Sud-Ouest du 15 septembre 2021

2021 09 15 SO Vaccination Les soignants dos au mur

Sud-Ouest du 15 septembre 2021 

Comment l’hôpital fait face à l’obligation vaccinale des soignants 

On saura aujourd’hui combien de soignants dans les hôpitaux publics seront suspendus faute de vaccin anti-covid. La veille du jour J, au CHU de Bordeaux, on spéculait encore...

2021 09 15 comment l'hôpitalLors d’une cellule de crise Covid, au CHU de Bordeaux, autour du directeur général Yann Bubien. THIERRY DAVID/« SUD OUEST »

La scène est racontée par un jeune médecin, dans l’un des centres de vaccination du CHU de Bordeaux. Elle se déroule la semaine précédant la fin de l’ultimatum posé par le gouvernement sur l’obligation vaccinale des soignants. La loi faisant foi. « On a vu arriver des infirmiers, des aides-soignantes, beaucoup à contrecœur. Je les reconnais parce qu’ils ne me regardent pas en face, le langage corporel dit beaucoup. Une hostilité. J’associe cette attitude à de la souffrance, je tâche de les rassurer. Chaque fois, la même réponse : ‘‘On sait déjà tout, gardez vos explications’’. C’est dur d’être considéré par des collègues, comme des traîtres… » 

Le jeune interne atteste des difficultés en amont, au moment de remplir le formulaire de consentement. « Systématiquement, ils cochent ‘‘non’’ sur le formulaire, mais le signent quand même. On a beau leur expliquer que s’ils signent ‘‘non’’, il nous est impossible de les vacciner. Il faut batailler chaque fois. Dialogue de sourds, ils acceptent la vaccination mais veulent que soit écrit ‘‘vacciné par contrainte’’. À une infirmière qui pleure avant la piqûre, je lis la formulation du vaccin, elle se bouche les oreilles. Après les larmes, c’est la colère. Elle crie : ‘‘Ici, c’est l’abattoir, vous êtes responsable d’un génocide !’’ On ne la vaccinera pas, mais elle reviendra deux jours plus tard, accompagnée par la cadre de santé de son service. » 

« Arguments usés » 

Ici, les soignants hostiles à l’obligation vaccinale opposent les mêmes arguments entêtés qui courent sur les réseaux sociaux, sans avancer plus de preuves scientifiques quant à l’origine de leur trouille. Une autre médecin junior témoigne depuis son site de vaccination. « Depuis une semaine, on voit arriver les dernières vagues de soignants récalcitrants accompagnés par des collègues ou des supérieurs hiérarchiques, c’est carrément du nursing. Tous répètent des arguments usés, parfois dans une théâtralité surjouée : stérilité, sclérose en plaques, manque de recul. » 

Le 14 septembre au soir, le nombre de non-vaccinés chez les professionnels de santé du CHU de Bordeaux varie entre 100 et 1 000, selon que l’on questionne le directeur général du CHU ou le secrétaire du syndicat FO du même établissement. Yann Bubien, directeur général, admettait, ce mardi, ne pas avoir de visibilité claire sur le nombre d’agents hospitaliers qui seront soumis à la sanction prévue par la loi, à savoir la suspension du salaire. 

Syndicats inquiets 

« Selon nos estimations, je dirai entre 100 et 200, mais la vérité éclatera à partir de mercredi 15 septembre, commence-t-il sobrement. Nous avons mis en place une plateforme digitale en intranet depuis deux mois, afin que chaque salarié du CHU entre son passe sanitaire. Je l’ai fait. Beaucoup n’y ont pas eu accès. Ceux qui sont en vacances, ceux qui ne savent pas accéder à ce service, ou qui n’ont pas eu l’information, et bien sûr, ceux qui ne sont pas vaccinés. On a rencontré les agents antivaccin un par un, ceux que l’on a repérés, on a fait un travail de pédagogie au cas par cas… » 

Les syndicats sont montés au créneau, ils n’avaient pas besoin de ça. Eux qui, depuis des années, dénoncent l’absentéisme des soignants, la fermeture des lits, l’épuisement des équipes. SUD santé et FO au CHU de Bordeaux ont lancé un préavis de grève pour la journée du 15 septembre. Selon FO, l’estimation du nombre d’agents hospitaliers refusant de franchir l’obstacle du vaccin tourne plutôt autour de 1 000. « On n’a pas la même lecture que la direction, souligne Pascal Gaubert de FO, mais on est super inquiets. L’hôpital souffre d’un manque de soignants, il y a un fort absentéisme, et on a un besoin urgent de personnel. Là, clairement, on va en perdre. On refuse les sanctions pour les non-vaccinés ! » 

« Cette obligation vaccinale a autorisé le service des ressources humaines à dépasser les bornes : des collègues ont été appelés sur leur téléphone pour aller au vaccin, remarque Gilbert Moudens, de Sud Santé. Oui, on est inquiets, car en cas de suspension de soignants, nous n’avons pas de réserve de personnel. » 

« Ça va se lisser » 

Pas de souci pour Yann Bubien. Mardi matin se tenait la cellule de crise hebdomadaire Covid, au CHU. Occasion pour l’équipe médicale d’applaudir le recul de l’épidémie de Covid à l’hôpital et de faire un état des lieux, la veille de la date butoir. « Service par service, nous avons identifié les endroits où la suspension d’agents pourrait poser des difficultés, conclut le directeur général. 200 non vaccinés sur 15 000 salariés, ça va se lisser, mais il faut être vigilant, car demain, la loi sera appliquée. »

2021 09 15 SO Personne ne passera entre les mailles du filet prévient l'ARS

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2021 09 15 SO A la veille du jour J des centaines de récalcitrants dans la rue

2021 09 15 SO A la veille du jour J des centaines de récalcitrants dans la rue2

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