Sud-Ouest du 9 septembre 2021 

« On vit la fin de la quatrième vague » 

« On commence à voir le bout du tunnel », affirment les spécialistes du CHU de Bordeaux, mais pas la fin de l’épidémie. 3e dose, tests à grande échelle, médicaments... Le point

2021 09 09 chuDevant le Tripode de Bordeaux, de gauche à droite, les professeurs Grenier, Molimard, Nathalie Salles, Denis Malvy et Yann Bubien, directeur général du CHU. GUILLAUME BONNAUD / “SUD OUEST” 

Ni tout à fait optimiste et plus vraiment pessimiste. Le professeur Denis Malvy, infectiologue et patron du service des maladies infectieuses au CHU de Bordeaux, annonce la couleur en ce début septembre : « On commence à voir le bout du tunnel. » Depuis la fin août, après un été marqué par une 4e vague brutale provoquée par le variant Delta, l’hôpital retrouve son souffle, puisque les taux d’incidence, de circulation du virus et de positivité baissent. « On vit la fin de la 4e vague », a ajouté le professeur Malvy, lors d’une conférence de presse organisée au CHU de Bordeaux, hier matin. 

À l’origine de cette décrue, la campagne de vaccination qui, même très suivie, n’a toutefois pas permis de siffler la fin du match. « L’émergence du variant Delta a bousculé les prévisions, selon le professeur Malvy. Il s’agit d’un nouveau virus et d’une épidémie dans l’épidémie, son taux de reproduction est cinq fois plus élevé, il a supplanté le variant anglais et nous a rappelé qu’il n’existe pas une baguette magique pour venir à bout de l’épidémie. Ce Delta, en plus d’être plus transmetteur, présente un échappement immunitaire partiel qui interroge sur le schéma vaccinal originel. » 

3e dose : pour qui, pourquoi 

Échappement immunitaire partiel signifie que ce variant possède une mutation capable de laisser passer le virus, même si l’hôte est vacciné. Oups. Un détail qui a généré de nouvelles suspicions parmi le grand public. Le vaccin serait-il faillible ? Explications du professeur Malvy : « À cause du Delta, le sujet âgé même vacciné peut être infecté et transmetteur, tout comme certaines personnes immunodéprimées. Ils feront cependant des formes moins graves. Mais on peut, même vacciné, être positif. Cela signifie que malgré un passe sanitaire, en espace clos, il faut conserver les mesures barrières, le masque, l’aération, le lavage des mains. Cela explique aussi qu’il va falloir injecter une 3 e dose de vaccin aux plus de 65 ans dès l’automne. » 

Le professeur Nathalie Salles, cheffe du pôle gériatrie du CHU de Bordeaux, rappelle de son côté que l’âge reste le principal facteur de survenue des formes graves de la maladie. À ce jour, près de 90 % des plus de 85 ans sont vaccinés. Pour autant, il faut aller chercher les 10 % restants, un par un. « Les personnes âgées présentent une immunosénescence, soit une altération du système immunitaire liée à l’âge, estime-t-elle. Ainsi, six mois après leur vaccination, ils ont perdu une partie de leurs anticorps. Passé ce délai, il convient donc de leur injecter un rappel. » Les médecins bordelais assurent que cette 3e dose ne présente aucun sur-risque d’effet indésirable. La campagne de vaccination est enclenchée dans les Ehpad. 

Test massif des scolaires 

L’enjeu désormais est, selon le professeur Malvy, de bloquer l’éventuelle survenue d’un nouveau variant présentant un échappement immunitaire encore plus important, à l’instar du variant Mu qui pointe son nez en Colombie. « Le variant Delta est transgénérationnel, expose-t-il. Les jeunes sont porteurs-transmetteurs. La suite repose sur eux, car si le virus circule encore, il mutera encore et encore. Aujourd’hui, il n’est pas question de vacciner les moins de 12 ans, mais à l’issue des retours d’études cliniques fin 2021, nous espérons pouvoir le faire », explique le professeur. 

Médicaments 

« En attendant, il faut contenir la circulation, adopter les mesures barrières sans relâche, et le tester-tracer-isoler que l’on a un peu négligé, avertit le professeur Malvy. La bonne attitude sera d’assurer des prélèvements massifs en milieu scolaire, tests salivaires, tests antigéniques, tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) seront déployés dans les écoles et les collèges, afin de s’approprier ces outils et isoler un enfant positif, plutôt que de fermer des classes entières. » Une opération pilote va voir le jour en Gironde cet automne. 

Des médicaments anti-covid sont aujourd’hui à l’étude, ont annoncé les professeurs Malvy et Molimard. En fin d’année, deux ou trois devraient sortir des tuyaux. Les résultats d’essais médicamenteux en phase 3 d’essais cliniques devraient tomber : le Molnupiravir (laboratoire Merck), capable de réduire la charge virale des patients, les pilules PF-07321332 (Pfizer), et l’interféron évalué par l’étude Coverage. 

Le professeur Molimard, patron du service pharmacologie du CHU, tempère : « L’espoir médicament est encore hypothétique, attendons les autorisations de mise sur le marché. Certaines molécules peuvent avoir des effets indésirables supérieurs aux effets positifs… Un médicament n’est pas un bonbon, c’est toxique, alors serrons les rangs et restons masqués ! »

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