Sud-Ouest du 20 septembre 2021 

Aides à domicile : « Il en faudrait 800 de plus » 

Soins infirmiers, courses, ménage, repas… Les services d’aides à domicile sont précieux. Les besoins augmentent, mais, faute de salaires, la fonction peine à séduire

2021 09 20 aides à domicileFrançoise Martina fait de l’aide à domicile depuis quarante-et-un ans : « Les pathologies ont évolué, on apprend à gérer toutes sortes de situations ». LAURENT THEILLET / « SUD OUEST » 

«Il faut toujours faire vite, déplore Davina Lachaise. Parfois, quarante-cinq minutes pour le lever, la toilette, l’habillage, le petit-déjeuner, un brin de ménage… » « C’est stressant avec certaines personnes qui ont des difficultés de déglutition, le repas doit aller lentement », raconte sa collègue, Françoise Martina. Cette semaine, Davina a parcouru 400 kilomètres sur son secteur, Saint-Astier en Dordogne, et a eu jusqu’à neuf patients dans une seule journée. «On a une collègue malade et aucune remplaçante, on a dû se répartir ses heures. » Certains soirs, elle ne rentre pas chez elle avant 20 h 30. « Et pourtant, c’est un métier fabuleux ! » 

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Payées au Smic 

L’UNA (1) Nouvelle-Aquitaine, qui concentre une centaine de structures comptant chacune entre 20 et 200 salariées, emploie environ 10 000 personnes. « Il en faudrait 800 de plus », indique Francis Contis, le président. « Il nous est impossible de répondre à 20 % des demandes dans l’immédiat, le chiffre est le même partout. » Les ouvertures de poste sont là pourtant, mais les postulantes ne se précipitent pas. « Elles sont payées au Smic, utilisent leur véhicule personnel, sauf pour de rares associations comme Saint-Savin en Gironde, par exemple, qui dispose d’une flotte. Les amplitudes horaires ne facilitent pas la vie familiale. Et, même si elles ont été en première ligne au plus aigu de la crise sanitaire, il y a une indéniable absence de reconnaissance qui ne rend pas le métier attractif. » 

À Bordeaux, Françoise Martina exerce depuis quarante-et-un ans : « J’ai connu les débuts de ce métier, on y allait à pied, puis à vélo. On descendait dans les caves pour remonter le charbon. Progressivement, c’est devenu plus professionnel, nos interventions se sont diversifiées, nos compétences se sont développées avec les formations. Mais il faut le dire, il faut être costaud physiquement pour les manipulations et avoir du caractère. Moi j‘ai tenu parce que ma famille me soutenait. » « C’est dur émotionnellement, renchérit Davina. Il y en a qui lâchent. Cette année, j’ai eu sept décès en six mois, dont un jeune papa de 30 ans. » 

« Vous êtes confrontés, explique Françoise, à des personnes parfois en détresse, qui souffrent, qui ont peur. Ça vous touche. Mais en arrivant chez le patient suivant, vous devez avoir le sourire. Souvent, il suffit d’une petite blagounette pour leur faire du bien ! » 

Des métiers peu valorisés 

Ces femmes (en majorité) accompagnent des personnes âgées, parfois en fin de vie, des malades ou encore des personnes handicapées dans leur quotidien, jusque dans l’intimité : « Il ne faut pas avoir peur du sang, du vomi et de tout le reste ! » Elles savent que pour les familles aussi, c’est difficile : « Elles culpabilisent », constate Françoise. « Moi, je pense qu’un jour, quand je serai une mamie, j’aurai besoin d’aide ! » 

Pourtant, le maintien à domicile est plébiscité par près de 80 % des personnes concernées. « Si quelqu’un tombe, on a un protocole : il faut appeler les pompiers. La plupart nous supplient de les aider à se relever et de ne rien dire, par peur de partir en établissement. C’est dur de les rassurer. Il y en a qui pleurent… » 

Indemnité kilométrique : 0,32 centime le kilomètre pour Davina, 0,45 pour Françoise. « C’est peu pour l’entretien de la voiture. Ma courroie est fichue, indique Davina. Je ne sais pas quand je pourrai la changer ! On aurait un véhicule de fonction, déjà, ce serait énorme ! » 

Sortie de crise ? Francis Contis voit dans la revalorisation promise, 13 à 15 %, un premier signe, « si c’est effectivement appliqué ». En attendant, les démissions pleuvent : « Beaucoup préfèrent souvent les structures, hôpitaux, Ehpad, avec des horaires fixes et pas de frais liés aux trajets ». 

(1) L’Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles représente en Gironde 50 % des heures d’aide à domicile facturées. Les services concernent des soins infirmiers, de l’aide à la toilette, aux repas, au coucher, du ménage, des courses ou encore des déplacements pour des visites médicales.

2021 09 20 SO Le secteur rural se trouve particulièrement sinistré

2021 09 20 SO Le secteur rural se retrouve particulièrement sinistré

2021 09 20 SO Le secteur rural se retrouve particulièrement sinistré2