai fait quatre jours à la rentrée, et j’ai craqué. » 

Des « craquages » comme celui de Baptiste, il y en a eu beaucoup depuis un an. « Tout passait par les urgences, relatent Céline Pintat et Charlotte Quiniou, psychiatres du service. Nous étions contraints de suivre des ados aux urgences du centre hospitalier, ce qui engendrait un manque ici. Forcément. » Toutes les deux parlent d’une épidémie dans l’épidémie, avec trois fois plus d’entrées aux urgences. « Et des très jeunes, parfois moins de 12 ans, reprend le docteur Pintat, responsable de l’Accueil Ado. Comment l’expliquer ? Perte de repères. L’équilibre de l’adolescent passe par la vie de famille, la vie sociale, le sport, la scolarité. Et puis, quand on est reparti sur le deuxième confinement, ça s’est encore dégradé, l’instabilité des préconisations, l’imprévisibilité, l’opacité des perspectives… » 

Le mal perdure 

La file active de l’établissement est aujourd’hui deux fois plus longue qu’avant le Covid, parce que très peu d’ados quittent le soin. Le mal-être perdure. Le département des Landes est sous-doté en lits d’hospitalisations pédopsychiatriques, avec seulement six lits de crise pour les 12-18 ans. « Rien pour les enfants entre 5 et 14 ans », accuse le docteur Bruno Marque, pédopsychiatre à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne de Mont-de-Marsan. « Le Covid a certes amplifié la situation, mais nous étions auparavant saturés. Depuis dix ans, l’activité augmente de 10 % par an, et les moyens ne bougent pas. Le département est en croissance démographique. Il n’existe quasiment plus de pédopsychiatres libéraux, et la consultation d’un psychologue, toujours non remboursée, coûte entre 50 et 60 euros. Qui peut payer ? Alors on vient à l’hôpital et il déborde. » 

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En taxi sanitaire 

Une mère témoigne : « Tom est déscolarisé depuis ses 11 ans, mal au point de tomber dans les pommes : crises d’angoisse. Coincé à la maison pendant le premier confinement, ça allait bien, mais depuis, il est terrorisé à l’idée d’aller en cours, j’étais tellement inquiète. Chez nous, à Labouheyre, il n’y a rien… Des voisins nous ont parlé de l’Accueil Ado de Mont-de-Marsan et nous avons pris rendez-vous. Désormais, Tom s’y rend une fois par semaine, il participe à des ateliers thérapeutiques. Une heure de route, c’est un taxi sanitaire qui le conduit. Il va mieux mais c’est encore fragile. » 

Voilà celui que nous prénommerons Nicolas. Il a 17 ans, il est grand comme un pin et élégant dans son langage. Est-ce là l’origine de sa souffrance ? « Je n’ai pas d’amis, personne ne me comprend. Je ne sais pas contenir mes mots et les autres me reprochent ma différence. Ils se moquent. À force je me suis replié, voyez mon dos il est tout bossu. Depuis que je viens à l’Accueil Ado, je me suis un peu redressé. Le Covid pour moi ça a été une libération, j’étais enfin seul dans mon monde. Et puis un enfermement. » Depuis trois ans, il participe à des ateliers thérapeutiques au sein de la structure montoise. 

Au troisième étage, dans l’atelier musique, les instruments sont là pour faire tout le bruit nécessaire, batterie, guitares électriques, tambourins. On peut s’allonger sur des tapis autour de bols tibétains, encore un bruit nécessaire pour trouver quelque apaisement. À côté, dans l’atelier esthétique, on se maquille, devant le miroir. Au rez-de-chaussée, l’atelier bricolage est tagué par tous les adolescents qui ont trouvé ici un refuge qui soigne. « Que signifie avoir confiance en quelqu’un ? », questionne un mur…

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